jeudi 12 mars 2026

Tabous et sexualité sur l'île


Pour commencer c'était pas vrai que sur les îles la sexualité elle serait plus libre. En tout cas pas en Nouvelle Calédonie et pas au temps où Kamadja il y était, à moins que les petits Kanak de l'internat ils soient, comme Kamadja qui était le plus déshérité des petits Blancs, les plus déshérités des petits Kanak, parce que c'était pas seulement matériellement qu'ils étaient dépourvus de tout mais aussi affectivement et aussi sexuellement, pour ainsi dire il manquait de tout et surtout d'éducation sexuelle quand on les avait tous envoyés à Nouméa pour leur éducation, l'autre, la scolaire, qui semblait être la seule pour laquelle les adultes avaient pensé à eux; enfin à s'en débarrasser, à les mettre à la charge de l'Etat et de ses institutions qu'on aurait pas pu dire non plus bienveillantes pour eux, car c'était pas non plus à l'Etat qu'ils étaient livrés, à sa surveillance, mais à eux-mêmes la plupart du temps, et c'est jamais bon ça que d'être livré à soi-même et à ses pulsions qu'il pensait Kamadja qui pensait toujours à retardement comme une bombe qui aurait pu exploser mais qui avait jamais explosé.

C'était Eros le grand responsable de toutes ses bagarres entre eux qui se déclenchaient comme autant de points d'incendies à l'internat et au lycée, pas les filles, parce qu'ils en parlaient jamais entre eux des filles, ça devait être tabou pour les petits Kanak, aussi chez son correspondant Abel Wadra de Maré qui l'accueillait chez lui certains Week end, mais comment aurait-il pu en parler avec lui le petit Blanc, c'était pas non plus son père pour ça, et lui non plus Kamadja il aurait pas pu lui parler de ce qu'il ressentait pour Wayéméné Helenne qui était aussi une Kanak de Maré parce qu'en ce temps là ça se faisait pas entre une Kanak et un zoreil. L'internat des garçons était séparé de l'internat des filles, et c'était pas l'absence d'envies de filles, mais l'absence de filles qui coupait court à tout. Sur le moment Kamadja il s'en serait pas douté que tout son malheur, que toutes ces bagarres, viendraient peut-être de là, bien que ça devait le démanger, seulement ça devait être comme un peu honteux pour tous ceux qui avaient à se satisfaire tout seul la nuit quand tout le monde dormait ou faisait semblant de dormir dans les dortoirs à la faible lueur de l'éclairage de sécurité et quand ils pleuraient pas tous le manque des parents, ce qui était honteux aussi et bien caché aussi.

La misère sexuelle elle commence très tôt et c'est sur toute une vie qu'elle peut se poursuivre après comme toutes les misères qui affectent la frange la plus défavorisée ou déshéritée qu'il se disait maintenant Kamadja parce que tout partait toujours des parents qui peut-être non plus n'avaient pas eu beaucoup de chances sur ce plan là et seulement des enfants; il voulait dire qu'ils avaient reçu pas plus d'amour qu'ils avaient à leur en donner en partage. Kamadja devait bien sentir tout ça mais pas pouvoir l'exprimer comme qu'y avait une grande différence entre lui le petit Blanc à l'intérieur des murs de l'internat et les petites Blanches à l'extérieur de ces mêmes murs, les externes qui occupaient les premières places dans la classe. On aurait dit qu'elles se moquaient de lui en le regardant où le provoquaient, il aurait pas trop su bien dire sinon qu'il avait retenu les chaussures à talon que l'une portait et des bas et une jupe, un chemisier un peu échancré; des vêtements qu'elle était seule à porter quoique sa copine assise à côté et qui le dévisageait aussi pendant toute la classe était habillée un peu de la même façon qu'il pourrait maintenant dire à la mode occidentale qui était la façon dont avait de s'habiller les Blanches sur l'île et ça devait être pour montrer qu'elles avaient une longueur d'avance sur eux les internes. Qui sait si on pouvait les retrouver sur cette plage de nudistes qu'il y aurait du côté de l'Anse Vata et du Casino, que c'était une plage privée où lui Kamadja et les Kanak n'auraient de leur vie jamais accès, mais seulement oui dire ou fantasmer dessus.

Elles auraient pu faire leur éducation sexuelle, mais voilà, c'était comme deux mondes qui se rencontraient jamais. C'était bien du même monde que devait venir celle qui était toute nue dans la voiture garée le long de la côte que les internes en rang devaient gravir pour se rendre de l'internat au lycée que Jésus Christ en personne il avait pas dû souffrir autant qu'eux tous en voyant ce dont ils étaient privé, que c'était comme un supplice des yeux, parce que tout passait par les yeux et que le corps lui il pouvait pas vivre ça, qu'il pouvait rien vivre à l'internat sinon les coups, les coups que les parents pouvaient plus leur infliger parce qu'ils étaient comme hors de portée mais qu'ils s'infligeaient les uns les autres à défaut de mieux. Pour les filles internes il y avait peut-être plus longtemps que l'éveil sexuel c'était fait sentir, qu'elles en pouvait plus d'attendre qu'ils se manifestent et que comme ils se manifestaient pas commençaient un peu à écarter les cuisses comme Rosina de Lifou et Helene de Maré qui se trouvaient sur les quelques marches qui séparaient l'internat des filles de l'internat des garçons quand Kamadja revenait de la brousse à Nouméa et les voyait là se moquer un peu de lui sur son passage, c'est qu'Eros c'est comme un petit diable moqueur et dont la moquerie dissimulerait mal l'envie, mais ça Kamadja il en avait pas idée.

Cilane le petit Kanak de Lifou il lui aurait finalement sauter dessus à Helene qu'il revoyait courant le manou déchirée que ça devait avoir été un viol ou une tentative de viol que c'était tout ce qui leur restait quand ils étaient empêcher de tout et qu'ils n'avaient non plus le temps de rien parce que les filles elles faisaient que passer comme un troupeau de bêtes sauvages craintives et apeurées  et que s'ils leur sautaient pas dessus au passage elles leur échapperaient: à situation anormale comportement anormal. La prédation, des prédateurs, mais ils manquaient de nourriture (le pain qu'il allait voler Kamadja à la cantine quand Cimutru Josef de Maré faisait le gué parce que le chef de table et les autres avaient tout raflé avant que le plat arrive à son niveau), et affectivement et sexuellement aussi c'était que des affamés. Puis grâce à Cilane Noêl il avait pu voir lui kamadja le petit Blanc les seins noires d'Helene qui lui était en temps normal interdit de voir et encore plus de toucher, Helene qui lui avait seulement montrer ses cuisses d'ébène en même temps que sa copine Rosina dans l'escalier, c'est que les filles de l'internat elles devaient aussi en mourir d'envies qu'il se passe quelque chose entre eux mais pas de cette façon là, la violente qui était la seule qu'ils avaient pourtant connus, de faire, d'approcher, et d'agir avec leur corps, que c'était à pleurer rien que d'y penser parce que Cilane il était pas méchant mais malheureux, à moins que ce soit la même chose que d'être méchant et d'être malheureux; et c'était grave alors parce que lui Kamadja on aurait pas pu dire non plus qu'il était heureux ou qu'il y en est un parmi eux d'heureux à l'internat. 

Kamadja il s'était pris beaucoup de coups de pieds dans les parties quand il s'était battu et s'était souvent et souvent malgré lui malgré qu'on l'appelle le provocateur à l'internat et c'était comme s'il cherchait les coups mais c'était pas vrai, ça il aurait pu le dire mais il avait jamais eu le droit à la parole, même chez lui, mais aux coups, si bien que les blouses blanches qui avaient examinés de près les internes, les internes jusqu'aux couilles, elles l'avaient tripoté et il avait pas aimé comment elles l'avaient tripoté et elles avaient pas jugé ça normal et Kamadja il l'avait vu à la tête qu'elles avaient faite et que s'il y avait eu les parents pour leur en parler qu'elles leur en aurait parlé, mais voilà il y avait pas les parents alors elles finirent seulement par lui dire méchamment que c'était fini pour lui et qu'au suivant, mais encore une fois il voyait bien qu'elles étaient pas contentes après lui mais qu'elles l'auraient oublié aussitôt parce que de toute façon il faisait lui aussi parti des oubliés du Pacifique sud. L'explication de Kamadja elle tenait peut-être pas debout, pas plus que son sexe, mais il y avait bien quelque chose qui fonctionnait pas bien avec lui son sexe, seulement Kamadja si elles voulaient pas voir il voudrait pas voir lui non plus et pour ce qu'il en faisait de son sexe ça changeait rien, ni alors ni beaucoup plus tard parce qu'il aurait pas beaucoup de femmes à mettre dans son lit quand il aurait un lit à lui et pas d'enfants; qu'il saurait jamais s'il aurait pu en avoir parce que de toute façon il en aurait pas voulu si c'était pour qu'ils vivent ce qu'il avait vécu lui Kamadja, lui et son sexe qui avait pris que des coups.

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