Il y a ce CD de Borodine Moussorgski Tchaïkovski, quelle résonance que ces noms, quelle résonance que cette musique. Oui, Armelle, c'est de la musique classique et cet ébranlement de mon âme est-ce toi ou est-ce elle? Après la mort de mon père c'est tout ce que j'ai eu de lui ce CD qu'il écoutait atteint par elle, cette musique classique, autant que par son cancer.
Que ne faut-il pas avoir vécu pour y être sensible? A quelle intensité de vie qui est amour, amour qui n'est qu'amour de la vie, ne faut-il pas être arrivé pour y être sensible? Et c'est quand elle fait signe de nous quitter, la vie, l'amour, que notre âme à son diapason vibre le plus fort, à croire que tout en elle est musique et toute musique céleste.
Je n'y suis pas parvenu d'un seul coup, trop forte, trop intense pour moi, cette musique comme la vie, il a fallut la mort de mon père, puis celle de ma femme, puis toi Armelle si vivante et si charnelle pour que je l'aime cette musique qui est comme toi sans véritable tendresse mais peut-être est-ce cela la vie, sans tendresse, sans affectation, sans manière, sans destinataire, comme toi ouverte, femme putain et mère.
Rien qui ne m'appartienne, pas plus que la vie, pas plus que l'amour, pas plus que toi Armelle, et que tout ce qui se perd; il reste cette musique qui plait aujourd'hui à mon âme triste de tout perdre, qui l'ébranle, qui la renverse, qui la retourne comme une crêpe. C'est à la chandeleur, cela me revient, que mon père faisait des crêpes, mon petit frère allait bientôt naitre et Apollo 11 ne tarderait pas à atterrir sur la lune.
Mais je pense à Borodine Moussorgski Tchaïkovski à leur âme, autant dire à leur musique qui est vibration de l'âme, que je n'aurais jamais atteint sans rien perdre en chemin, à ce qu'ils ont pu vivre et perdre car tout n'est pas que gain, Armelle, ni qu'excellence de l'instrument, que matière, que chair, certes il les fallut vivant, bien vivant, vibrant, bien vibrant.
Non ce n'est pas la musique du malheur à moins que le bonheur ne soit comme une crêpe qu'on retourne à la Chandeleur, à moins que des deux natures confondues elle ait cette musique les accents dans ces instants perdus tendus vibrants éjaculant sa pâte dans la poêle bien chaude et accueillante où elle fut bien prise; mais lamentablement retombant dans ces temps morts qui sont aussi malencontreusement des temps forts.
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