On dit que rien ne change comme on dit que tout change et ces affirmations gratuites et d’apparences contradictoires donnent en fait et de façon fortuite la marche du monde où tout change sans que rien ne change vraiment, de sorte que l’on pourrait vivre longtemps sans être dépaysé. Ainsi de tout temps ou depuis l’école de Jules Ferry on nous a fait non seulement apprendre mais répéter la leçon. Tant et si bien qu’une fois adulte il semble que cela ne soit plus nécessaire et que nous le faisons de nous-même sans que cela nous soit explicitement demandé : nous continuons à réciter. C’est en tout cas l’impression que peuvent nous laisser les différents intervenants à la condition climatique : qu’ils ont bien appris la leçon. Elle est pleine de mots nouveaux qui pourraient nous donner le change et l’impression qu’ils parlent une autre langue ; et c’est fou comme ces mots sont passés en si peu de temps dans notre lexique et dans la bouche de tout un chacun que déjà ils nous paraissent si familiers et si naturels à prononcer comme à entendre. Quant aux écolos ils nous sont sympathiques comme tout ce qui est nouveau nous est sympathique et emportent tout du moins pour un temps notre adhésion, cela non plus n’est pas nouveau et cela aussi vieillit. Mais pour le moment d’eux on n’apprend tous la leçon et la répète à qui mieux mieux. On n'y peut rien s'il y a toujours parmi nous de mauvais élèves qui ne vont de l’avant qu’en reculant, que rechignant, on les met alors immédiatement au fond de la classe et c’est bientôt comme s’ils n’existaient plus, sans doute regardent-ils par la fenêtre, sans doute sont-ils les seuls à voir un peu de nature et pas le maître (la nature n’est toujours pas le maître), mais comme ils n’en adoptent pas le discours (qui est toujours le discours du maître) tant pis pour eux, puis personne ne leur demandera ce qu’ils voient et comment elle se porte la nature : ces idiots seraient bien capables de dire pas si mal que ça, car ils n’ont pas bien appris la leçon et sont incapables de répéter avec les autres. Ne voient-ils pas qu’elle meurt ? Non, ils voient de l’herbe grasse comme en voient les vaches ; et qu’il fait soleil aujourd’hui et que ce petit rayon leur fait du bien, c’est qu’ils ne savent rien de la couche d’ozone et du mélanome malin. Mais ils sont chagrins cependant, c’est qu’on les a oubliés le jour de la distribution des prix et de ce dernier surtout qui va au premier qui aura eu pour la planète des mots que personne n’oubliera, que tout le monde répètera après lui comme répètent les bêtas. Non les bêtas on ne les entends pas : on les a mis au fond de la classe si encore on ne les a pas mis dehors, dehors ou pour eux la nature refleurira et cela non plus n’a pas de prix.
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