Le noyau dur de l'être est la force de l'être. Jamais l'être ne s'est senti autant exister que quand il a touché au noyau dur de l'être. Mais seul celui à qui il a été donné de toucher au noyau dur de l'être le sait. Sinon tout le trompe. Tout le détourne du noyau dur de l'être. Et c'est un être faible et balloté par la société qu'on trouve en lieu et place de l'être fort qui n'appartient qu'à lui-même (c.à.d. au noyau dur de l'être).
Et c'est parce qu'il n'appartient qu'à lui-même qu'il peut se donner et qu'il se donne et qu'en se donnant il sent l'existence de toute la force de son être et jusqu'au noyau dur de son être. La société veut bien qu'il se donne mais pour elle, la société, sinon qu'il soit faible. Le noyau dur, l'être fort, c'est le héro, et la société qui en temps ordinaire le veut ordinaire, en temps de guerre le pousse à l'héroïsme.
Mais c'est à tuer qu'elle le pousse la société et non pas à aimer et quand l'homme qui aime veut se donner la société fait que l'homme qui aime ne puisse aimer que de façon intéressée: il ne cherche plus alors à se donner mais à posséder et se trouve alors faible et balloté, sans héroïsme, sans toucher au noyau dur de l'être qui est la force de l'être qui est la force d'aimer jusqu'à se donner.
Ce n'est plus qu'un être dévoyé, dévoyé par la société de sa nature d'homme, du noyau dur de l'être par lequel seulement il peut sentir le sens de son existence, c'est-à-dire n'exister qu'en se donnant, mais la société lui a fait perdre le sens de son existence pour lui donner le sens de l'existence de la société, pour qu'il ne vive plus que par son truchement, et ce n'est pas à dépenser sa vie mais à la gagner.
Quand il n'y a que dans la fête ou que dans l'amour ou que dans tout autre dépense de soi que l'homme se retrouve, l'homme qui ne se retrouve qu'en se perdant, il n'y a aucun doute là-dessus, mais c'est lui même en l'autre être qui comme lui est un être d'amour fait pour se perdre dans l'amour et non pas dans la guerre. Mais l'on n'a rien à gagner à s'aimer ainsi, souffle à notre homme la société.
Seulement ce n'est pas la société qui donne à notre homme son souffle de vie mais l'amour, l'amour seul qui continue à animer ce souffle de vie en tant que l'homme continue à se donner par amour. Il s'éteint autrement. Et celui que l'on appelle l'être social n'est qu'un homme éteint qu'on ne voit s'animer qu'en société, mais prenez le tout seul dans un coin et pour vous tout seul et il ne fera rien.
Tandis qu'il prendra ses grands airs de sauveur de l'humanité, qu'il vous dira que ce qu'il aime lui c'est l'humanité, mais il ne vous sauvera pas, mais il ne vous aimera pas. Qu'aurait-il a y gagner? Rien. Or la société lui a appris à gagner, à prendre, non pas à se donner. C'est un être dévoyé, dénaturé, qui ne connaît que son intérêt. Mais c'est mal le connaitre. Ce qu'il connait en effet c'est l'intérêt de la société.
Jamais il ne sentira le noyau dur de l'être. Jamais il ne sentira la force de son être. Jamais il ne sentira le sens de son existence, autant dire jamais il ne se sentira vivre pleinement, vivre jusqu'à en mourir, et c'est parce qu'en refusant de se donner il a refuser d'être, excepté en certaines circonstances et qui lui seront dictées par la société, mais cet homme qui vit pour la société est déjà mort.
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