Il fallait qu'il détourne ses pensées d'où régulièrement il les trouvaient et c'était en lui, car s'il réussissait à le faire il serait un autre homme. C'est pourquoi, se disait il, c'est si difficile de changer de vie parce que pour changer de vie il faudrait changer ses pensées qui immanquablement nous ramènent à nous même, et pas qu'à nous même, aux autres aussi, mais tels qu'on se les imagine être. Il avait bien essayé d'en chasser quelques uns de son esprit mais ils revenaient invariablement à la charge. C'est vrai qu'on est hanté, on est hanté par les autres et c'est comme de dire qu'on est hanté par les esprits car ils sont pas en nous en chair et en os, même si quand il les revoyait en lui c'était tel quel et sans cet effort qu'il faut faire quand on lit pour à partir de la description qu'il nous est fait d'un personnage le voir tel qu'on se l'imagine. Mais il n'avait rien à s'imaginer, il les voyait tel que s'ils s'avaient existé en lui et non pas hors de lui, et s'était toujours en lui qu'allait les chercher son esprit tandis que leur existence hors de lui pouvait se poursuivre sans interférer.
Il allait revoir un ami. Il s'étonnerait de le trouver changer car les changements ne pouvaient venir que de l'extérieur ce qui est bien la preuve qu'en nous rien ne change comme nous ne changeons pas nous même tandis qu'extérieurement nous changeons et que nous avons alors bien du mal à nous faire à ces changements extérieurs et c'est ce qu'on appelle vieillir, car en nous nous ne vieillissons pas, c'est toujours le même bonhomme et lui il commençait à en avoir marre de se le coltiner ce même bonhomme qui ne changeait pas parce qu'il pensait toujours la même chose des autres comme de lui-même, et par conséquent s'étonnait des changements survenus, n'arrivait pas à s'y faire. Cette constatation que l'on change était directement en butte contre le fait que l'on ne change jamais qui était bien ce que l'on disait aussi: " tu ne changeras donc jamais" qu'il avait entendu souvent, et c'était vrai que l'on ne changeait jamais. Y a que les autres que l'on voyait changer mais que superficiellement, mais jamais au fond, à moins que ce ne soit l'idée qu'on s'en était fait qui elle ne changeait jamais, comme l'idée que l'on se fait de soi même qui elle non plus ne changerait jamais, et c'est pourquoi on pouvait parler d'identité tandis qu'il fallait régulièrement changer sur notre carte d'identité notre photo d'identité, mais cela ne dérangeait en rien l'idée que l'on se faisait de soi-même comme ne changerait en rien l'idée que l'on se faisait des autres, même s'ils n'étaient plus comme sur la photo et qu'il leur faudrait penser à en faire une autre.
Il ne faudrait pas que son ami vienne pour lui annoncer qu'il a changer de vie. Il avait eu un ami comme ça qui du jour au lendemain avait quitté la France pour la Colombie et qu'il avait croisé par le plus pur des hasards dans les couloirs du métro quelques années plus tard, c'était pas la même vie qu'il aurait connu en Colombie et il aurait pu aussi se refaire la photo d'identité mais au fond il avait pas changé, et si on avait pu faire une radioscopie du bonhomme on verrait qu'il est habité par les mêmes esprits ou pensées et qu'elles n'étaient pas bonnes, qu'elles n'avaient jamais été bonnes ses pensées qui l'habitaient, sauf que maintenant à lui elles lui apparaissaient plus clairement parce qu'il voyait plus clairement dans les gens, il voyait plus clairement par quoi ils étaient habités et aussi que ça ça changeait pas, que ça changeait jamais même ce qui l'occupait ou ceux qui l'occupaient.
L'ami qui allait venir lui il était habité par beaucoup de bons esprits et ça serait bien étonnant que ces bons esprits l'aient quitté parce qu'ils trouvaient en lui le meilleur asile qui soit. Voilà ce qu'il aurait voulu pour lui: être le meilleur asile possible pour les bons esprits et c'est ce qu'on dit être une bonne personne. Mais il n'y en avait pas beaucoup de bonnes personnes, mais celui qui porte ça en lui c'est aussi difficile de s'en défaire que celui qui porte en lui tous les esprits du mal. L'idée c'est comment on en est arrivé a être habité comme ça, qu'ils soient arrivés comme en meute nous habiter pour jamais plus nous lâcher, parce que lui il aurait bien aimé que certaines pensées le quittent, ça ferait de lui un autre homme qui aurait dorénavant une autre vie, parce qu'il voyait bien qu'il n'était pas maître de sa vie mais que c'était tout ce qui l'occupait et il aurait aussi bien pu dire (mais alors on l'aurait moins cru) que c'étaient tous ceux qui l'occupaient qui décidaient pour lui de sa vie. Et cet ami ça l'étonnerait qu'il ait changé de vie. Non, qu'il ne vienne pas en lui disant qu'il a changé de vie, tous ça parce que quelques incidents ou accidents extérieurs en auraient changé le cours, mais c'est toujours la même eau qui court, mais c'est toujours les mêmes esprits qui l'occuperaient. Il suffirait qu'il échange quelques mots avec lui, ces mots fussent ils tragiques qu'à travers eux il reconnaîtrait toujours l'ami et en l'ami la bonne personne.
L'ami avait subi plusieurs opérations cardiaque mais aucune ne l'avaient changé. Il aurait pu même se laissé aller à dire qu'il avait toujours le même cœur et que l'on comprendrait ce qu'il disait, quand même temps on verrait un cœur malade et un cœur sain. Si ça ca vous change pas un homme alors qu'est-ce qui vous change un homme. On ne sait pas par quoi est habité un homme et c'est ça ce qu'on devrait savoir, c'est ça la vérité de l'homme, son identité en fait, mais elle est multiple puisqu'on a vu qu'il était habité, qu'il n'y a pas un homme qui ne soit pas habité par plusieurs esprits. Il croyaient aux esprits comme aux pensées qui nous traversent parce qu'elles nous traversent autant qu'elles nous habitent, là aussi il faudrait savoir, c'est comme ceux qui croient à l'inspiration et ceux qui n'y croient pas, mais en matière d'esprit allez savoir, y a qu'une radioscopie et une radioscopie d'un genre spécial: qui pourrait voir les esprits qui nous habitent ou qui nous traversent, on verrait s'ils sont à l'arrêt ou en mouvement constant, s'ils s'agitent en nous ou se tiennent bien tranquilles tant qu'on a pas besoin d'eux mais prêt à accourir à la moindre inquiétude. Bon l'ami arrivait et il allait l'accueillir comme il aurait accueilli en lui ce qui (ou ceux qui) en une si bonne personne trouvait (ou trouvaient) un si bon asile.
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