On parle de repli identitaire mais je ne sais pas de quelle identité on parle, quelle identité nous donnerait la société de consommation ? De même que l’on se pose la question des valeurs. Quelles valeurs nous apporterait la société de consommation ? Il vaut mieux penser à cette absence de valeurs comme à cette absence d’identité qu’à une identité et à des valeurs, ce qui équivaut, dit en termes crus, à un lâchage de la société qui est comment le commun des mortels doit se sentir : lâché par la société ; et cela implique plutôt qu’un repli identitaire un retour de l’homme à l’homme. C’est en lui qu’il doit trouver assez de force, se ressaisir pour mieux saisir les fondements de sa relation à l’autre, trouver ce qui en lui fait société, et il se pourrait que ce ne soit rien d’autre que cela les valeurs de la société, qu’elles ne soient avant tout que profondément humaines, que ce soit là qu’il faille allez de nouveau les chercher puis les trouver pour faire société, en nous, pour fonder une société, plutôt qu’en elle qui s’est vidée de tout contenu et ne l’est plus qu’en apparence, qui n’est plus qu’une forme vide et sans contenu ; comme on dit de quelqu’un qu’il est creux on peut dire de cette société qu’elle est creuse et qu’elle n’a plus rien pour nourrir son homme. Qu’on arrête donc de nous bassiner avec le repli identitaire : il faut bien que l’homme se cherche et se retrouve quand la société l'a lâché, et qu’il se déshabitue à ce qu’elle lui mâche tout le travail quand elle a cessé de lui dire qui il est pour lui dire qu’il est tout le monde et, pardonnez-moi, comme elle n’en n’a rien à foutre de tout le monde, cela équivaut à lui dire qu’il ne l’intéresse plus. Il y a bien longtemps en effet que la société s’est désintéressée de l’homme pour n’être plus occupée que d’elle-même et de sa prospérité. L’homme est le cadet de ses soucis. Seulement, oublier l’homme c’est oublier ce qui l’a fondée : ses valeurs, son identité. Mais on ne parle plus qu’en sociologue, autant dire qu’on ne parle plus que de société ; et c’est eux évidemment, les sociologues, qui parlent de repli identitaire (la boucle est bouclée) et comme le mal absolu ; sur quoi on pourrait les rejoindre si l’on ne voyait pas plutôt qu’un repli identitaire un retour de l’homme à l’homme, rendu nécessaire non pas pour se forger une nouvelle identité (quoique cela revienne à peu près au même) mais pour forger une nouvelle société qui le comprenne au sens propre et au sens figuré. Y arrivera t-il ? C’est pourtant là tout son devenir. Alors, au lieu de crier au repli identitaire comme on crie au loup, aidons ce forgeron à qui il faut une forge pour se forger ; autrement dit : donnons lui la société qui lui donnera son identité, plutôt que de le condamner à vivre plus longtemps, ce qui est le mortifier, avec celle qui n’a plus rien à lui donner, qui n’est plus qu’un contenant sans contenu, qu’une forme vide de toutes substances nutritives, car l’homme ne se nourrit pas que de biens manufacturés, et cette société qui croit cela ne croit pas en l’homme, qu’il est une identité propre et personnelle.
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