Contre tous les ennemis du moi je dirais que le premier être à aimer devrait être nous même et que c'est à nous même que l'on devrait réserver le meilleur de nous même, quand il n'en va pas ainsi cependant. Et seul qui n'a pas aimer peut l'ignorer. Car c'est vers l'autre que notre amour est tourné et à l'autre que nous réservons le meilleur de nous-même.
Et si nous ne sommes pas à la hauteur de l'amour qu'à l'autre nous portons c'est que nous aurions dû nous aimer tout autant au préalable, ce qui serait se hausser au préalable à la hauteur de notre amour quand l'autre toujours nous porte plus haut que là où nous nous trouvons être. Aussi il m'étonne d'entendre encore dire de quelqu'un qu'il ne s'aime pas puisqu'il me semble évident que personne ne peut s'aimer autant qu'il peut aimer.
Du reste l'amour que nous nous portons est insuffisant puisque nous désirons être aimer, c'est-à-dire que l'amour de l'autre vienne s'ajouter à celui que nous pouvons nous porter. Nous sommes aussi plus altruiste qu'égoïste par nature puisque notre amour n'est pas tourné vers nous mais vers l'autre. Il n'est pas inutile de le répéter à tous ceux qui continueront à considérer le moi comme égoïste et égocentrique.
Et c'est tous ceux qui pensent avec Blaise Pascal que le moi est haïssable et qui se tournant vers Dieu se détournent de l'humain; s'en détournent également ceux qui ont mis la société à la place de Dieu et lui vouent un culte comme à une divinité qui également serait partout et nulle part. Quand de quoi peut souffrir le moi sinon de ne pas être là où est l'autre qu'il aime.
C'est l'autre, c'est l'étranger, et nous sommes prêt à lui donner jusqu'à notre vie pourvu que nous l'aimions. C'est qu'il donne à notre vie un sens qui est le sens du sacrifice, c'est par lui qu'à l'autre nous sommes appelés quand jamais nous ne vivons avec une telle intensité que quand nous sentons cet appel. Jamais dans notre existence nous n'atteignons un tel climax ou niveau de dramaticité comme d'amativité.
Jamais nous ne nous sentons autant exister que quand nous existons pour l'autre (et non pas pour nous). A la lumière de cela il faudrait réviser notre position sur la nature humaine et se demander si ce prétendu égoïsme et égocentrisme qu'on prête à l'homme ce n'est pas plutôt la société qui lui prête comme elle lui prête ses intérêts de sorte qu'il prenne les intérêts de la société pour les siens.
Et, pire encore, serait attendre d'elle qu'elle donne un sens à sa vie quand on sait combien elle en diverge par le sens. Il n'y a pas pire ennemi du moi que les dévots de la société et c'est en quoi l'on peut encore parler de puritanisme et de moralisme. On sait par ailleurs qu'il n'y a de vrai religion qui ne soit amour et qu'il n'y a pas d'amour qui ne soit sacrifice. Mais pour que le moi se donne il faut encore l'aimer.
CITATION
Les Propos d'Alain: "Et, comme c'est être fidèle à soi que de regarder en soi cet homme qui veut être un homme, c'est fidélité aussi aux autres que les connaître hommes… L'homme a grand besoin de l'homme."
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