Si je suis un homme je suis tous les hommes, si je suis une femme je suis toutes les femmes, si je suis un noir je suis tous les noirs, si je suis un blanc je suis tous les blancs, par ce simple mécanisme de généralisation qui fait aller du particulier au général dont bien sûr tout le monde se défend mais plutôt mal que bien, encouragé comme il l'est par les médias à se faire une idée qu'il donnera comme sa propre idée des choses et des êtres.
Il m'étonne que cet aspect de la socialisation qui est un effet de la généralisation passe inaperçu quand on sait comment chacun est perçu et ce sera souvent par tout ce qui ne tient pas tant à sa personne qu'à ce qu'il représente aux yeux de qui ignorerait qui il est vraiment. La socialisation des êtres tiendrait tout entière à cette fiction ou méconnaissance de l'être dans sa particularité ou singularité.
Il n'y aurait d'être social que pluriel et fictionnel, fondement des préjugés par là même inévitables d'une société qui en outre en médiatiserait l'image ajoutant à cette superficialité celle de l'image qui ne pourrait se passer de commentaires attenant à l'image qu'on prendrait alors comme la réalité, rien ne serait plus faux qui ne passerait pour plus vrai.
Qui par le jugement différerait de l'opinion générale comme il arrive souvent et inévitablement quand on a de la chose ou de la personne connaissance plus directe et plus personnelle ne serait pas entendu mais conspué comme pouvait l'être tout hérétique puisque son jugement personnel passerait pour rien d'autre qu'une hérésie.
La société a par conséquent dans ses composantes des constantes ou invariables qui la rendent tout aussi méprisable hier qu'aujourd'hui, ce qui n'empêche pas les sociologues de concourir à son édification et pourquoi pas à sa sacralisation. Elle est comme ce ciment qui voudrait faire tenir tout l'édifice en le figeant définitivement quand on sait que l'être vivant appartient par nature au mouvant.
C'est pourquoi elle sera aussi la société et par nature toujours branlante et de partout se fissurant. Elle aura alors ses spécialistes du colmatage, réformistes de tout poil et grands conservateurs s'il en est devant l'éternel. Tout le monde sait cependant qu'elle finira par s'écrouler. Les plus grands soins sont apportés à sa façade et c'est ce qu'on appelle l'hypocrisie sociale largement partagée par tous.
Les maux inhérents à sa nature passent pour des faits divers qui émaillent le quotidien de ceux qui vivent en son sein comme on vit au sein de la nature quand c'est une nature contrefaite et inhumaine qui ne tient pas de l'homme mais de la société qui a pris le pas sur l'homme, nier sa réalité et créer sa fiction: l'être social.
CITATION
Les Propos d'Alain: " il est formé, tout au contraire, à dire ce que tout le monde dit. L'erreur de Socrate, si l'on ose ainsi parler, était d'inviter chaque homme à combattre de sa vraie pensée."
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