"Toi t'attends toujours les remerciements" qu'avait dit son père qui était sans doute le plus intelligent de la famille, parce qu'histoire de le percer à jour il avait réussi le père et sans jamais qu'ils causent beaucoup tous les deux, ils ne s'étaient même jamais vraiment parlés et encore moins entendus, mais le père savait qui était son fils. Et c'est vrai que ça le poursuivra toute sa vie cette ingratitude qu'ont les gens qui vous oublient d'autant plus vite que vous avez fait quelque chose pour eux parce qu'ils aiment pas les gens se sentir redevable à personne de ce qu'ils appellent après leur réussite, mais lui il savait que les gens qui avaient réussi devaient leur réussite à des gens comme lui qui eux n'avaient pas réussis, et que tout le monde peut pas réussir et qu'il fallait bien accepter alors de favoriser la réussite des autres, mais lui non il n'acceptait pas, il n'acceptait pas d'être un sacrifié. Pourtant dernièrement qu'il avait bien réfléchi là-dessus il s'était dit que si l'on avait perdu le sens de la vie c'est parce qu'on avait perdu le sens du sacrifice, et qu'il devrait être heureux qu'à la mort du père tout soit revenu au petit parce que le petit il avait un peu de l'intelligence du père qui était l'intelligence de la réussite quand lui il aurait pas pu. Si l'on y voyait bien, qu'il se disait encore, tout était sacrifice: des parents pour les enfants, des enfants aussi pour les parents quand ils deviennent vieux et ont à leur tour besoin d'eux, du soldat pour sa patrie qu'on dit aussi bien, que lui il l'aurait pas dit pourtant, aussi de celui qui en voit un autre en danger et le secourt au péril de sa vie, et combien il avait entendu dire à d'autres, et ce pouvait être aussi bien le mari à sa femme, "c'est pour toi que je le fais". Mais les temps auraient changé, et lui aurait été comme annonciateur de ce changement des temps puisqu'il attendait toujours des remerciements, qu'on voudrait plus jamais rien faire que pour soi-même. Les vieux fallait qui vivent qu'on disait et les voyages pour les vieux et tous ceux qui faisaient pour les vieux s'enrichissaient sur le dos des vieux, tandis que les vieux d'avant pensaient plus à eux mais qu'à tout laisser à ceux qui leur survivraient. Y aurait plus un soldat non plus qui mourrait pour la patrie, plus un frère pour son frère.
"Toi t'attends toujours les remerciements", que lui avait dit le père. Et lui sur le moment il avait pas compris pourquoi le père lui avait dit ça. C'est que bien plus tard qu'il comprendrait tout ça: quand il avait tout fait pour le père en commençant par le recevoir chez lui, et c'était tout petit chez lui, et il y avait sa femme avec qui déjà ça commençait à aller mal, mais le père était malade grave comme on dit, et lui avait eu pitié du père, même si le père l'avait jamais aimé ou en tout cas le lui avait jamais montré, mais c'était lui qu'il était allé trouver le père quand on lui avait dit qu'il avait un cancer et qu'il devait être opéré. Alors il avait quitté l'Espagne et ce Cortijo en Andalousie où il coulait avec la mère une paisible retraite sans souci de ce que devenait l'aîné qui avait toujours dû se débrouiller tout seul, et c'était en quoi il se disait qu'il était le sacrifié et que dans toute famille il devait y avoir un sacrifié comme lui, et que c'était sur ce sacrifice que devait se faire la réussite du reste de la famille. Mais lui il attendait toujours les remerciements et il croyait que ce jour-là le père, et la mère aussi était venue avec le père, c'était pour le remercier, mais non il devait maintenant les emmener dans sa voiture et dans les différents hôpitaux de Paris pour qu'on le soigne au père, il aurait même plusieurs opérations à subir, et c'était lui à défaut de mieux sans doute, qu'on avait choisi, et parce qu'on savait qu'il ne dirait pas non, qu'il serait même le plus empressé des fils, parce que c'était un être aimant et que les êtres aimants sont souvent ceux qu'on choisit pour le sacrifice. Il avait été très malheureux quand le père avait perdu son œil. Aussi quand on lui avait retiré un bout d'estomac. Et ce jour où comme il le promenait, et ce devait être à la butte Montmartre, et il devait y avoir un hôpital à proximité d'où il venait de sortir avec le père, et la mère aussi était là, qu'il avait dit qu'il voulait se suicider le père, qu'il se suiciderait s'il avait pas peur de la religion, et il apprit ce jour-là qu'il y avait de la religion chez le père et que c'était interdit par la religion de se donner la mort, il y avait pourtant jamais eu de bible ni d'évangiles ni autres livres religieux à la maison pour autant qu'il s'en souvienne, mais c'est vrai que le père avait lu Dostoïevski et qu'il y avait de la religion chez Dostoïevski, bien que lui il l'ait jamais lu, il fallait être intelligent pour lire Dostoïevski, et il se rappelait aussi et seulement maintenant parce que c'était comme prémonitoire que le père avait lu aussi Le Pavillon des cancéreux de Soljenitsyne, et qu'il fallait aussi être intelligent pour lire Soljenitsyne et avoir de la religion et des connaissances historiques et que le père devait avoir tout ça bien qu'il le lui en ai jamais rien laissé en héritage parce que cet héritage là aurait été pour lui le plus grand des héritages, qu'il aurait même passé sur l'autre qu'il n'avait pas eu non plus. Il aurait compris alors plus tôt s'il avait eu un peu de religion cette idée de sacrifice qu'il croyait sienne, avoir découvert lui-même, quand elle était venu avec le Christ sur sa croix parce qu'il s'était sacrifié pour les hommes le Christ. Il aurait compris un peu plus tôt son père quand il lui disait, et c'était bien avant qu'il tombe malade, mais bien après le Christ sur sa croix "toi t'attends toujours les remerciements". Parce qu'il en avait jamais eu de remerciements et ça c'était parce que c'était un bon chrétien son père et tous ceux qui l'avaient jamais remercié et pour qui il s'était toujours sacrifié ce devait être aussi de bons chrétiens. Puis, il lui revint d'un coup qu'à la maison il arriva qu'on l'appela le bon Samaritain et qu'il croyait alors que c'était pour se moquer de lui mais c'était pas que pour se moquer de lui c'était à quoi on l'avait destiné: a être le bon Samaritain. Mais c'est ça qui clochait avec lui et que le père avait relevé parce qu'il devait connaître le père l'histoire du bon Samaritain et c'est que le bon Samaritain il attendait pas lui les remerciements.
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