lundi 21 octobre 2019

Les paye pas de mine

Ils sont bien aimés. On pourrait se demander pourquoi sinon qu'ils ne s'affligent de rien, sont pâles d'ambitions — j'entends par là qu'on n'en voit pas la couleur chez eux — ne disent pas un mot de trop ou de travers. Je les ai rencontrés — mais je suppose qu'on peut les rencontrer n'importe où — dans les salles d'entraînement où le sport c'est du sérieux, y a des compétiteurs et les autres n'y viennent pas pour faire du chiqué, s'y montrer, sans statut ou position sociale affichée, ni plus ni moins que la tenue correcte exigée.

Le paye pas de mine figure, c'est à s'y méprendre, parmi les responsables, mais il ne brille pas non plus par son autorité. C'est plus un permanent, quelqu'un qui par sa présence et sa connaissance de tous a sa place : il vient vous dire bonjour et quand il s'en va il vient vous dire envoir ; quand il vous parle c'est jamais de lui et il aurait de quoi satisfaire votre curiosité si tant est que vous en ayez pour les autres. Sinon il se fait le plus discret possible et vous arrivez à en oublier la présence.

Mais si un jour vous ne vous sentez pas en forme ou un peu seul c'est lui que vous allez trouver. Il n'est jamais loin et toujours prêt et bien disposé à vous recevoir (recevoir vos confidences) et à vous encouragez si nécessaire. Vous lui devez beaucoup. Tout le monde lui doit beaucoup. Mais vous l'ignorez autant que les autres. Je ne sais pas si lui-même en a conscience. Mais de quoi au juste ? Tout ce qu'il apporte est si indéfinissable. C'est sûr : il ne vous fait pas de l'ombre, il ne fait de l'ombre à personne.

Le dernier que je connaisse a un âge respectacle et une stature moindre qu'il tient plus courbée qu'assise sur un banc d'où il passe le plus clair de son temps a dispenser à qui veut bien l'entendre ses encouragements. Personne ne vous parlera de lui : il faut croire qu'il n'y a rien à en dire et que ce n'est un faire valoir pour personne. Je crains pourtant que ce soit une espèce d'hommes en voie d'extinction et qu'avec celui dont je vous parle disparaisse à tout jamais une forme de maîtrise de soi pour ne pas dire d'oubli de soi qu'on appelle la sagesse.

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