Je m'entends encore dire à mon ami, et c'est comme dans un songe, et alors que j'écris tard dans la nuit ces quelques lignes, que je n'ai plus de nouvelles d'Anabelle, et que plus le temps passe plus il y a de risque qu'elle soit à jamais pour moi perdue, n'est-ce pas ce que dit la police quand quelqu'un disparait que plus on tarde à le retrouver moins il y a de chance qu'on le retrouve.
Mais je suis pareil à cette mère qui ne perd pas espoir et qui croit revoir son enfant à chaque coin de rue et qui attend tout appel comme on attend la bonne nouvelle, tandis que miner par un profond chagrin elle se consume et je ne sais plus si plaindre cette femme ou plaindre son enfant, si vouloir qu'Anabelle me revienne ou que cette femme revienne à elle même.
Etre cet homme qui dit à cette femme de revenir à elle même, qui est de se faire à l'idée qu'elle ne reverra plus la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles et dont la perte lui arrache le cœur; mais je n'en trouve pas encore la force ni l'envie car je suis un peu pareil à elle qui contre les pires pronostics ose nourrir les plus fous espoirs.
Comme elle je n'en dors plus de la nuit, comme elle qui pense à ce que son enfant est devenu je pense à ce qu'Anabelle est devenue; je me dis que ce n'est peut-être qu'une fugue et je ne suis alors qu'une mère qui se rassure, et quand tout lui rappelle son enfant tout me rappelle Anabelle, et quand il n'y a pas de honte a être cette mère j'ai honte d'être moi même si faible.
Car je pense au dernier soupir du Maure, à ce que sa mère qui l'accompagnait dans son exil, et c'est à la sortie de Granada à un endroit précis que je connais pour y être passé mainte fois et non sans avoir ressenti ce qu'il a bien pu ressentir et que je ressens aujourd'hui où je crois encore entendre ce que sa mère lui a dit: "Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme!"
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