vendredi 2 janvier 2026

Avocat et les magazines


Il n'avait pas dû trop se casser la tête ses parents à Avocat pour lui trouver un nom, sans doute le premier qui leur soit venu à l'esprit était celui du fruit. C'est quand Avocat se mit à grandir trop vite pour Kamadja, car tout le monde ne grandit pas à la même vitesse et que l'âge ne dit pas grand chose de tout ça, et qu'il commença à goûter à d'autres fruits tout aussi exotiques pour Avocat qu'étaient les blanches de Nouvelle Calédonie, directement importées pour la plupart du continent, que Kamadja eut connaissance de l'existence de son demi frère Thomas que la mère qui devait avoir quelque religion  avait dû trouver dans les écritures, mais Avocat lui semblait avoir été le fruit du pêché. Avocat était café au lait.

Il avait plusieurs pères Avocat et c'est une des premières choses qu'il lui avait dit à Kamadja et que la tribu, la tribu était à côté du village, du village qui était plutôt comme une corbeille de fruits étrangers et mélangés les uns aux autres sans être pour autant bien assortis, tandis que la tribu était pour Avocat comme une grande famille, sa famille plus grande que celle de Kamadja réduite à un seul père et une seule mère et deux frères qui étaient tous ce qu'Avocat lui connaissait de famille, le reste étant resté sur le continent et Kamadja n'aurait pas pu lui en parler parce qu'il ne la connaissait pas trop bien lui-même sa famille. La mère d'Avocat faisait des ménages dans les maisons des blancs et c'est dans une de ses maisons qu'Avocat avait dû être conçu et où Avocat et Kamadja feraient leurs flans. Des sachets de flans qu'ils avaient pu acheter aux économats du village parce qu'ils avaient gagné cet argent en arrachant les sensitives, ces mauvaises herbes qu'ils aimaient voir se refermer quand ils les touchaient comme si c'étaient des insectes pour découvrir leurs piquants, et ils y avaient eu droit plus souvent qu'à leur tour, comme on dit, aux piquants des sensitives, car il fallait en passer par là pour les arracher. C'était bien mérité les flans.

Mais Avocat ce n'était pas que les flans. Avocat c'était aussi le foot. C'est Avocat qui apprit à Kamadja l'existence de Karembeu, un Kanak qui était parti jouer au foot sur le continent. Avocat c'était pieds nus qu'il jouait sur le terrain de foot de la tribu, et ça aurait pu être un grand footballeur sans son souffle au cœur, qu'il disait Avocat. Sa spécialité c'était le drible, Kamadja l'avait vu à l'œuvre, et quand il partait tout seul avec le ballon personne ne pouvait l'arrêter. Avocat avait la taille d'un zoreil et la force d'un Kanak. Mais ça ne parle pas à un métropolitain ça. Il faut savoir que le Kanak n'est pas de grande taille en général et que le zoreil n'est pas très physique en général. En tout cas c'est ces généralités là qui connaissaient peu d'exception comme Avocat. La première chose que Kamadja demanda aux parents c'est une paire de chaussures à crampons, il ne savait pas si c'était pour lui ou pour Avocat qu'il les demandait, car Kamadja n'a jamais été assez bon au foot pour aller jouer sur le terrain vague entre le village et la tribu où une équipe du continent était venu un jour mais c'était pas pour jouer au foot qu'elle était venue mais au Hand Ball, le PUF c'était, qui avait rencontré une équipe de Wallisiens, des costauds, plus costauds encore que les Kanaks, et qui avaient perdu quand même contre le PUF, peut-être la première fois que Kamadja avait dit à Avocat qu'il était fier d'être zoreil, un peu comme Avocat était fier de la tribu et de Karembeu. 

C'est à Nouméa  que Kamadja avait revu Avocat qui avait quitté Kouaoua et la Brousse avant lui. Chez Abel Wadra l'ex directeur de l'école de Kouaoua chez qui sa mère avait fait des ménages et qui était leur correspondant quand on les laissait partir de l'internat qu'ils allaient manger et dormir. Chez Abel Wadra qui était des iles Loyautés mais qui enseignait sur la Grande Terre, c'est comme ça qu'on appelait aussi la Nouvelle Calédonie, où ils trouvaient toujours une natte où dormir (un matelas ça aurait pris trop de place); et des marmites qui bouillaient tout en long de la journée avec dedans de l'igname, du taro, du manioc, y avait aussi du riz, et dans d'autres marmites on pouvait encore trouver des bananes plantains, et dans d'autres encore de la viande avec de la sauce; y avait plus qu'à remplir son assiette à volonté et à n'importe quelle heure, et pour tout celui qui venait y avait de quoi boire et manger. On aurait dit qu'Abel Wadra recevait chez lui toute la tribu et que c'était la tribu qui avait reçu chez Abel Wadra le petit blanc, le zoreil, Kamadja et son ami Avocat qui n'y était pas toujours.

Et c'est chez Abel Wadra qu'Avocat avait montré un jour à Kamadja ce magazine avec de belles femmes dessus et presque nues, et qui étaient des métisses disait Avocat et les plus jolies femmes au monde, et c'est vrai qu'elles étaient belles et remplissait Kamadja d'envie de les connaître. Rosina qui était dans sa classe, Rosina la copine de Wayéméné Hélène, toutes deux filles de Lifou et de Maré, Rosina qui était dans la même classe que Kamadja et avait la taille et la couleur de peau d'Avocat, avait cette beauté métisse, sauf que Kamadja ne l'avait pas vu à demi nue à Rosina comme sur ce magazine que lui avait montré Avocat. Mais Rosina au Lycée Lapérouse à Nouméa, dans ces escaliers qui n'en finissaient pas de monter pour se rendre en classe s'était assise en haut des marches et avait remonté son manou qu'elle avait retroussé entre ses jambes quand Kamadja était passé et aussitôt s'était rappelé de ces métisses, les plus belles femmes au monde, que lui avait montré sur le magazine Avocat, et Rosina lui parut alors avoir les plus belles cuisses au monde. Mais c'était Wayéméné Helene, la première de la classe qu'aimait Kamadja comme on peut aimer à cet âge là qu'avait dépassé Avocat, mais comment, car il ne comptait pas beaucoup d'années de plus que lui, Avocat. Et c'était cependant cet amour là, celui d'Avocat que Kamadja sentait en même temps qu'il lui montait comme une raideur entre les jambes, mais ce n'était pas encore comme ça qu'il aimait lui Kamadja bien que ça lui réservait quelque surprise honteuse où qu'il cachait honteusement, ce qui revient au même, Avocat non plus n'en aurait pas parlé ouvertement mais simplement et placidement ouvrait et feuilletait devant lui ce magazine, partageant avec lui son envie de femmes métisses, les plus belles femmes au monde, qu'il disait Avocat.

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