jeudi 8 octobre 2026

Un ange déchu


Nous sommes au chevet de ce malade la société, en faisons sans cesse le diagnostic, y dispensons nos attentions aussi que nos remèdes, et nous nous étonnons que son cas ne fasse qu'empirer sans jamais nous dire qu'au lieu de considérer cette entité abstraite construite de toutes pièces par nos idéologues autant que par nos sociologues mais qui se disputeraient à trouver une définition qui leur convienne à tous, car tous ils s'en font une idée différente comme on se faisait une idée différente de Dieu, ce qui engendrait autant de disputes et de discordes qu'aujourd'hui.

Quand seul existe l'homme, qui, qu'on le veuille ou non, est bien réel, l'homme, la pierre d'achoppement de l'humanité, d'une humanité qui voudrait se faire sans lui, mais comment pourrait-il y avoir une fourmilière sans fourmis? Sans compter que les hommes ne font pas société comme les fourmis font fourmilière, en ce sens l'intelligence est moins sûr que l'instinct. Et si l'homme qui veut faire l'ange fait la bête, l'homme qui veut faire la bête fait bien l'ange, mais un ange déchu.

Aussi les forces démoniaques de l'homme gagnent l'homme qui veut faire la bête, malade de tant de culture, de progrès, de civilisation; retour au corps, à l'inconscient, aux superstitions, aux forces obscures de l'être qui a cessé de croire à tout ce qui l'éclaire, aux lumières, à la raison. Et c'est pour l'emploi qu'on en fait et c'est parce que tout ce qui sert la société le dessert qu'il a aussi perdu la foi, la connaissance et la reconnaissance. Il concourt à se perdre parce qu'il est perdu, ce qui veut dire délaissé par une société qui n'a cure que d'elle-même.

Il se sait livré à lui-même et il l'est en effet à ses démons, car c'est eux que toute la société flatte, la société flatte la bête, non pas l'homme civilisé, non pas l'homme cultivé, non pas l'homme moral, non pas l'honnête citoyen d'Athènes ou de Rome, non plus que l'honnête homme relégué à un autre siècle ou la personne humaine et sa conscience (parce qu'elle ne peut être humaine sans conscience) comptait encore pour les hommes d'église mais aussi pour les humanistes.

Le voilà enfin libre mais il court dans tous les sens sans savoir où donner de la tête et se cogne à tous les murs parce que la société ne cesse pas pour autant de lever des murs et sur lui de resserrer son étau, bientôt par elle il sera broyé, mais cet inconscient donne aussi de la tête dans le vide comme la bête à cornes qui voudrait tuer le toréador qu'on dirait s'amuse avec lui, qu'on dirait le donne en spectacle qui est le spectacle de sa furie, de celui qui ne sait plus ce qu'il fait et pourquoi il le fait, dont la vie n'a pas plus de sens que celle de la bête qu'on mène à l'abattoir.

Mais j'aime cet homme, qui aime encore cet homme, que reste t-il encore en lui à aimer, n'est-il déjà pas trop tard pour l'aimer, quand il ne reste plus que sa rage, que son désespoir, à aimer. Mais on lui préfère déjà la société, lui-même préfère déjà la société à laquelle il s'est rendu comme les vaches se rendent à l'étable. C'est qu'il faut espérer qu'il n'y ait pas que des vaches, des êtres vaches dans le troupeau mais aussi des toros, plus nobles, plus beaux.

mercredi 7 octobre 2026

L'amour, un leg universel


Je vais te dire comme je me dis à moi même parce que j'en ai besoin comme tu en as besoin quel est le leg de tes morts. Et c'est pour commencer la première raison que je vois que d'avoir après eux moins peur de la mort et plus de courage à vivre. Quant à leur amour ce n'est pas qu'il soit perdu à jamais mais plutôt qu'il ne peut plus se perdre comme tout ce qui d'eux t'a été donné et comme tout ce qui d'eux t'a été donné il te faudra le donner à ton tour.

J'aime ce mot de passeur, que nous ne serions que des passeurs, aussi que ce qui nous a été passé nous devrions le passer non pas pour que tout reste de nous mais parce que rien n'est de nous qui ne sommes que des passeurs, et le testament est bien réducteur si nous en restions au testament comme si nous gardions d'eux, nos morts, seulement leur testament qui répond seulement à leurs dernières volontés quand nous ne voudrions pas que l'on garde de nous seulement nos dernières volontés.

C'est leur amour qui doit nous rendre plus fort et c'est en cela qu'il ne sera pas mort. Qui après peut accepter d'être traité sans amour. C'est être indigne de l'amour reçu que de s'abaisser à un moindre amour. Aussi chaque être humain qui a été aimé ne peut déchoir à un amour si bas qu'il ne mériterait pas qu'on l'appelle de la même manière, recevoir le même nom, et ce n'est pas orgueil mais leg des morts qui nous ont aimé.

Qui dit qu'il n'a plus le cœur à aimer s'il est comme par l'amour habité (qui est celui de l'être qui l'a aimé) quand d'autres diraient qu'ils sont hantés par leurs morts et c'est vrai qu'on n'est plus tout à fait seul, qu'on ne sera plus jamais tout à fait seul, mais accompagné de cette présence qui n'est plus présent non plus qu'elle n'est passé ni futur, qui a cessé d'exister dans le temps pour exister en nous.

On ne peut jamais rendre que l'amour que l'on a reçu; il n'est pas à nous, rien n'est à nous, qui ne sommes que des passeurs, l'amour ne s'enterre pas, pas plus en nous quand n'importe qui qui voudrait le garder pour lui, qui mourrait avec lui en même temps que son corps qu'il croyait seul à pouvoir dispenser l'amour, erreur mortelle qui fera que son amour ne connaitra pas de passeurs, s'arrêtant à lui, pourrissant avec lui.

Quand l'amour véritable est ce leg universel que tout le monde peut recevoir de tout le monde et que j'ai reçu de Sylvie, nos morts ne sont pas partis avec, nous ne devons pas partir non plus avec, il faut le passer, le testament répond seulement à nos dernières volontés qu'on dit être la volonté du mort tandis que ce leg universel qu'est l'amour doit être le fait du vivant de son vivant.

mardi 6 octobre 2026

L'amour, une aventure humaine


Il n'est qu'une aventure qu'il nous est donné à tous de vivre et c'est une aventure humaine et cette aventure humaine c'est l'amour. Nous pouvons nous y sentir petit, mais il faut y être grand; enfin, y donner toute notre mesure, et qui n'a rien contre le sexe dirait que si le sexe est seul à en donner la mesure on ne peut pas dire que c'est la mesure de l'homme sinon de l'animal jouisseur et reproducteur.

On pourrait cependant s'arrêter là à moindre frais et beaucoup s'arrêtent là à moindre frais, et ce serait peut-être rester à ce stade esthétique dont parlait le philosophe danois Kierkegaard dans son journal d'un séducteur, l'autre stade éthique répondrait à l'ancienne génération dont mon ami reprit l'expression: "quand on touche on se marie". Cet engagement étant alors l'engagement d'une vie.

L'amour n'en reste pas moins pour beaucoup la seule aventure humaine qu'il leur est donné de vivre. Elle l'est en cela qu'elle les sort de leur ordinaire quand le mariage bourgeois n'a finalement résulté être qu'une retombée dans l'ordinaire dont seul les amours impossibles par cette impossibilité même de leur réalisation ont pu échappés et sont par là même devenus légendaires.

Ils sont des modèles comme peuvent l'être pour les religieux les mystiques, les mystiques qui s'élèvent au-dessus de toute religion statique dirait cette fois-ci un autre philosophe, Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, qui a une religion statique oppose une religion dynamique.

Et l'on pourrait dire avec Bergson qu'il ne s'agit pas d'une différence quantitative: plus ou moins d'amour, mais qualitative; qu'il s'agirait d'un amour d'une autre nature et qui est celui auquel se sentent aspirés, voire élevés, les jeunes amoureux, quand dans l'extase amoureuse comme dans l'extase mystique on pourrait ne voir que pure folie.

Quand ceux qui demeuraient dans cet état par cet état seraient définitivement appelés à sortir de leur finitude pour toucher à l'infini et à l'éternel qui serait l'infini de leur amour et l'éternel de leur amour, et sortiraient définitivement du commun des mortels qui ne leur pardonneraient pas de leur vivant quitte à les canoniser et les immortaliser une fois mort. 

Mais il faut dire que la plupart d'entre nous ne voudrions pas perdre la tête, et pourtant de l'avoir perdu nous sentirions étrangement libres et non tenus par tous ce qui jusque-là nous tenaient. La société (et souvent celle de nos proches) ne serait en effet pas étrangère à nous faire considérer que cet amour serait dangereux pour nous, et il l'est en effet mais pour la société car c'est d'elle qu'il nous libère.

D'où l'expression: "vivre d'amour et d'eau fraîche (à quoi on rajoute) ne paie pas les factures". C'est qu'on ne sait pas où l'on s'aventure, et c'est en quoi il s'agit là d'une véritable aventure, qui se tient au-dessus de la raison comme au-dessus de la morale, en tout cas de la raison et de la morale d'une société toujours trop statique, trop conservatrice, quand on pourrait parler de l'élan amoureux comme d'un élan vital.

Mais ce serait encore se méprendre sur cet élan vital si nous le résumions à nous, car cet élan vital serait plutôt un saut au-delà de notre propre vie, et c'est en quoi l'amour serait aspiration au sacrifice, et dans ce sacrifice il faudrait voir le sens de sa vie et notre bonheur qui serait le bonheur de se donner. Que cette aventure emporte l'humain au-delà de l'humain, non, mais au-delà de lui-même, oui.


CITATION

Ici j'ai choisi de citer une autre aventure humaine, celle de la guerre, dans Terre des hommes de Saint Exupéry: "Mais un camarade s'engagea, puis un second, puis un troisième, et tu subis avec surprise une étrange transformation: tes occupations, peu à peu t'apparurent futiles. Tes plaisirs, tes soucis, ton petit confort, tout cela était d'un autre âge. Là ne résidait point l'important." On ne pourrait mieux décrire l'état amoureux.

lundi 5 octobre 2026

Amour et pouvoir


On dit aussi bien Dieu est amour que Dieu est toute puissance, pourtant on est loin de penser à un homme de pouvoir comme à un être d'amour, et si en voulant le pouvoir c'est l'amour qu'il avait voulu, tout l'amour, la toute puissance serait tout l'amour. Je pense maintenant à un enfant qui reçoit l'amour de sa mère: en recevant l'amour de sa mère l'enfant reçoit tout l'amour parce qu'il n'en considère encore pas d'autre.

Mais quand il en considèrera d'autre il le voudra aussi parce que c'est tout l'amour qu'il a reçu et ainsi tout l'amour qu'il voudra toujours recevoir, ad aeternam, les croyants ne demandant à leur tour qu'à être toujours aimé, exigeant ce même amour absolu qu'ils vouent à Dieu de Dieu et ceci à plus forte raison s'ils ne peuvent pas le recevoir ici et maintenant de tous qui serait comme étendre le royaume de Dieu sur la terre.

Il ne faut pas s'étonner alors qu'ils aient recherché à le faire: si l'empire de la religion n'est autre que l'empire de Dieu et l'empire de Dieu l'empire de l'amour parce qu'il n'y aurait pas grande différence entre l'être d'amour et l'être de pouvoir tout deux voulant étendre leur empire sur tous, c'est-à-dire être aimé de tous, de gré ou de force.

Si je dis que nos politiques ne valent pas mieux je dis aussi que nos politiques ne valent pas moins, qu'ils sont eux aussi amour comme Dieu est amour, et que c'est un absolu, et que c'est d'une exigence absolue, le reste n'est que démagogie, c'est-à-dire ne demande qu'à conduire le peuple à l'aimer, et ici tous les moyens sont bons qui justifient le but.

L'être d'amour est l'être qui demande a être aimé et l'être politique ou de pouvoir celui qui demande le plus a être aimé le plus et il l'est par le plus grand nombre sur lequel il établit son pouvoir, pouvoir qui ne demande qu'à être aimé, qui n'est que demande a être aimé. Résultat toujours défavorable en vue de cette quête d'amour qui est toujours quête d'absolu. 

Odile m'a dit qu'elle avait perdu sa mère quand elle n'avait que seize ans et Kamel que c'était dans un bus qu'il était né mais qu'on avait reconnu sa naissance qu'à un hôpital de la ville. C'était à cette randonnée pour célibataires, ces êtres d'amour privé d'amour, ces mal aimés qui voudraient être bien aimés, à qui sans doute comme à moi il avait manqué l'amour d'une mère.

dimanche 4 octobre 2026

En qualité d'homme


Il y aura toujours trop peu de policiers là où les gens se portent mal et trop là où ils se portent bien, comme il y aura trop peu de sécurité sociale là où les gens sont malades et trop là où les gens sont bien portants. Aussi on devrait cesser de penser en terme de quantité car pensent autant en terme de quantité ceux qui demandent plus de policiers que ceux qui demandent moins de policiers et ceux qui demandent plus de sécurité sociale autant que ceux qui demandent moins de sécurité sociale.

Aussi les uns comme les autres ne feront que participer à l'aggravation des problèmes d'une société qu'on pourrait dire alors de plus en plus malade sur le plan moral comme sur le plan physique. On est loin d'un esprit sain dans un corps sain. Aussi l'on ne luttera pas non plus contre la corruption dans la fonction publique en ajoutant des fonctionnaires qui viendront plutôt en augmenter le nombre en prenant le pli qui s'il est bon sera le bon pli mais s'il est mauvais sera le mauvais pli.

Toutes ces lapalissades ne semblent pourtant pas retenir l'attention d'une société qui a pris le parti délibéré de la quantité sur la qualité, la quantité l'emportant toujours sur la qualité, s'y soumettant comme on se soumet au vote majoritaire dans une démocratie. On pourrait parler de la trahison des élites si tout le monde ne participait pas à cette débandade générale étant au niveau où il se trouve au-dessous du niveau qu'exigerait une société pour faire société.

Il ne faut pas non plus désespérer sur le genre humain sinon se demander s'il n'est pas fait barrage à ces meilleures volontés ou représentants comme à ses meilleures intelligences et plutôt que de s'extasier ou d'apostasier l'intelligence artificielle, l'IA, le nouveau dieu qui sauverait l'humanité ou en précipiterait la fin, recourir à une intelligence plus humaine quand tout laisse à penser qu'elle ait cessé de plus en plus de l'être humaine et ceci bien avant qu'apparaisse l'intelligence artificielle, au point que seules ses erreurs étaient humaines.

Comment aussi peut-on penser parce que cela on peut le lire dans les journaux et non des moindres, dans Le Monde diplomatique, que, comme plus d'hommes (en l'occurrence des fonctionnaires) arrangeront les choses, plus de lois arrangeront aussi les choses. Quand ne serait-ce pas plutôt de meilleurs hommes, de meilleures lois; et qui dit que ces meilleurs hommes et ces meilleures lois n'existent pas déjà sinon qu'on croit pouvoir s'en passer quand sans eux et sans elles il ne peut y avoir de meilleure société.

De même comment ne pas ranger au nombre des conservateurs ceux qui mènent des combats d'arrière garde, pour ne pas perdre des acquis devenus privilèges ou qui n'ont plus lieu d'être sinon de contribuer au dépérissement de cette même société au florissement de laquelle ils avaient pourtant contribué; quand mieux vaut se battre pour gagner de nouveaux acquis au nom d'une nouvelle société plutôt qu'au nom d'une société vieillissante et vieillissant mal parce qu'en prenant de l'âge elle se serait viciée et aurait perdu le noble et généreux élan de sa jeunesse.

C'est que tout est à chaque fois à refaire, n'en déplaise aux anciens et comme ils se sont bien battus il faudra à d'autres bien se battre; que change la nature des combats qu'ils se consolent: pire serait que change la nature des hommes au point que non seulement ils ne puissent les égaler mais encore les prendre comme modèle. Car là aussi c'est la qualité qui plus que la quantité devrait être sujet de préoccupations. Que l'on puisse toujours parler en qualité d'homme et non en quantité d'hommes comme Ortega y Gasset (le grand philosophe espagnol) dans l'homme masse (qui est celui qui fait quantité et non qualité).


CITATION

Dans Le Monde diplomatique à l'article Réenchanter l'Etat on peut lire:

Pour le moins quantitatif: "Attal propose la suppression de cent mille postes de fonctionnaire et le Rassemblement national (RN) l'instauration d'une "règle d'or" budgétaire.

Pour le plus quantitatif:  "Insoumis, écologistes et communistes voudraient prendre le relais de collectifs, d'associations d'usagers ou de syndicats en proposant l'augmentation du nombre de fonctionnaires, le développement des services de proximité, la création de pôles publics dans différents secteurs(transports, banque, etc.), une sécurité sociale intégrale…"

samedi 3 octobre 2026

Les seins d'Armelle


Je ne peux m'empêcher de voir les seins d'une femme que comme une promesse de douceur même si cette promesse par les femmes n'est pas toujours tenue le ravissement obtenue n'en est pas moins grand et plutôt que de cantonner la femme à cet animal dont on s'interrogerait sur sa sexualité en se demandant si elle est plus clitoris que vaginale, je m'interrogerais sur si elle est plus seins que sexe.

Et ce serait plus maternelle que sexuelle, mais surtout plus douceur et sensualité que putain (dans le sens ancien que lui donne Le Larousse: qui cherche à séduire tout le monde) et sexualité. "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir". Je n'ai pas l'hypocrisie d'un Tartuffe et il ne réveille pas en moi de coupables pensées sinon une infinie tendresse pour la femme.

Armelle s'est faite opérée des seins, déjà jeune ils lui pesaient au sens propre comme au sens figuré, je crois pouvoir dire qu'Armelle est plus sexe que seins, et que sa décision répondait à une nécessité qui n'était pas que physique et que se libérer ou se soulager un peu du poids de ses seins trop lourds à porter était plutôt que de s'en prendre à sa sexualité (trop souvent symbolisé par les seins) la libérer.

Oui, trop souvent ou trop longtemps considérés comme un outrage à la pudeur les seins qui ne sont que rondeurs et douceurs en sont au contraire la réclame plus qu'ils ne sont ceux d'une sexualité débridée. Il ne m'est ainsi pas impossible d'imaginer qu'une Armelle qui aurait eu plus de seins aurait été une Armelle plus douce.

vendredi 2 octobre 2026

Le moi aimant


Contre tous les ennemis du moi je dirais que le premier être à aimer devrait être nous même et que c'est à nous même que l'on devrait réserver le meilleur de nous même, quand il n'en va pas ainsi cependant. Et seul qui n'a pas aimer peut l'ignorer. Car c'est vers l'autre que notre amour est tourné et à l'autre que nous réservons le meilleur de nous-même.

Et si nous ne sommes pas à la hauteur de l'amour qu'à l'autre nous portons c'est que nous aurions dû nous aimer tout autant au préalable, ce qui serait se hausser au préalable à la hauteur de notre amour quand l'autre toujours nous porte plus haut que là où nous nous trouvons être. Aussi il m'étonne d'entendre encore dire de quelqu'un qu'il ne s'aime pas puisqu'il me semble évident que personne ne peut s'aimer autant qu'il peut aimer.

Du reste l'amour que nous nous portons est insuffisant puisque nous désirons être aimer, c'est-à-dire que l'amour de l'autre vienne s'ajouter à celui que nous pouvons nous porter. Nous sommes aussi plus altruiste qu'égoïste par nature puisque notre amour n'est pas tourné vers nous mais vers l'autre. Il n'est pas inutile de le répéter à tous ceux qui continueront à considérer le moi comme égoïste et égocentrique.

Et c'est tous ceux qui pensent avec Blaise Pascal que le moi est haïssable et qui se tournant vers Dieu se détournent de l'humain; s'en détournent également ceux qui ont mis la société à la place de Dieu et lui vouent un culte comme à une divinité qui également serait partout et nulle part. Quand de quoi peut souffrir le moi sinon de ne pas être là où est l'autre qu'il aime.

C'est l'autre, c'est l'étranger, et nous sommes prêt à lui donner jusqu'à notre vie pourvu que nous l'aimions. C'est qu'il donne à notre vie un sens qui est le sens du sacrifice, c'est par lui qu'à l'autre nous sommes appelés quand jamais nous ne vivons avec une telle intensité que quand nous sentons cet appel. Jamais dans notre existence nous n'atteignons un tel climax ou niveau de dramaticité comme d'amativité.

Jamais nous ne nous sentons autant exister que quand nous existons pour l'autre (et non pas pour nous). A la lumière de cela il faudrait réviser notre position sur la nature humaine et se demander si ce prétendu égoïsme et égocentrisme qu'on prête à l'homme ce n'est pas plutôt la société qui lui prête comme elle lui prête ses intérêts de sorte qu'il prenne les intérêts de la société pour les siens. 

Et, pire encore, serait attendre d'elle qu'elle donne un sens à sa vie quand on sait combien elle en diverge par le sens. Il n'y a pas pire ennemi du moi que les dévots de la société et c'est en quoi l'on peut encore parler de puritanisme et de moralisme. On sait par ailleurs qu'il n'y a de vrai religion qui ne soit amour et qu'il n'y a pas d'amour qui ne soit sacrifice. Mais pour que le moi se donne il faut encore l'aimer.


CITATION

Les Propos d'Alain: "Et, comme c'est être fidèle à soi que de regarder en soi cet homme qui veut être un homme, c'est fidélité aussi aux autres que les connaître hommes… L'homme a grand besoin de l'homme."

jeudi 1 octobre 2026

L'autre moi (ou la remise en question)


L'autre comme une remise en question de soi. Je ne sais pourquoi cela m'est venu à l'esprit mais pourquoi cela m'a  étonné que cela me vienne à l'esprit je le sais: et c'est que souvent loin d'être remis en question par l'autre il est dénigré, contesté, par nous, l'autre, que c'est la démarche naturelle et qui est défiance de l'autre ou simple prévenance ou mise en garde; on est sur son quant à soi comme on est sur sa défensive.

Il faut que tous ces barrages soient tombés pour que l'on se sente par l'autre remis en question et ce peut-être, si chacun est porteur d'une vérité, ce qui fait notre vérité par la vérité de l'autre remise en question, et ceux pour qui le moi n'existe pas n'existe pas non plus cette remise en question par l'autre moi aussi singulier que le nôtre puisse l'être de singulier.

Je n'aime pas ce siècle de sociologues où l'on ne peut plus dire moi sinon pour parler de la déconstruction du moi mais comment parler de la déconstruction du moi s'il n'y a pas de moi, et pourquoi un autre moi plutôt que de participer à la déconstruction du moi ne participerait t-il pas à son édification ou éducation et cela alors ne pourrait se faire sans une permanente remise en question.

Plus que les certitudes ce qui feraient obstacle à la remise en question de soi seraient ces jugements que l'on est si souvent amené à avoir et à faire sur l'autre à peine est-il connu de nous, voire sans même le connaitre, à défaut de le connaître le juger, car plus on le connaîtrait plus on s'abstiendrait de le juger et plus par lui on se sentirait appelé à une remise en question de soi.

C'est ce qu'il m'arrive à chaque fois que je quitte un ami c'est qu'en le quittant je quitte une part de vérité qui ne doit son existence qu'à l'existence d'un autre moi; je n'arrive pas à la connaitre en le connaissant car elle n'est pas mienne qui est la seule façon que j'aurais de la connaître mais je sens bien qu'elle constitue l'être en soi, le moi de l'autre.

On ne saurait mieux dire ce qui nous attire vers l'autre plus que ce qui nous oppose à l'autre, et les temps les plus forts d'opposition seraient les temps les plus faibles de remise en question, et il en irait ainsi de nous comme des sociétés quand fortes d'elles mêmes elles se montreraient peu enclines à une remise en question.

Et comme il y en a qui seraient pour les Empires je serais moi pour l'empire de soi qui seul permet la remise en question de soi par une abstention ou suspension du jugement sans quoi ne peut nous être révélée comme une vérité qui ne serait pas nôtre l'existence d'un autre qui est détenteur d'une autre vérité aussi entière aussi personnelle aussi revendiquée par tout son être et qui fait de lui un autre moi.

mercredi 30 septembre 2026

Il y a ce CD de Borodine Moussorgski Tchaïkovski


Il y a ce CD de Borodine Moussorgski Tchaïkovski, quelle résonance que ces noms, quelle résonance que cette musique. Oui, Armelle, c'est de la musique classique et cet ébranlement de mon âme est-ce toi ou est-ce elle? Après la mort de mon père c'est tout ce que j'ai eu de lui ce CD qu'il écoutait atteint par elle, cette musique classique, autant que par son cancer.

Que ne faut-il pas avoir vécu pour y être sensible? A quelle intensité de vie qui est amour, amour qui n'est qu'amour de la vie, ne faut-il pas être arrivé pour y être sensible? Et c'est quand elle fait signe de nous quitter, la vie, l'amour, que notre âme à son diapason vibre le plus fort, à croire que tout en elle est musique et toute musique céleste.

Je n'y suis pas parvenu d'un seul coup, trop forte, trop intense pour moi, cette musique comme la vie, il a fallut la mort de mon père, puis celle de ma femme, puis toi Armelle si vivante et si charnelle pour que je l'aime cette musique qui est comme toi sans véritable tendresse mais peut-être est-ce cela la vie, sans tendresse, sans affectation, sans manière, sans destinataire, comme toi ouverte, femme putain et mère.

Rien qui ne m'appartienne, pas plus que la vie, pas plus que l'amour, pas plus que toi Armelle, et que tout ce qui se perd; il reste cette musique qui plait aujourd'hui à mon âme triste de tout perdre, qui l'ébranle, qui la renverse, qui la retourne comme une crêpe. C'est à la chandeleur, cela me revient, que mon père faisait des crêpes, mon petit frère allait bientôt naitre et Apollo 11 ne tarderait pas à atterrir sur la lune.

Mais je pense à Borodine Moussorgski Tchaïkovski à leur âme, autant dire à leur musique qui est vibration de l'âme, que je n'aurais jamais atteint sans rien perdre en chemin, à ce qu'ils ont pu vivre et perdre car tout n'est pas que gain, Armelle, ni qu'excellence de l'instrument, que matière, que chair, certes il les fallut vivant, bien vivant, vibrant, bien vibrant.

Non ce n'est pas la musique du malheur à moins que le bonheur ne soit comme une crêpe qu'on retourne à la Chandeleur, à moins que des deux natures confondues elle ait cette musique les accents dans ces instants perdus tendus vibrants éjaculant sa pâte dans la poêle bien chaude et accueillante où elle fut bien prise; mais lamentablement retombant dans ces temps morts qui sont aussi malencontreusement des temps forts.

mardi 29 septembre 2026

Quand on aime


Quand on aime quelqu'un on voudrait être là où il est: Dieu n'aimerait pas qu'on soit là où il n'est pas, c'est pourquoi l'on dit qu'il est partout Dieu, et c'est son amour qui est partout, tandis qu'il est de nous comme de notre amour qui s'en tient à une personne et n'a pour les autres qu'indifférence: peu lui importe qu'elles soient là où elles sont si c'est là où il n'est pas.

Il faudrait avec l'amour avoir reçu le don d'ubiquité qui est la capacité d'être présent en plusieurs lieux ou partout à la fois, en même temps, ce qui est loin d'être notre cas et par conséquent nous contrarie beaucoup, c'est-à-dire contrarie beaucoup notre amour. Il est égoïste par nature ne pouvant s'étendre beaucoup ni très loin de là où nous sommes: le temps comme la distance jouent contre lui.

Il requiert une présence et l'absence le désole car s'il vient à s'absenter bientôt tout n'est plus que ruine et désolation. C'est comme une ancienne civilisation. Mais nous voilà, loin de notre amour, redevenu barbare, inculte, piétinant avec rage ce sol où nous avons tant aimé, et brisant tous ces vestiges qui nous le rappelle trop et pas assez pour s'en contenter.

Si l'on pouvait encore embrasser l'humanité il n'y aurait pas de cet être vous manque et tout est dépeuplé. Insupportable solitude. Insupportable multitude. Puisqu'elle ne peut pas être l'être aimé. Puisque l'être aimé lui a été retiré. Et que tout notre amour il a emporté. Il n'est peut-être rien quand il est tout pour nous et c'est qu'il nous pèse tant que l'humanité entière n'arrive pas à faire le poids contre lui.

Il n'y a pas plus mauvais investissement, c'est un investissement à perte, et c'est tout mettre dans le même panier, et c'est laisser les autres de côté. Ces affamés, ces assoiffés d'amour, combien sont-ils à se battre pour être aimés, et combien le seront demain car pour aujourd'hui il en manque déjà beaucoup à l'appel, sont-ils morts de chagrin ou de mauvais traitements?

Et à qui iront-ils se plaindre? Armelle tu te plaignais à moi d'avoir été mal aimée. Armelle à qui voudrais tu aujourd'hui que je me plaigne si tu n'es pas prête à m'écouter comme je t'écoutais et à compatir comme je compatissais. Armelle comment aurais tu pu l'être davantage aimé, davantage que je t'aimais? Armelle, ce n'est pas pareil que de vouloir l'être à son avantage que de l'être davantage. 

De l'amour on voudrait tirer un beau parti et ce serait comme tirer parti de l'amour, l'amour réduit ne peut-être réduit qu'à cela: en tirer un beau parti et les limites de notre amour ne sont que nos propres limites, avec lui c'est à elles que nous touchons. Je voudrais depuis qu'on s'est quittés l'ouvrir à l'humanité mon cœur qui ne bat plus que pour moi quand c'est maintenant à peine si je l'entends.

Armelle, tu ne connais pas Michelet, il a écrit l'histoire de la révolution, mais ce que j'ai lu de lui c'est son unique roman La sorcière où déjà il épousait le sort des femmes, aujourd'hui dans son Journal je lis: " Combien on s'attache fortement, en circonscrivant, concentrant tout sur un objet!" Et pourquoi c'est toi Armelle cet objet et pas l'humanité, est-ce à toi ou à Dieu que je dois me plaindre de m'avoir fait ainsi aimer.

lundi 28 septembre 2026

Les habitudes


Comme l'animal est fait d'instincts l'homme est fait d'habitudes. Tayeb fait au moins trois fois par jour sa prière. Il dit que ça l'aide à tenir mais ce n'est pas la prière qui l'aide à tenir mais l'habitude de la prière qui l'aide à tenir, comme ce n'est pas tant le contenu de tout ce que je lis comme de tous ce que j'écris qui m'aide à tenir sinon l'habitude de lire et d'écrire.

Maintenant c'est de manger comme de dormir qui nous fait tenir debout plus que l'habitude de manger et de dormir, c'est pourtant celle qui s'inscrit le plus près de nos instincts tandis que celles mentionnées antérieurement relèvent davantage de la culture, de la société humaine plus que de la nature humaine; aussi quand les premières nous permettent d'exister tout court, les secondes nous permettraient d'exister en société.

Il n'est pas sûr encore qu'elles relèvent de l'existence sinon autrement que du sens que l'on chercherait à donner à son existence. Une existence sans prières comme sans lectures serait une existence proprement animale puisque répondant essentiellement aux besoins animaux. Il fallu que l'homme n'eut plus a être sans cesse en quête de nourriture pour que sa quête prenne dirons nous une nature plus spirituelle.

Goce, grand lecteur (devant l'éternel), m'a étonné en disant qu'il était bon de cesser de lire pour reprendre contact avec la réalité. C'est du vécu, il ne faut donc pas le prendre à la légère: Goce aurait ressenti cette coupure entre réalité et fiction, cette coupure ou hiatus qui est aussi distance mais aussi esquive avec la réalité, petit pas de côté quand on ne veut pas se la prendre en pleine gueule.

Il serait bon aussi de se la prendre en pleine gueule d'après Goce et l'on en revient aux habitudes: ce serait pour ne pas perdre l'habitude de se la prendre en pleine gueule, pour continuer a y être fait à l'existence. Je pense à cet autre ami, comment s'appelait il encore? Je ne sais plus de lui sinon qu'il avait servi de secrétaire à cet écrivain espagnol Alvaro Pombo et qu'il disait que le rugby lui faisait du bien.

Quoi de plus viril comme à l'armée où mon livre me fut arraché des mains. L'intellectuel souffre toujours de ce préjugé défavorable: qu'il a perdu contact avec la réalité, qu'il faut qu'il revienne à la réalité, à l'existence brute, pour ne pas dire à l'existence des brutes, et ce sont en particulier les brutes qui le lui rappellent à leur manière qui est la manière brutale.

Mais Goce est un être doux et cultivé et c'est en quoi il m'étonnait de l'entendre ainsi reprendre le discours des brutes épaisses. Il faudrait cependant ajouter qu'il est avocat d'affaires et que dans les affaires il faut savoir à quoi s'en tenir parce que le monde des affaires n'est pas tendre, mais le monde intellectuel l'est-il? Il ne conte pas toujours fleurette.

Goce a donc l'habitude des affaires comme Tayeb a l'habitude de la prière et moi j'ai l'habitude de lire et d'écrire, toutes ces habitudes que nous avons contractés nous aident également à vivre. Le (dur) métier de vivre écrivait Cesare Pavese qui a fini par se suicider. Les habitudes de vivre, et quelles qu'elles soient, sont pourtant comme les instincts ce qui nous ancre le plus dans l'existence.

J'ai appris récemment que l'auteur de L'esprit des lois disait que l'habitude de la lecture ou de l'étude le tirait très vite de toute petite contrariété ou chagrin qui cessait alors de le tourmenter dès qu'il s'y mettait. Et Goce, qui est un bon joueur d'échecs, ne niera pas qu'il n'y a rien de mieux qu'une partie d'échecs pour se concentrer sur autre chose que notre petit moi souffreteux (au café de la Régence ils n'ont pas vu la Révolution passer).

dimanche 27 septembre 2026

L'intuition


La mort devrait être une affaire personnelle, une affaire personnelle que nous avons à régler avec la vie. Armelle m'a plu quand elle m'a dit qu'elle n'avait pas peur de la mort parce que je l'ai cru. Pour une fois elle ne mentait pas. Il faut dire qu'Armelle mentait avec cette honnêteté trompeuse propre à ceux qui ont accepté leurs mensonges, ce qui les rend aux autres plus recevables. 

Rien de plus appréciable aussi qu'un menteur qui dit la vérité. Elle transpirait la vérité comme elle pouvait transpirer la fausseté. Seulement ce qui transpire des êtres se sent, imperceptible à l'intelligence mais pas à l'intuition. Etonnant qu'Armelle m'ai demandé si j'avais de l'intuition et si je croyais à mon intuition.

Je me souviens encore lui avoir répondu que j'en doutais. Mais j'en doutais comme ceux qui veulent se cacher la vérité sur eux-mêmes ou sur les autres parce que cette vérité leur déplait. En réalité elle ne m'avait jamais trompé l'intuition, et pas plus cette fois ci que les autres. C'est comme une petite voix intérieure qu'on devrait écouter plus souvent, vous en déplaise.

Il n'est pas de joueur d'échecs qui n'est fait le pari de l'intelligence: son intuition lui avait déconseillé de jouer le coup mais après avoir calculé il le joue quand même, mais il s'avère après coup (c'est le cas de le dire) qu'il s'est trompé et comme à lui il peut arriver à la société qui a tout misé sur l'intelligence de se tromper, ce qui ne l'empêchera pas non plus de tout faire à force de calculs, le considérant plus sûr que l'intuition.

Mu par l'intuition qu'il vérifie par du calcul, n'est-ce pas ce que fait tout scientifique, mais il faut lire Bergson et ce qu'il dit de l'intuition: "Toute la complexité de sa doctrine, qui irait à l'infini, n'est donc que l'incommensurabilité entre son intuition simple et les moyens dont il disposait pour l'exprimer" car ce qu'il dit pour le philosophe peut valoir aussi bien pour le scientifique que pour notre joueur d'échecs.

Souvent ce qui se perd dans les calculs c'est l'intuition première que n'arrivera pas à retrouver sinon peut-être a approcher au plus près autant le philosophe que le scientifique et le joueur d'échecs, encore moins tout celui qui voudra appliquer une doctrine, une théorie, des principes (et il y en a beaucoup au jeu d'échecs comme il y en a beaucoup dans la société) dont l'idée initiale se sera perdue dans le fatras de l'énoncé.

J'étais en moto avec mon petit frère derrière et je voulais prendre toute la route parce que je me trouvais dans une rue à sens unique quand une intuition m'en empêcha. Il arriva dans l'autre sens lancée à toute vitesse une voiture que je pus alors éviter. Dans ce cas comme dans celui qui se défend de suivre toute doctrine ou théorie dont ce serait perdue l'intuition première et originaire aussi que dans celui du joueur d'échecs qui malgré ses calculs aurait suivi son intuition, elle présente ce caractère négatif qui défend, dont parlait Bergson.

Impossible, comme dit Bergson, qu'elle souffle à l'oreille du philosophe, comme elle me soufflait à l'oreille, cet amour d'Armelle, impossible. "Impossible, parce qu'une certaine expérience, confuse peut-être mais décisive, te parle par ma voix, qu'elle est incompatible avec les faits qu'on allègue et les raisons qu'on donne, et que dès lors ces faits doivent être mal observés, ces raisonnements faux."

samedi 26 septembre 2026

L'être social


Si je suis un homme je suis tous les hommes, si je suis une femme je suis toutes les femmes, si je suis un noir je suis tous les noirs, si je suis un blanc je suis tous les blancs, par ce simple mécanisme de généralisation qui fait aller du particulier au général dont bien sûr tout le monde se défend mais plutôt mal que bien, encouragé comme il l'est par les médias à se faire une idée qu'il donnera comme sa propre idée des choses et des êtres.

Il m'étonne que cet aspect de la socialisation qui est un effet de la généralisation passe inaperçu quand on sait comment chacun est perçu et ce sera souvent par tout ce qui ne tient pas tant à sa personne qu'à ce qu'il représente aux yeux de qui ignorerait qui il est vraiment. La socialisation des êtres tiendrait tout entière à cette fiction ou méconnaissance de l'être dans sa particularité ou singularité.

Il n'y aurait d'être social que pluriel et fictionnel, fondement des préjugés par là même inévitables d'une société qui en outre en médiatiserait l'image ajoutant à cette superficialité celle de l'image qui ne pourrait se passer de commentaires attenant à l'image qu'on prendrait alors comme la réalité, rien ne serait plus faux qui ne passerait pour plus vrai.

Qui par le jugement différerait de l'opinion générale comme il arrive souvent et inévitablement quand on a de la chose ou de la personne  connaissance plus directe et plus personnelle ne serait pas entendu mais conspué comme pouvait l'être tout hérétique puisque son jugement personnel passerait pour rien d'autre qu'une hérésie.

La société a par conséquent dans ses composantes des constantes ou invariables qui la rendent tout aussi méprisable hier qu'aujourd'hui, ce qui n'empêche pas les sociologues de concourir à son édification et pourquoi pas à sa sacralisation. Elle est comme ce ciment qui voudrait faire tenir tout l'édifice en le figeant définitivement quand on sait que l'être vivant appartient par nature au mouvant.

C'est pourquoi elle sera aussi la société et par nature toujours branlante et de partout se fissurant. Elle aura alors ses spécialistes du colmatage, réformistes de tout poil et grands conservateurs s'il en est devant l'éternel. Tout le monde sait cependant qu'elle finira par s'écrouler. Les plus grands soins sont apportés à sa façade et c'est ce qu'on appelle l'hypocrisie sociale largement partagée par tous.

Les maux inhérents à sa nature passent pour des faits divers qui émaillent le quotidien de ceux qui vivent en son sein comme on vit au sein de la nature quand c'est une nature contrefaite et inhumaine qui ne tient pas de l'homme mais de la société qui a pris le pas sur l'homme, nier sa réalité et créer sa fiction: l'être social.

CITATION

Les Propos d'Alain: " il est formé, tout au contraire, à dire ce que tout le monde dit. L'erreur de Socrate, si l'on ose ainsi parler, était d'inviter chaque homme à combattre de sa vraie pensée."

vendredi 25 septembre 2026

A bon entendeur, salut monsieur le professeur


Il en fait une salade le Dédé. Et c'est à peu près cette salade qu'il va vous servir plutôt qu'un plat élaboré qui pour aussi parfait qu'il soit n'en serait pas moins empreint d'artificialité. Tout à commencer, et j'ignorais encore où cela allait me mener, quand la bouche pleine, et c'est que R m'avait invité à déjeuner, je m'empressais déjà et avant de la vider de lui raconter comment la vieille je m'étais rendu au Blitz Society.

Comme je lui racontais les parties d'échecs que j'y avais jouées et un peu trop facilement gagnées R se demanda quel intérêt cela pouvait bien avoir, et en effet tout ce qui n'est pas remporter de haute lutte ne mérite pas qu'on s'y attarde, or je m'y étais attardé en, par exemple, laissant mes adversaires reprendre leurs coups. Tu as jouer au professeur c'est alors exclamé R plus dépité que jamais.

R me renvoyait sans ambages à Kierkegaard et ses trois stades de l'existence: l'esthétique, l'éthique, et le religieux. Je m'étais donc arrêté au stade éthique, j'avais voulu faire dans le social. Je ne dirais pas que R avait un profond mépris pour qui s'arrêterait à faire dans le social mais lui dont le religieux hérissait le poil me faisait désormais figure de mystique appelé comme il l'était à un plus haut stade de l'existence.

Mais ce n'était pas de Kierkegaard mais de Henry Bergson que je tenais cette exigence suprême du mystique, enfin, c'est Henry Bergson qui me l'avait fait connaitre en me faisant connaitre les deux stades de la religion, la statique qui était celle que mon ami R abhorrait au plus haut point, et la dynamique qu'il me semblait à son insu partager avec les mystiques.

Me voilà aussitôt et par lui renvoyé à un champion du monde d'échecs Bobby Fischer qui m'apparaissait maintenant, alors que jusque-là et comme beaucoup je l'avais tenu pour fou, et beaucoup tiennent également pour fous les mystiques, qu'il se révélait à moi (après avoir entrepris la lecture des Deux Sources de la morale et de la religion de Bergson) comme un mystique qui aurait pris pour religion les échecs.

Il y a dans le monde des échecs comme dans le monde tout court beaucoup d'amateurs qui ne demandent qu'à apprendre mais aussi beaucoup de professeurs qui ne demandent qu'à enseigner; il y en a maintenant beaucoup moins qui s'étant voués corps et âme aux échecs en ont reçu la récompense suprême et la consécration; ils sont alors pour tous devenus des modèles, des demi-dieux; mais on le sait: il n'y aurait pas pires professeurs qu'eux.

J'avais encore la bouche pleine que déjà R s'empressait de quitter la table. Il y avait une autre table qui nous attendait avec un échiquier. Pour sûr, je ne laisserai pas R reprendre ses coups et encore moins me permettrait de lui donner aucun conseil sur son jeu. A bon entendeur, salut monsieur le professeur. Je ne voulais pas déplaire à mon ami et qui sait si me hisser par la même occasion du stade éthique au stade religieux.

Non à celui de la religion statique mais dynamique au sens ou l'entendait Bergson, impulsée par les mystiques, mais il ne faudrait pas entendre par mystique contemplatif: "et le christianisme, qui prit la suite du judaïsme, dut en grande partie aux prophètes juifs d'avoir un mysticisme agissant," écrivait Bergson. Unamuno, le philosophe espagnol, dans L'Agonie du christianisme entendait aussi dans le mot agonie le mot lutte aussi que le mot déclin et c'est que je perdis contre mon ami R, mais c'était après m'être bien battu ( et sans blablabla).

jeudi 24 septembre 2026

Ni insecte ni araignée


Qu'on est la société, que la société n'est pas quelque chose d'indépendant de nous ni nous d'indépendant d'elle, qu'on en parle la langue, qu'on en a les habitudes, les idées ou opinions; voilà à peu près tout mais pas tout ce que mon ami en dirait car il en sait plus long que moi sur la société, et cependant que j'en conviendrais avec lui, et acquiescerais à tout ce qu'il pourrait m'en dire d'indubitable, je lui répondrais par cette simple et seule image qui peut être reçue de tous.

Pensons la société comme une toile d'araignée et qu'il y ait tant de sociétés que de toiles d'araignées et ceci en autant de coins et de recoins que l'on puisse imaginer, aussi que du peu de place qu'elles peuvent occuper déjà dans une maison, alors que dire dans l'univers incommensurable. C'est donc de l'infiniment petit que l'on parle mais qui à l'échelle humaine se donne et présente comme si grand et si important.

Eh bien, pensons maintenant que la plupart d'entre nous ne sommes pas bien différents de cette multitude d'insectes qui viennent se prendre dans ces toiles d'araignées et que ces araignées en question et en nombre beaucoup plus réduit que nous soient cependant les maitres du monde aussi qu'ils se disent l'être quand ils ne le sont réellement que des toiles qu'ils ont tendu et leur puissance de nuire se limitant à elles, pour ne pas dire à nous.

Si les insectes y sont pris les araignées ne s'en tiennent jamais trop éloignées car à ses prises elles sont intéressées, quand il leur faudrait y être indifférent pour prendre une réelle distance vis à vis de la toile et c'est en cela que l'on peut dire sans risque de se tromper qu'elles y sont aussi prises avec nous. Ainsi mon ami aurait raison quand il dit que tout le monde est pris ou compris dans la société.

Je voudrais néanmoins lui communiquer sans plus tarder mon positionnement (GPS) par rapport à ladite société parce qu'il ne m'y verra ni comme insecte ni comme araignée et pourrait s'en étonner. C'est que je ne voudrais ni nourrir les araignées maitres de ce monde (à les en croire) ni étant avec eux me nourrir de tout ce qu'ils se nourrissent. Aussi je m'en tiens aussi éloigné que possible, des uns comme des autres, ce qui est chose aisée et naturelle à qui n'est ni insecte ni araignée. 

mercredi 23 septembre 2026

L'amour d'Armelle


Les femmes qui ont vu beaucoup d'hommes sont pareilles à ceux qui à la guerre ont vu beaucoup de morts au point d'y être insensibles; aussi bien l'on pourrait parler de l'insensibilité du métier de pute. Mais dans le personnel hospitalier habitué a côtoyer beaucoup de malades certains ne s'y font jamais qui ne sont pas bons pour le métier, quand la plupart prenne la tournure ou l'habitude qui pour l'usage est donnée comme bonne.

Il n'est pas sûr pour autant qu'elle soit bonne autrement cette insensibilité sinon à les protéger, à les préserver, mais de quoi sinon que d'aimer. J'ai un ami qui disait que les femmes sont plus fortes à ce jeu de l'amour et que c'était souvent en faisant la grève du sexe qu'elles tenaient leur bonhomme qui lui ne savait pas s'en priver trop longtemps.

Mais il faudrait encore ajouter  que ce sont les femmes sans cœur qui savent se faire aimer et cela je ne le tiens pas de mon ami sinon de ce que j'ai lu d'Alain dans ses Propos et qu'il suffit de reporter aux femmes: "redoutés par cette indifférence qui enlevait tout espoir … les hommes sans cœur, étaient finalement aimés."

Armelle qui se vantait d'avoir connu plusieurs hommes ne savait pas qu'elle se vantait ainsi d'être une femme sans cœur, ayant pourtant cette insensibilité qui était comme une insensibilité de métier; on aurait dit par là qu'elle avait du métier comme on aurait dit qu'elle avait de l'expérience; et je ne suis pas sans penser que chaque homme qui venait à elle en tuait un autre qui l'aurait précédé et que tous ces prédécesseurs tuaient l'homme qui venait à elle.

On les dit alors faites pour l'amour quand l'amour les a défaites. Et c'est parler autant pour les femmes sans cœur que pour les hommes sans cœur. Aussi chacun finit par trouver celui de sa condition et croyant se préserver ne fait qu'empirer son cas, car, toujours allant vers qui moins de cœur aurait à l'ouvrage, il ou elle, finirait par trouver son égal qui autant de mal lui ferait qu'il ou elle lui ferait.

Maintenant je répondrai à mon ami que la force de l'homme ne se mesure pas à la femme mais à lui-même, que celui qui est fort est fort contre lui-même et non pas contre la femme, que c'est lui qu'il doit empêcher, contre lui qu'il doit se retourner et non pas contre la femme, qu'elle se laisse aller et il la laissera aller car n'est pas à lui celle qui est à d'autres, ni a de cœur celle qui se donne sans se donner. 

A la manière des romantiques


Toujours je me dis, et c'est que toujours je pense à toi, que tout serait plus beau avec toi, et c'est que je regarde le paysage et que je ne t'y trouve pas, mais si tu étais avec moi c'est toi que je regarderais et non pas le paysage, suis-je en cela romantique que les romantiques se sont tournés vers le paysage en l'absence de l'aimée et comme pour la retrouver.

On peut bien remplir le paysage de la présence de l'aimée mais c'est en son absence qu'on le fait, parce qu'en la présence de l'aimée on est à l'aimée et non pas au paysage; n'est romantique le paysage qu'en tant qu'il tient son romantisme de l'aimée, qui seulement en l'absence de l'aimée peut s'emplir de notre amour qui n'est pas tant amour du paysage que de l'aimée.

Combien triste je serais d'être où nous avons été car je ne pourrais l'embellir davantage ce paysage qui de ta présence fut déjà choyée bien que je ne l'ai point vu tandis que je te voyais, et comme je ne l'ai point vu tandis que je te voyais c'est à ta seule présence qu'il me renverrait lui que je  ne souffrirais pas de revoir sans toi.

F.W.Schelling ce philosophe romantique qui a écrit Clara, l'amour et le monde des esprits, aurait réintroduit la nature dans le monde de l'esprit. Je ne sais rien de lui et peut-être aussi rien de toi l'aimée sinon que tu appartiens à la nature, et que si je peux t'y retrouver c'est aussi parce que tu es entrée dans le monde des esprits aussi que dans cet esprit qui est le mien.

D'après Schelling le monde de l'errance serait celui du péché mais c'est aussi celui des âmes en peine et qui sait si ce ne sont pas les mêmes; que je connaisse la mienne et qu'elle se double de la tienne car si je sais de quoi je pêche il se peut aussi que je sache de quoi du pêches et que je compare ton errance à la mienne et qui serait de ne s'être pas trouver ou de s'étant trouvés de ne s'être pas retrouvés.

Si je fais usage d'un langage sibyllin c'est qu'il est des vérités cachées que seul le cœur connait et que sans descendre à ses profondeurs mieux vaut les ignorer car on ne saurait les éprouver avec chaleur, mais je m'égare comme on s'égare dans un paysage où tu ne serais plus et où je ne serais pas car je ne saurais pas y être sans toi et y goûter à la manière des romantiques.

mardi 22 septembre 2026

Le noyau dur de l'être


Le noyau dur de l'être est la force de l'être. Jamais l'être ne s'est senti autant exister que quand il a touché au noyau dur de l'être. Mais seul celui à qui il a été donné de toucher au noyau dur de l'être le sait. Sinon tout le trompe. Tout le détourne du noyau dur de l'être. Et c'est un être faible et balloté par la société qu'on trouve en lieu et place de l'être fort qui n'appartient qu'à lui-même (c.à.d. au noyau dur de l'être).

Et c'est parce qu'il n'appartient qu'à lui-même qu'il peut se donner et qu'il se donne et qu'en se donnant il sent l'existence de toute la force de son être et jusqu'au noyau dur de son être. La société veut bien qu'il se donne mais pour elle, la société, sinon qu'il soit faible. Le noyau dur, l'être fort, c'est le héro, et la société qui en temps ordinaire le veut ordinaire, en temps de guerre le pousse à l'héroïsme.

Mais c'est à tuer qu'elle le pousse la société et non pas à aimer et quand l'homme qui aime veut se donner la société fait que l'homme qui aime ne puisse aimer que de façon intéressée: il ne cherche plus alors à se donner mais à posséder et se trouve alors faible et balloté, sans héroïsme, sans toucher au noyau dur de l'être qui est la force de l'être qui est la force d'aimer jusqu'à se donner.

Ce n'est plus qu'un être dévoyé, dévoyé par la société de sa nature d'homme, du noyau dur de l'être par lequel seulement il peut sentir le sens de son existence, c'est-à-dire n'exister qu'en se donnant, mais la société lui a fait perdre le sens de son existence pour lui donner le sens de l'existence de la société, pour qu'il ne vive plus que par son truchement, et ce n'est pas à dépenser sa vie mais à la gagner.

Quand il n'y a que dans la fête ou que dans l'amour ou que dans tout autre dépense de soi que l'homme se retrouve, l'homme qui ne se retrouve qu'en se perdant, il n'y a aucun doute là-dessus, mais c'est lui même en l'autre être qui comme lui est un être d'amour fait pour se perdre dans l'amour et non pas dans la guerre. Mais l'on n'a rien à gagner à s'aimer ainsi, souffle à notre homme la société.

Seulement ce n'est pas la société qui donne à notre homme son souffle de vie mais l'amour, l'amour seul qui continue à animer ce souffle de vie en tant que l'homme continue à se donner par amour. Il s'éteint autrement. Et celui que l'on appelle l'être social n'est qu'un homme éteint qu'on ne voit s'animer qu'en société, mais prenez le tout seul dans un coin et pour vous tout seul et il ne fera rien.

Tandis qu'il prendra ses grands airs de sauveur de l'humanité, qu'il vous dira que ce qu'il aime lui c'est l'humanité, mais il ne vous sauvera pas, mais il ne vous aimera pas. Qu'aurait-il a y gagner? Rien. Or la société lui a appris à gagner, à prendre, non pas à se donner. C'est un être dévoyé, dénaturé, qui ne connaît que son intérêt. Mais c'est mal le connaitre. Ce qu'il connait en effet c'est l'intérêt de la société.

Jamais il ne sentira le noyau dur de l'être. Jamais il ne sentira la force de son être. Jamais il ne sentira le sens de son existence, autant dire jamais il ne se sentira vivre pleinement, vivre jusqu'à en mourir, et c'est parce qu'en refusant de se donner il a refuser d'être, excepté en certaines circonstances et qui lui seront dictées par la société, mais cet homme qui vit pour la société est déjà mort.

lundi 21 septembre 2026

Les selfies


Si j'abomine cette vieille société, ses peines comme ses joies, c'est qu'il y a trop longtemps qu'ils ont appris à gémir comme il y a trop longtemps qu'ils ont appris à aimer. Ils sont pareils à cet enfant, acteur bientôt oscarisé, qui très tôt a appris à faire de la comédie et qu'ils applaudissent et qu'ils voudraient pour enfant. N'ont-ils pas eux mêmes très tôt appris à jouer et les adultes ces vieux comédiens n'ont -ils pas été pour eux des exemples à suivre, leur idole bientôt détrôné. 

C'est qu'à chaque génération ils ont appris à mieux jouer leur rôle en société. En vérité ils n'aiment plus que la comédie et quand c'est bien jouée. Non ils ne demandent pas que cela soit authentique mais que cela soit bien joué, ce qui signifie que cela passe pour authentique. Mais ce n'est pas dire qu'ils aiment pour autant l'authentique: soyez le authentique autant que vous le voudrez mais ils diront de vous, je les entends déjà, quel idiot!

Voilà pour quoi vous passerez plutôt que pour quelqu'un d'authentique, et croyez moi n'insistez pas: le vrai effraie. Dans cette vieille société je ne connais de vrais que les fous, les fous ne font pas exprès d'être fous, aussi les fous effraient. Conclusion: vous passerez pour un fou ou un idiot, dans les deux cas pour celui qui n'a rien compris au petit jeu auquel ils se livrent.

Rien d'étonnant alors que ce qu'ils aiment au-dessus de tout soit la fiction et les personnages de fiction. Aussi ils aiment tous ceux qui jouent et qui jouent bien, comédiens, politiciens, qu'à la moindre fausse note ils sanctionnent, fussent cela une preuve d'authenticité, une preuve qu'ils sont humains comme l'erreur est humaine et dire qu'ils aiment la perfection est dire qu'ils aiment la fiction.

Et méfiez-vous de ceux qui vous diront qu'ils vont vous parlez en toute franchise, déduisez en seulement que parler seulement n'est pas pour eux parler en toute franchise, que la franchise serait comme une valeur ajoutée à leur discourir et qu'il faudra sûrement payer de votre silence et que vous soyez leur obligé et comme redevable de cette franchise à vous seul accordée. Croyez moi: refusez là d'emblée. 

La parole donnée n'engage que ceux qui y croient, de même que "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent." Ne les écoutez donc pas, ne voyez-vous donc pas qu'ils sont en train de jouer ou de réciter un rôle qui est ce qu'ils ont appris depuis leur plus tendre enfance et sur des générations, dans cette acquis il y a presque, avec le temps, quelque chose d'innée, de pas encore vrai mais de déjà vraisemblable. 

C'est pourquoi ils aiment plus que tout la société: cette vieille estrade pourvu qu'ils y aient un rôle à jouer, et qu'ils aiment à faire rire comme à faire pleurer de peine ou de joie, peu importe, mais qu'ils y soient tous montés, qu'on les voient! surtout qu'on les voient! c'est eux qui disent loin des yeux loin du cœur, sinon ils se font des selfies, ils s'envoient des selfies, tous metteurs en scène de leur propre vie.

dimanche 20 septembre 2026

Le monde des morts et des vivants


Que l'homme primitif ne sépare pas le monde des morts du monde des vivants dit bien le contraire de ce que nous pensons de l'homme primitif et c'est qu'il serait toute extériorité et action, parce que comme l'animal happé par l'action que lui commande la nécessité et n'ayant pas de temps à lui pour penser, il ne pourrait se forger une intériorité, quand l'homme n'aurait été d'abord qu'intériorité dont il aurait eu longtemps du mal à s'extraire, cette hypothèse nous aiderait en tout cas à mieux le comprendre. 

Aussi il serait plus juste de penser que ce que l'homme primitif ne sépare pas encore c'est son monde intérieur (chacun est encore livré à lui quand il est livré à lui-même) du monde extérieur (qu'il n'aurait pas encore objectiver, c'est-à-dire séparer de lui). Alors on comprend mieux qu'en lui comme en nous et c'est en notre pensée et tandis que nous continuons a y penser que vivent nos morts mêlés aux vivants que nous sommes.

Le primitif ne vit pas encore sous l'empire de la raison qui distingue et sépare tout aussi qu'après relie tout, qui analyse et objectivise; il est toute intériorité. Nous n'avons pas encore tout perdu de ce caractère primitif de notre entendement et c'est lui qui me fit lire sur un écriteau ce à quoi je devais alors penser très fort et ce n'est que de m'en étonner que je réalisais qu'il y avait tout autre chose d'écrite.

Notre monde intérieur n'aurait fait depuis que de se réduire comme une peau de chagrin et nous ne serions plus alors que toute objectivité et sous l'empire de la raison, voyant tout en dehors de nous mais incapable de voir quoi que ce soit en nous tant nos regards et en particulier celui de notre intelligence ne seraient tournés que vers l'extérieur n'y voyant que ce qui y figurerait et serait perçus par nos sens.

Ce surveillant Kanak, qui roulait des yeux de fou dans la semi obscurité (éclairage de sécurité) du dortoir de l'internat à Nouméa, on disait de lui qu'il avait trop étudié, que ça lui était monté à la tête, et je le crois aussi que dans son monde intérieur de loin plus chargé que celui du petit zoreil que j'étais le viendrait déranger tout ce qu'il pouvait encore intérioriser de connaissances et qu'elles lui apparaitraient aussi bien que s'il les voyait vivantes devant lui et s'exerçant à le torturer, et c'était qu'il était toujours à l'intérieur de lui (les yeux rivés) dont il n'arrivait pas à sortir.

Ne s'étant pas opérer en lui cette séparation entre monde intérieur et monde extérieur comme il peut encore nous arriver en rêvant, et il avait du somnambule l'aspect effrayant qui faisait que les petits internes Kanaks en avaient peur comme ils avaient peur de l'esprit des ancêtres, tant que celui-là d'esprit occupait le leur d'esprit et non celui du petit zoreil pour qui tout ce monde intérieur avait été depuis longtemps et par les siens réduit à néant, ne voyant plus que du dehors et jamais rien qui ne fut que du dehors.

L'habitude donc que nous aurions contracté avec le temps est bien de tout distinguer de nous comme de tout voir en dehors de nous; mais c'est toujours de nous que nous partons et il a fallu que la phénoménologie nous le rappelle comme que ce n'est pas la chose ou le monde que nous voyons mais comme nous nous le représentons, qu'il ne peut y avoir d'objectivité totale quand il y a un sujet. Mais la subjectivité n'est pas encore l'intériorité du primitif sinon ce qu'il nous en resterait.

Peut-être aussi en viendront nous à regretter l'intériorité, et ce n'est pas courir toujours après les choses et les êtres mais reposer un peu en soi, faisant contre-poids à la frénésie de l'existence. Et comme j'aimais goûter et comme j'aspirais au calme, à la sérénité, des Kanaks, pas d'angoisse, pas d'anxiété, pas d'état fébrile, seulement de l'activité ou du repos, c'est toujours d'un grand calme qu'ils semblaient partir et à un grand calme qu'ils semblaient retourner, aussi leur tempête comme les tempêtes, imprévisibles, et le retour à l'accalmie la plus totale et la moins suspecte, et j'appris ainsi à m'en méfier comme à les aimer.

samedi 19 septembre 2026

L'autre et nous


Il est un moment où l'autre n'est plus l'autre, où il n'est plus l'autre pour nous, mais il continue cependant a être l'autre, car il ne cessera jamais d'être l'autre et ne sera jamais nous. Ce moment où il a cessé d'être l'autre pour nous ne peut donc être qu'un moment de pure illusion qui forcément ne peut que se dissiper avec le temps qui nous fera voir un autre quand cet autre n'est jamais que le même autre que nous aurions cessé de voir le temps de l'illusion.

On ne pourrait situer pour autant ce moment de passage de l'autre à nous, c'est-à-dire quand il cesse d'être un autre pour nous et que nous croyons tenir cela de notre connaissance de l'autre comme si toute connaissance de l'autre pouvait faire cesser l'autre d'être l'autre. Le voilà maintenant renvoyé à la masse indistincte et indifférenciée des autres pour nous. Quel n'est pas notre étonnement. Aurions nous cru qu'il avait cessé d'être l'autre qu'il faut nous rendre à l'évidence que non.

Sans doute n'avons nous jamais été qu'un autre pour cet autre ou bien le sommes nous redevenu. Le retour à l'autre de l'autre comme de nous même pour l'autre est ce moment de passage où l'autre et nous même redevenons l'autre pour l'autre. Nous venons de l'autre et nous retournons à l'autre. Si pour autant nous avons été autre chose pour l'autre que l'autre. Si pour autant il est possible d'être autre chose que l'autre pour l'autre. Si pour autant il ne s'agit pas d'une pure illusion qui ne dure que le temps de l'illusion.

Il faudrait remonter au mythe de l'androgyne chez Platon pour croire que cet autre n'est pas tant autre sinon cette moitié, notre moitié d'orange comme on dit aujourd'hui, notre autre moitié, qui aurait donc été nôtre avant que l'on soit séparé. Il faut lire le Banquet de Platon qui parle de cette unité perdue pour comprendre cette attraction des corps et des âmes les portant à l'union, les portant à ne faire plus qu'un, pour que l'autre ne soit plus l'autre. Mais voilà cette union n'est jamais que momentanée, juste le temps d'entretenir l'illusion d'un temps révolu.

On y a bien cru cependant, à chaque fois on y croit, on y croit sans pour autant croire au mythe de l'androgyne auquel seuls croyaient les grecs de l'Antiquité. C'est qu'il n'est pas besoin d'y croire pour que cela se vérifie en chacun de nous qui croit passer à l'autre pour s'y confondre et c'est effectivement une confusion de sentiments qui en résulte et qui lui fait prendre les sentiments de l'autre pour les siens et les siens pour ceux de l'autre aussi que son corps pour le corps de l'autre et le corps de l'autre pour le sien. Quand nous le savons enfin: il n'en est rien.

vendredi 18 septembre 2026

Le dernier soupir du Maure


Je m'entends encore dire à mon ami, et c'est comme dans un songe, et alors que j'écris tard dans la nuit ces quelques lignes, que je n'ai plus de nouvelles d'Anabelle, et que plus le temps passe plus il y a de risque qu'elle soit à jamais pour moi perdue, n'est-ce pas ce que dit la police quand quelqu'un disparait que plus on tarde à le retrouver moins il y a de chance qu'on le retrouve.

Mais je suis pareil à cette mère qui ne perd pas espoir et qui croit revoir son enfant à chaque coin de rue et qui attend tout appel comme on attend la bonne nouvelle, tandis que miner par un profond chagrin elle se consume et je ne sais plus si plaindre cette femme ou plaindre son enfant, si vouloir qu'Anabelle me revienne ou que cette femme revienne à elle même.

Etre cet homme qui dit à cette femme de revenir à elle même, qui est de se faire à l'idée qu'elle ne reverra plus la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles et dont la perte lui arrache le cœur; mais je n'en trouve pas encore la force ni l'envie car je suis un peu pareil à elle qui contre les pires pronostics ose nourrir les plus fous espoirs.

Comme elle je n'en dors plus de la nuit, comme elle qui pense à ce que son enfant est devenu je pense à ce qu'Anabelle est devenue; je me dis que ce n'est peut-être qu'une fugue et je ne suis alors qu'une mère qui se rassure, et quand tout lui rappelle son enfant tout me rappelle Anabelle, et quand il n'y a pas de honte a être cette mère j'ai honte d'être moi même si faible.

Car je pense au dernier soupir du Maure, à ce que sa mère qui l'accompagnait dans son exil, et c'est à la sortie de Granada à un endroit précis que je connais pour y être passé mainte fois et non sans avoir ressenti ce qu'il a bien pu ressentir et que je ressens aujourd'hui où je crois encore entendre ce que sa mère lui a dit: "Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme!"

jeudi 17 septembre 2026

De l'idée de sacrifice


Je n'ai jamais parlé que de sacrifice humain, de l'humain pour l'humain, quand le sacrifice est à la base même de notre société comme elle l'était de la société dite précolombienne qui elle par contre pratiquait le sacrifice humain sans s'en cacher, ou plus proche de nous comme dans l'esprit de la société judéo-chrétienne, pour faire société n'y a t-il pas en effet déjà une part de sacrifice à faire? Pourtant, et c'est là sa contradiction, et où elle nous trompe cette société qui ne cesse par ailleurs de faire appel à l'égoïsme de chacun quand ce prétendu égoïsme n'aurait pour but que de nous dissimuler le sacrifice lui bien réel et exigée par la société de production et de consommation.

Pour mieux le comprendre il faudrait étendre cette notion de sacrifice au temps et à l'espace. Ne nous est-il pas exigé une de plus en plus grande mobilité comme ne nous est-il pas demandé de sacrifier notre temps à l'étude et au travail. Nous avons en tout cas intégré ce sacrifice sans y voir un sacrifice sinon un investissement personnel visant à notre profit personnel. Il n'est pas sûr cependant que ce ne soit pas à la société qu'il profite quand on voit combien elle s'en prend à ceux qui ne s'y soumettent pas.

C'est aussi l'avis de l'opinion générale qui n'est autre que celui de la société, mais tout cela sans jamais évoquer l'esprit de sacrifice mais en louant et en flattant l'effort et l'investissement personnel, ce qui est toujours parler de dépense et du profit personnel en résultant, ce qui n'a pourtant rien d'évident, mais que la société fait miroiter autant que ce miroitement dissimule le véritable sacrifice qui lui effectivement est celui de notre personne toute dévouée à la cause et à la forme de société qu'il épouse plus ou moins inconsciemment, sans quoi il n'irait pas plus au sacrifice que n'y seraient allés les indiens des sociétés amérindiennes.

Si l'on étend aussi cette notion de sacrifice et l'amène à la hauteur d'autres notions auxquels on est par contre très attachés comme la notion de liberté et la notion d'égalité on ne pourra nier qu'il faut sacrifier à la liberté pour satisfaire l'égalité et vis versa sacrifier à l'égalité pour viser à plus de liberté, que rien ne va donc sans sacrifice, mais l'on ne veut pas voir le sacrifice, alors on nous parle indistinctement de liberté et d'égalité comme deux nourrissons tétant à la même mamelle qui serait la mamelle de la société du progrès et de la civilisation quand de tout progrès comme de toute civilisation il nous faut payer le prix fort, ce qui est ni plus ni moins y aller de notre sacrifice.

Il est passé dans le langage courant qu'on "a rien sans sacrifice" mais l'on a pas conscience d'à quel point cela est vrai ni qu'il serait bon de s'interroger sur la nature de ce sacrifice pour savoir s'il emporte notre adhésion ou pas et pour qu'il ne se fasse pas contre nous mais avec nous, aussi que de ne pas se sentir frustré dans nos vies qui ne seraient faites en apparence que de profits et de plaisirs parce que conscient qu'elles sont de toute manière vouées au sacrifice (comme à la mort) et qu'il nous appartient seulement de décider à quoi nous désirons nous sacrifier plutôt que d'y être mené malgré nous comme pouvaient l'être les indiens d'Amérique s'ils n'avaient foi ou perdu foi en leur civilisation.

mercredi 16 septembre 2026

De la relation humaine


Il y a un monde souterrain de la relation humaine qui est en train de se développer au point de prendre la première place et cela sans inquiéter personne quand il n'y aurait pourtant rien de plus inquiétant. D'abord il signifie qu'en plein jour personne n'oserait plus s'exposer, ce qui serait prendre un risque partagé et non unilatéral comme on a trop tendance à le penser. Il faut donc voir dans cette exposition ce qu'il y a de plus honnête et de plus courageux et que trop la décourager conduirait à l'inverse.

C'est en effet à couvert que les pires malhonnêtetés et les pires lâchetés sont permises aussi que l'exploitation et la marchandisation de la relation humaine si tant est qu'il s'agisse encore d'êtres humains sinon qui s'abaissent au rang de marchandises, de produits, puisque c'est ainsi qu'ils doivent se présenter pour ne pas dire se vendre: le code en cours de validité n'étant plus celui de la galanterie mais du marketing.

Cela n'est pas sans me rappeler quand mes collègues, agents de sécurité de la RATP jusqu'alors en civil, apprirent qu'ils seraient désormais en tenue (cette tenue qu'ils n'avaient pas de ne pas savoir se tenir), ce qui veut dire qu'ils seraient vus de tous. Ce n'était semble t-il plus faire de la répression mais de la dissuasion et cette dissuasion plaisait d'autant moins à certains de mes collègues parce que dissuadés les premiers avant de dissuader les autres de mal agir.

C'était agir en plein jour, au vu et au su de tout le monde. On opérait en souterrain mais désormais au su et vu de tout le monde. Qui aurait à gagner que les relations humaines soient de plus en plus souterraines? Certainement pas les meilleurs de l'espèce humaine, certainement pas ceux de mes collègues qui ne voulaient pas mettre la tenue parce que ce n'était pas, loin de là, ceux qui pouvaient se prévaloir d'un comportement exemplaire et irréprochable.

Favoriser la relation humaine ce n'est pas favoriser les sites de rencontre mais que les rencontres puissent avoir lieu à découvert, c'est-à-dire à toutes heures et en tous lieux et non à des heures et en des lieux ou sous le couvert d'un certain anonymat (quand ce n'est pas d'une fausse identité) tout est permis, donnant lieu alors à toutes les escroqueries possibles et imaginables.

Entre hommes et femmes comment cela se passe t-il? Les médias friands de faits divers et de scandales et de procès n'arrêtent pas de rapporter que cela se passe mal. Et cela est sans doute vrai pour beaucoup de cas connus et qui défrayent la chronique mais la conséquence directe est que pour beaucoup d'autres cela ne se passe plus, que cela ne se passe plus en dehors des sites de rencontre auxquels certains opposent encore une résistance farouche ne voyant pas là un sort digne de l'humain, de la condition humaine comme de la relation humaine.

mardi 15 septembre 2026

Le sens du sacrifice (5)


Si l'on a perdu le sens de la vie c'est qu'on a perdu le sens du sacrifice comme on aurait perdu le sens de la religion qui ne serait autre que le sens du sacrifice ou du moins qui l'aurait compris dans les deux sens du terme. Néanmoins l'on peut comprendre encore aujourd'hui et nous aussi qu'un homme se sacrifie pour sa femme, les parents pour leurs enfants, et la liste des sacrifices auxquelles on consentirait encore est longue.

C'est que l'on ne vit pas que pour soi comme l'on dit à nos vieux aujourd'hui: "pensez à vous", mais les vieux continuent à pensez à leurs enfants et petits enfants, excepté ceux qui n'y ont jamais pensé, qui n'ont jamais pensé qu'à eux, mais ce serait encore ne pas bien penser que de penser ainsi car qui n'aurait pas tout donné à ses enfants aurait tout donné aux hommes (amante plus que mère) ou aux femmes (amant plus que père) si c'est un homme, et qui n'aurait vécu que pour lui-même et son plaisir n'existe pas davantage.

Et comme on dit: "dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es" on pourrait dire plus justement: "dis moi pour quoi tu te sacrifies et je te dirais qui tu es". Seulement on ne se sacrifie pas comme les bêtes vont à l'abattoir, aussi si je me sacrifierai bien pour une femme je ne me sacrifierai pas pour n'importe quelle femme sinon pour celle qui aura des sentiments pour moi. 

Trop souvent il est vrai les hommes sont allés à la guerre comme les bêtes à l'abattoir et leur sacrifice ne parait pas toujours aujourd'hui se justifier mais nous dit qu'il y a bien un élan qu'on ose à peine appeler vital parce qu'il porte à se sacrifier et qui meut cependant les hommes a aller au-delà d'eux-mêmes et permet de dire que cela est naturel à l'homme et le distingue de la bête.

Qu'il est de la religion ou qu'il n'en ait pas l'homme ne s'arrête pas à lui, et qu'il n'y ait ou pas rien en dehors de lui, l'homme, il n'empêche qu'il ne s'arrête pas non plus à sa vie mais est souvent prêt à ce sacrifice ultime. Aux aidants on dit aussi: "pensez à vous" comme on me l'a dit alors que ma femme était malade et requérait mon sacrifice. Dans le même temps ma tante se sacrifiait pour mon oncle souffrant du même mal.

Certes il est bon que la société ne pousse pas au sacrifice comme cependant à l'occasion il lui a été donné de pousser à la guerre mais c'est l'homme qui ne doit pas perdre ce sens du sacrifice parce qu'en perdant ce sens du sacrifice il perd le sens de sa vie et n'est bien qu'illusion tout ce qui peut l'en détourner car en dehors de lui il ne trouvera de meilleure satisfaction qui est celle de s'être donné.

L'être atypique


Peux t-on l'accuser, comme on l'accuse, que déréglé il dérègle les autres, ce qui serait considérer les autres comme tous réglés de la même façon parce que ne l'étant pas ils sont tout aussi sujet à se dérégler au contact de qui ne serait pas également réglé, c'est-à-dire comme ils le sont. Ce n'est alors que parce qu'on les voudrait tous régler sur la société qu'on pourrait parler de celui qui ne l'est pas comme déréglé.

Ainsi l'être atypique serait celui qui n'appartiendrait à aucun type d'êtres en tant qu'ils seraient tous des êtres sociaux, c'est-à-dire réglés sur et par la société. Cet être bien sûr n'existe pas dans l'absolu car existant comme tous les êtres en société il ne peut s'en démarquer complètement. Il ne s'agit donc pas tant d'une question de nature que de degré ou de conformité à la société à laquelle il appartient aussi.

Pour mieux le comprendre il faudrait lui opposer (et bien que n'existant pas lui non plus dans l'absolu) l'être social type qui au nom de la société ne cesse de revendiquer et c'est encore revendiquer pour cette société tandis que notre être atypique ne revendique rien sinon sa propre existence qui en elle même pourrait être considérée comme intolérable à ladite société parce que s'en démarquant trop.

Son absence même de revendications plaiderait contre lui comme un manque de partis pris qui serait un manque d'appartenance ou d'adhésion qui pourrait aussi lui être reproché. Il pourrait en souffrir comme on souffre d'une maladie si l'on considère l'état général comme l'état de santé général qu'il aurait perdu et son fonctionnement serait pris comme un dysfonctionnement.

La société comme un organisme vivant pourrait connaître envers lui comme un phénomène de rejet si naturel et général qu'il n'en paraitrait rien de plus normal à toutes les cellules qui le composent d'agir ainsi, le renvoyant à sa supposé toxicité et c'est paradoxalement que la normalité tue et non l'inverse: qu'il est un poison pour la société.

Mais comme pourrait l'être un médicament pour un organisme malade. Il en serait  aussi, puisqu'en faisant également parti, comme la cellule la plus sensible et réactive, et créatrice dans le sens où elle élaborerait ces toxines capables d'agir sur des cellules cibles dans l'organisme contaminé. Cela se ferait aussi à son insu, en quoi aucune revendication affichée quand toute revendication viendrait de sa nature atypique.

On pourrait alors le dire porteur et comme révélateur d'un mal endémique qui serait celui d'une société malade et dont il souffrirait tout particulièrement de par sa sensibilité exacerbé mais, ne bénéficiant cependant pas d'une attention particulière, il serait destiné à mourir sans suite ni bénéfice de personne ou autre cellule ou composante de l'organisme social en question.

lundi 14 septembre 2026

War au cœur fleuri


C'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé que j'imaginais rouler vers lui, et comme il était loin et que je voulais y arriver vite, que déjà le temps me pressait comme il m'a toujours pressé de je ne sais si de l'atteindre ou d'être atteint par lui, j'y mettais tant d'empressement et de vitesse qu'en lui passant dessus c'est à peine si je sentis WAR au cœur fleuri.

Mais que ne m'arriva t-il pas ensuite quand je m'en éloignais, toujours chevauchant cette mécanique de l'orgueil, et que je me retrouvai seul envahi par une bouffée de senteurs qui était autant de fleurs écrasées. Haut les cœurs! qui est ce qu'on se dit quand on a fait tout son mal et celui d'autrui, et c'est quand du haut de son cheval d'orgueil on a écrasé WAR au cœur fleuri.

Je ne saurais trop en dire si ce n'est que je serais en pleurs s'il ne me fallait pas retenir mes larmes pour n'avoir pas su au temps jadis, oh! temps perdu! retenir tant d'ardeurs belliqueuses sinon amoureuses et monté sur mon cheval d'orgueil n'avoir pas su non plus m'y arrêter lancé comme je l'étais, et par tant d'impétuosités poussé avoir écrasé, WAR au cœur fleuri.

Je revois encore ce graffiti qu'un artiste peintre a recouvert d'une belle panthère noire aux griffes sorties et prête à bondir mais tapie, et je crois encore reconnaître WAR au cœur fleuri dans une de ses nombreuses métamorphoses saisi par celui qui s'est arrêté à la peindre et je l'envie, car tout son cœur il y a mis, mais dessous il y avait, je l'ai lu, ce graffiti qui me parlait aussi de WAR au cœur fleuri.

Sans doute avait-il été écrit par qui avait souffert de passer comme moi trop vite mais était revenu là, face à ce mur blanchi et sali par le temps qui passe inexorablement et dit que c'est fini, et c'était tout ce qui lui restait ces quelques mots que je vais ici retranscrire parce qu'ils m'ont saisis tout comme la panthère noire tapie où j'ai aussi reconnu WAR au cœur fleuri.

"Girl make bird cry", je ne sais si j'ai bien traduit et compris mais c'est à cette capacité à faire pleurer jusqu'aux oiseaux, chose inouïe, que j'ai reconnu WAR au cœur fleuri, non plus dans une de ses nombreuses métamorphoses mais nue, et comme elle m'était apparue alors que descendu de mon cheval d'orgueil les larmes me montaient aux yeux, et oui c'était pour WAR au cœur fleuri.

Qui voit ici quelqu'un déraisonner doit aussitôt lui pardonner: c'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé si bien que tant d'apparitions insolites pouvaient marquer mon esprit souffreteux et encore endormi qui se repassait une vie amoureuse au ralenti parce qu'il était allé trop vite et avait tout écrasé sur son passage, et c'était à priori WAR au cœur fleuri.

dimanche 13 septembre 2026

La fête de l'humanité


Je suis allé à la fête de l'humanité mais c'est pour un ami que j'y suis allé, j'y suis allé comme on va à la fête de l'amitié parce que c'est elle que j'aurais voulu fêter, mais mon ami était trop occupé à la fête de l'humanité alors je me suis demandé s'il y en avait une en dehors de l'amitié et de quelle humanité il s'agissait alors.

Parce que je n'y ai vu que des visages se refermer et des rangs se serrer comme si c'était la lutte finale non celle qui ouvrait aux autres mais opposait aux autres en partie imaginaire mais en partie aussi bien réelle car je n'étais pas loin de penser qu'ainsi qu'ils s'entretenaient une autre partie s'entretenait aussi à serrer les rangs et en voyant leurs visages fermés je voyais aussi d'autres visages à eux se fermer.

J'ai dit à mon ami que je partais mais où aller dans un monde fracturé et quand mon amour aussi l'était, aussi l'était sans consolation, sans l'autre moitié, sans faire humanité. Cependant ce que mon ami me montrait c'était un modèle d'humanité, mais ce n'était pas ce que son parti me montrait ni la fête de l'humanité qui n'était autre que la fête du parti communiste qui avait fait tant de mal à l'humanité.

Comme je sortais de l'enceinte fermée de la fête de l'humanité qui me la faisait voir comme une société close et non ouverte et qu'une femme, une militante communiste, demandait a y entrer, et que je n'avais utilisé qu'une petite heure mon pass qui devait valoir pour trois jours de fête de l'humanité et que je n'y retournerai plus jamais, je me proposais de lui en faire profiter 

Mais c'était nominatif, individuel, que je m'entendis dire. Mais enfin, répliquai-je, n'est-ce pas au collectif, à l'impersonnel ou sans différence de personne que s'adressait une telle fête qui se revendiquait être de l'humanité. Aussi que c'était une militante, une militante sans le sou et que la pauvreté n'avait pas ici non plus bon accueil; j'en appelais en fait à un peu d'humanité et ne fut pas entendu.

Il était sûr que mon ami aurait favorisé son entrée parce que mon ami était humain et n'avait pas cessé de l'être en devenant communiste, mais mon ami ne devait pas son humanité au parti sinon à sa sensibilité toute humaine que beaucoup sans doute, à en croire le refus catégorique essuyé sans considération de la personne comme de la militante, auraient perdu en intégrant le parti.

De retour à mon domicile, et qui sait si par dépit, je me jetais sur ma lecture de Bergson contre qui j'avais entendu un orateur s'en prendre sans bien comprendre pourquoi car il me semblait que tout homme d'envergure et de mérite, d'une nature élevée et de propos rigoureux et exigeants ne pouvait être qu'un exemple qu'il était bon pour l'humanité d'avoir pour modèle indépendamment de tout parti pris.

Je fus ainsi instruit "que ce n'est pas en élargissant la cité qu'on arrive à l'humanité" "(qu')entre une morale sociale et une morale humaine la différence n'est pas de degré, mais de nature." L'international communiste était mort pour moi et c'était ma croyance en lui comme en la fraternité de tout ce qui s'opposait, car dans l'opposition tout ce qui pouvait s'en sortir grandi n'était pas l'amour mais la haine.

De l'animalité à l'homme


Il est connu de tous que chez les animaux les mâles se battent pour les femelles, mais non que nous ne sommes pas loin de leur ressembler, à moins que nous ne nous y efforçons, et ce qui montre davantage que nous n'en sommes pas loin c'est que cela ne nous demande pas un mince effort, car ce n'est pas un mince effort que doit accomplir tout homme qui doit renoncer à l'amour de la femme.

Et c'est encore accepter sa décision car chez les animaux les mâles ne se battraient pas s'ils s'en tenait à la décision de la femelle, or il semble bien que c'est leur décision de mâles qui compte et parmi eux la décision du plus fort qui l'emportera et la plus faible qui est la femelle n'aura plus qu'à s'y soumettre.

Il se trouve que la femelle s'en tiendrait à un rôle passif mais pas si passif que cela si l'on considère qu'elle peut aussi contribuer à exciter les mâles comme à se sentir tout excité par le combat que se livre les mâles pour elle avant de se livrer elle même au mâle dominant. Sans doute là encore nous ne sommes pas loin de leur ressembler et ce ne doit pas être un mince effort pour la femme de ne pas être cet animal femelle.

Mais c'est l'homme qui gouverne en lui l'animal qui se soumettra au choix de la femme plutôt que de s'en prendre à d'autres mâles pour ainsi se faire valoir de la femme qui à son tour ne se montrera pas être cette femelle animale désireuse, après les avoir excités, de les voir se battre pour elle, ce qui est en son honneur avant de l'honorer, car c'est ainsi que pourrait encore le prendre la femme trop femelle ou animale.

C'est ici la société des hommes qui prendra le pas sur la société animale à chaque fois que les hommes cesseront de se battre pour les femmes et plutôt que de s'imposer à elles se soumettront à leur décision, tandis que les femmes aussi quitteraient le règne animal qui leur commanderait comme leur commande leurs instincts, ce qui ne serait pas pour elles plus facile que pour les hommes de s'en défaire.

Il y a bien pour nous et entre nous des comportements animaux, et qui s'en défait peut paraitre moins mâle s'il s'agit d'un homme ou moins femelle s'il s'agit d'une femme, quand elle en sera pour cela et bien au contraire plus femme et l'homme plus homme. Mais l'on appelle féminité ce qui ressemble encore trop à l'animalité comme l'on appelle virilité ce qui ressemble encore trop à l'animalité.