Je ne saurais dire si personne ne s'y retrouvait ensemble mais tout le monde s'y retrouvait avec les autres. Je ne saurais non plus dire s'ils goûtaient à ce vivre ensemble si prôné par les politiques du moment et de la circonstance mais qu'une longue habitude ou accoutumance d'être effectivement les uns avec les autres les tenait ensemble. Sans doute aussi hébergeaient-ils chacun en leurs méninges un monde de préjugés mais c'était alors un monde soigneusement gardé parce qu'ils tenaient aussi à s'entendre et cela se voyait qu'ils tenaient aussi a être heureux ensemble parce que sinon que venaient-ils faire tous dans ce parc à Saint-Ouen, ils auraient aussi bien pu rester chez eux ce jour là. Mais non ils étaient tous ensemble dans ce parc à Saint-Ouen, non loin de la Seine et du village olympique et d'une église romane qui fut tout ce qu'il me fut donné de voir en la compagnie de Louis mon ami et de sa femme Rozana. J'étais comme cet aveugle qui a besoin de guides et ce que je n'avais jamais vu de mes propres yeux ils me le montraient. Et s'il vous faut le voir pour le croire je vous dit: allez à Saint-Ouen! Sans doute y verrez vous des femmes voilées, des noirs et des moricauds, beaucoup de basanés. Certes, le blanc n'y est pas la couleur dominante, mais il s'y marie bien. C'est le mariage des couleurs. C'est le mélange des odeurs. C'est la symphonie du Nouveau Monde qui parle plusieurs langues et souvent ce sont des voix jeunes car elles se faisaient entendre de moi comme de tous ceux qui étaient là. Je me disais que c'était un espace privilégié mais dont cependant personne ne parlerait parce qu'il ne s'y passait rien de mauvais. Un bien être dans l'herbe et près de l'eau. Un bien être qui se passe de commentaires. Un bien être sans mémoire. Un bien être qui ne restera pas dans l'histoire. Rozana parlait de bio diversité mais ce n'était bien sûr pas à l'espèce humaine qu'elle se référait Rozana. Cependant je dirais. Non, je ne dirais rien. Il y a tant de choses qui se disent en la matière et qui ne sont pas vraies ou qui s'avèreront n'être pas vraies ou vraies qu'après. Je gardais moi aussi en mes méninges, car je n'en étais pas indemne, un monde de préjugés, car il me fallait aussi ouvrir mes yeux d'aveugle sur la réalité du moment et du lieu où je me trouvais être. Trop simple le bonheur. Trop bête le bonheur. Il suffit de ne pas y penser pour l'être: heureux. Heureux sans mauvaises pensées mais heureux aussi sans bonnes pensées car l'idéal reste inaccessible tandis qu'en ces lieux on se contentait de vivre, paisiblement faudrait-il ajouter, mais pourquoi? Peut-on vivre autrement que paisiblement? Une longue habitude, une longue habitude seulement, de se côtoyer seulement, comme de marcher, comme de danser, sans se marcher sur les pieds seulement. J'entendais dernièrement à la radio à propos de la Nouvelle Calédonie un calédonien blanc qui n'avait rien compris dire: chacun chez soi et tout le monde il est content. Allez à Saint-Ouen vous les calédoniens blancs, allez dans ce parc à Saint-Ouen, non loin de la Seine et du village olympique et d'une église romane et des cités, oserais-je ici encore ajouter, et vous y verrez des femmes voilées, des noirs et des moricauds, beaucoup de basanés, le blanc n'y est pas la couleur dominante, qui auraient bien pu rester chez eux ce jour-là plutôt que de se rassembler sans volonté outrancière et manifeste de rassemblement, sans rien manifester d'autre que le bonheur de vivre, oserais-je encore ici ajouter: le bonheur de vivre ensemble, car ils se voyaient comme jamais il ne m'avait été donné de les voir (en l'absence de mes guides), car ils s'entendaient comme jamais il ne m'avait été donné de les entendre (en l'absence de mes guides). Allez à Saint-Ouen! Je vous en conjure allez à Saint-Ouen! Et si vous n'êtes pas plus capable que moi d'y aller seul je vous propose Louis mon ami et sa femme Rozana comme guides, mais allez à Saint-Ouen!
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