mercredi 9 novembre 2022

La justice

 

Vous qui n’êtes pas satisfaits de la justice sachez que ce n’est pas justice que vous demandez mais vengeance, et c’est pourquoi à vos yeux la justice n’est jamais suffisante et que vous n’en n’êtes jamais satisfaits. Très certainement le premier principe de justice fut œil pour œil et dent pour dent quand vous vous voulez qu’on lui crève les deux yeux et lui casse toutes les dents, en quoi si l’on en revenait au temps premier de la justice elle serait encore pour vous insuffisante. Ah qu’il était bien n’est-ce pas le temps, vous en parlez comme de l’âge d’or de la justice, où c’était toute la famille qui y passait sur le principe :  si ce n’est pas toi c’est donc l’un des tiens comme dans ce poème Le loup et l’agneau de Jean de La Fontaine qui se poursuit ainsi : « Car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers, et vos chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge », car en vérité la justice ne s’était pas encore trop éloignée de la vengeance. Soyez par ces temps rassurés car l’on en revient à la vindicte populaire sous la forme de l’opinion publique et de la médiatisation à outrance des procès qui fait que les juges ne sont plus seuls à juger. Vous le peuple crié que justice soit faite ignorant ce que c’est que la justice et en quoi elle est différente de votre vengeance. Vous écoutez votre cœur mais c’est le cœur qui crie vengeance. Si vous écoutez votre cœur vous écoutez la voix du sang et ses battements qui sont les vôtres. Quelle rumeur ! Quel tapage ! Et tout ce bruit que vous faites-vous finissez par le prendre pour la réalité des faits. On dit que l’erreur est humaine et vous la préféreriez à la justice qui elle serait inhumaine, et elle l’est en effet si vous considérez que n’accomplissant pas votre désir de vengeance elle se montre par-là inhumaine. Je reprends alors avec vous ces quelques lignes de Le monde où l’on catche qui est le vôtre et celui du spectacle, mais la justice n’a pas à s’offrir à vous en spectacle. Cependant Roland Barthes écrivait dans Mythologie et en son premier chapitre intitulé donc Le monde ou l’on catche : « …ce que le catch est surtout chargé de mimer, c’est un concept purement moral : la justice. L’idée de paiement est essentielle au catch et le « Fais-le souffrir » de la foule signifie avant tout un « Fais-le payer ». Il s’agit donc bien sûr, d’une justice immanente. » Il faut croire que Roland Barthes se faisait la même idée que vous de la justice ou qu’il voulait s’y plier se pliant à vous (se mettant à votre hauteur comme on se met à la hauteur de son interlocuteur) en la confondant avec la vengeance qui semble effectivement plus que la justice immanente à cette nature humaine qui est la vôtre. Mais si l’on peut demander « que le catch soit exactement ce que le public en attend. » on peut comprendre que la finalité de la justice ne soit pas également de répondre à ce que le public en attend.

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