Il est un moment où l'autre n'est plus l'autre, où il n'est plus l'autre pour nous, mais il continue cependant a être l'autre, car il ne cessera jamais d'être l'autre et ne sera jamais nous. Ce moment où il a cessé d'être l'autre pour nous ne peut donc être qu'un moment de pure illusion qui forcément ne peut que se dissiper avec le temps qui nous fera voir un autre quand cet autre n'est jamais que le même autre que nous aurions cessé de voir le temps de l'illusion.
On ne pourrait situer pour autant ce moment de passage de l'autre à nous, c'est-à-dire quand il cesse d'être un autre pour nous et que nous croyons tenir cela de notre connaissance de l'autre comme si toute connaissance de l'autre pouvait faire cesser l'autre d'être l'autre. Le voilà maintenant renvoyé à la masse indistincte et indifférenciée des autres pour nous. Quel n'est pas notre étonnement. Aurions nous cru qu'il avait cessé d'être l'autre qu'il faut nous rendre à l'évidence que non.
Sans doute n'avons nous jamais été qu'un autre pour cet autre ou bien le sommes nous redevenu. Le retour à l'autre de l'autre comme de nous même pour l'autre est ce moment de passage où l'autre et nous même redevenons l'autre pour l'autre. Nous venons de l'autre et nous retournons à l'autre. Si pour autant nous avons été autre chose pour l'autre que l'autre. Si pour autant il est possible d'être autre chose que l'autre pour l'autre. Si pour autant il ne s'agit pas d'une pure illusion qui ne dure que le temps de l'illusion.
Il faudrait remonter au mythe de l'androgyne chez Platon pour croire que cet autre n'est pas tant autre sinon cette moitié, notre moitié d'orange comme on dit aujourd'hui, notre autre moitié, qui aurait donc été nôtre avant que l'on soit séparé. Il faut lire le Banquet de Platon qui parle de cette unité perdue pour comprendre cette attraction des corps et des âmes les portant à l'union, les portant à ne faire plus qu'un, pour que l'autre ne soit plus l'autre. Mais voilà cette union n'est jamais que momentanée, juste le temps d'entretenir l'illusion d'un temps révolu.
On y a bien cru cependant, à chaque fois on y croit, on y croit sans pour autant croire au mythe de l'androgyne auquel seuls croyaient les grecs de l'Antiquité. C'est qu'il n'est pas besoin d'y croire pour que cela se vérifie en chacun de nous qui croit passer à l'autre pour s'y confondre et c'est effectivement une confusion de sentiments qui en résulte et qui lui fait prendre les sentiments de l'autre pour les siens et les siens pour ceux de l'autre aussi que son corps pour le corps de l'autre et le corps de l'autre pour le sien. Quand nous le savons enfin: il n'en est rien.
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