Il n’avait pas souvenir avoir aimé autre chose mais il
savait que c’était faux. Souvent il empruntait les petites rues comme celles
qui contournaient les grandes places : place de la mairie, place de
l’église, place du marché et avait l’impression de voir l’envers du décor. Peu
fréquentées, peu soignées, souvent à l’abandon, on pouvait aussi y trouver les
débris d’un ancien décor. S’il approchait de la façade prétentieuse d’un hôtel,
d’un restaurant, d’une brasserie, il s’empressait alors de prendre la première
petite rue souvent insalubre qui les contournait et très vite tombait sur les
cuisines et les poubelles. Il y croisait peu de gens, mais des chats de
gouttières et des chiens errants. Il n’y avait pas loin, se disait-il, des
lieux de bonne réputation aux lieux malfamés. Et cette proximité les lui
rendait si peu différents qu’il en parlait comme d’une même chose qui aurait
son envers et son endroit.
Quand il voyait la Nouvelle Calédonie où il avait vécu
à la télé, cette île sous les tropiques présentée comme une île paradisiaque,
il se disait qu’une fois encore il n’avait vu et connu que l’envers du décor.
Les façades des écoles aux frontons audacieux vantant les mérites de la
République à la fois lui réchauffaient le cœur et lui faisait froid dans le dos,
c’est que là aussi, fils d’instituteurs, il avait connu l’envers du décor. Et
il se répétait encore à titre de consolation : c’est qu’il n’est rien qui
n’est son endroit et son envers. Au début, comme à la télé, on ne voit que le
bon côté des choses, celui que l’on nous montre, et l’on s’émerveille, et il se
rappelait enfin avoir connu cette émerveillement ; puis, petit à petit, au
fur et à mesure que l’on découvre le monde et apprend la vie, on découvre et
apprend à aimer l’envers des choses et c’est comme cela, en vivant, se
disait-il, qu’il avait découvert et appris à aimer l’envers du décor de ce
monde.
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