Que nous montre les comédiens sinon que tous les sentiments peuvent être joués et Kamadja se disait alors que si tous les sentiments pouvaient être joués il n'y en avait aucun qui puissent être vrais, et que ce qui serait vrai donc c'est que quand on ne jouerait pas les sentiments on serait alors le jouet des sentiments et que lui Kamadja qui avait cru dur comme fer aux sentiments il n'en aurait jamais été que le jouet.
Mais si c'était une idée de Kamadja c'était pas non plus une idée que Kamadja pouvait accepter, même s'il ne croyait pas à la raison, que les gens étaient guidés par la raison, mais plutôt qu'ils se laissaient mener par leurs sentiments bien qu'il apprit encore à ses dépends que les adultes l'étaient davantage par leurs intérêts qui pouvaient être par exemple de mettre les enfants à l'internat et les vieux en maison de retraite, mais pour lui enfant, pour lui Kamadja, c'étaient qu'eux les sentiments, ils n'ont qu'eux les enfants pour s'orienter, c'est leur boussole et s'ils l'a perdent ils sont comme déboussolés les enfants et Kamadja se sentait un peu parfois déboussolé, qu'on aurait dit qu'il cherchait sa boussole après avoir perdu ses parents.
Qu'est-ce qui lui avait pris alors d'aimer Wayéméné Hélène? Il pourrait même pas s'en vanter comme il avait vu faire tous ceux qui avait une fille qu'ils disaient qui leur courait après, c'était pourtant une fille comme une autre Hélène, rien que ce nom quand il le prononçait il lui faisait de l'effet mais il ne l'épelait jamais que quand il était tout seul et pour lui même, comme si ce nom avait un pouvoir magique, celui de faire apparaitre Hélène là où qu'il serait lui Kamadja. Et il l'avait jamais dit non plus à Cilane Noël qui, il ne savait pas comment, sinon parce que c'était un malin Cilane qui l'avait deviné que Kamadja en pinçait pour Hélène. Mais ce qu'il ne savait pas c'est que Kamadja se sentait empêché par Cilane comme par sa conscience, que jamais ça c'était vu et que ça se voyait alors un noir avec une blanche, un zoreil avec une Kanak, et que Cilane qui était un Kanak était plus légitime que lui sur ce coup là, et que c'est tout ce qu'il pensait Kamadja.
Aussi Kamadja n'aurait pas pu savoir ce qui lui était passé par la tête à Cilane ce matin où il était sorti des rangs et s'était dirigé droit vers lui comme un fou et malgré la présence du surveillant, mais Kamadja il allait pas se laisser faire qui sortit des rangs aussitôt pour lui montrer à Cilane qu'il n'avait pas peur, mais c'était pas vrai qu'il n'avait pas peur, toujours il tremblait Kamadja comme quand le père lui frappait dessus mais les coups du père ça avait du bon qu'il avait plus peur des coups même s'il tremblait, seulement Kamadja il aurait aimé être comme ces héros dans les films qui ne tremblent jamais et c'était pas le cas quand Cilane lui vint dessus. Mais il faut dire d'abord qui était Cilane, rien de moins que celui qui courait le plus vite, de sorte qu'on pensait à lui dès le collège comme à un futur champion d'athlétisme avec Tchan l'asiatique qui courait presque aussi vite que Cilane.
De toute façon il lui laissait pas le temps Cilane de lui expliquer que lui Kamadja et comme il était un zoreil il n'allait pas se mettre avec une Kanak et c'était pas du racisme ça pour Kamadja mais de la loyauté, une priorité qu'il n'avait pas et qu'il laisserait donc l'autre passer sans lui couper la route et risquer l'accident; seulement l'accident il était là, inévitable comme tous les accidents. Cilane s'était un frappeur mais Kamadja s'était un encaisseur et il savait aussi éviter, mais frapper c'était pas son truc, un truc qu'il faisait plutôt à contre-coeur et pour se défendre, de la légitime défense qu'il apprendra après que ça s'appelait, mais de toute façon le surveillant ne leur laissa le temps de rien et Cilane dû se calmer tout seul et Kamadja se reprendre de sa frayeur car on n'aurait pas pu dire qu'il n'avait pas eu peur parce qu'il en tremblait encore et pendant un bon bout de temps comme après les colères du père.
Sans le surveillant il aurait pu lui arriver ce qui était arrivé à Avocat, une scène dont par on ne sait quel hasard Kamadja fut témoin et c'était dans les dortoirs et cette fois-ci il n'y avait pas de surveillant. Et c'était Cilane l'ainé, plus grand et plus fort encore que Cilane junior, qui fit irruption dans le dortoir et se lança aussi comme un fou sur Avocat qui cherchait quelque chose dans son armoire (les armoires étaient coincées entre les rangées de lits superposés) et eut à peine le temps de se retourner pour prendre un grand coup de poing en pleine gueule. Avocat s'effondra et tout droit (comme plus tard Kamadja verra s'effondra à la télé les tours jumelles) mais comme monté sur des ressorts il rebondit et asséna à son tour un énorme coup de poing au frère de Cilane qui à son tour s'effondra; l'étonnant c'est qu'ils en restèrent là tous les deux et qu'il n'y eut pas d'autre explication ou d'échange de points de vue que ces deux formidables coups de poings. Il n'y eut jamais non plus d'explications entre Kamadja et Cilane à propos d'Hélène.
Kamadja essayait de se la sortir de la tête sans que les parents lui ait dit que c'était pas une fille pour lui parce qu'il faut pas oublier qu'il y avait pas de parents pour Kamadja mais l'internat, et il eut même pas le temps non plus Kamadja de se la sortir de la tête qu'il y eut un autre événement tragique qui allait frapper comme l'œil du cyclone ou comme tout ce qui touchait à la Nouvelle Calédonie. Sans doute qu'il guettait son passage, juste pour la voir, il ne lui aura jamais rien dit encore moins fait de mal, dans les escaliers qui menaient du collège à l'internat des filles. C'était bien elle Wayéméné Hélene mais son manou était tout déchiré qu'on dirait qu'une bête sauvage lui avait sauté dessus et Kamadja pensa tout de suite à Cilane mais c'était peut-être pas Cilane et il ne le saura jamais, mais Hélène on aurait dit une bête toute affolée, elle la première de la classe, la plus intelligente de tous, Kamadja en fut tout retourné mais elle eut même pas un regard pour lui, et comment l'aurait t-elle eut si elle aurait plutôt préféré que personne ne l'a voit en cet état.
Y a encore quelque chose qui s'est passé avec Wayéméné Hélène mais que c'est à peine si on peut le raconter sans passer pour un autre fou et c'est vrai que Kamadja était aussi fou de Wayéméné Hélene que Cilane Noël donc il faudra peut-être mettre sur le compte de la folie ce qui va maintenant vous être rapporté et c'est qu'il la guettait toujours dans les escaliers et la regardait toujours sans rien dire mais, est-ce que c'est ce qui arrive à chaque fois que le mirage de l'amour s'estompe et qui est celui des sentiments trompeurs, de ceux dont si on en joue pas on en est le jouet, que la tête de Wayéméné Hélene grossissait démesurément jusqu'à occuper plus de place que son corps, jusqu'à ce qu'il ne voit plus d'elle que sa tête et pas ce corps dénudé sous le manou déchiré. Et Kamadja n'était pas sans penser ce que n'importe quel Kanak aurait pensé à sa place et c'est que Wayéméné Hélène avait été emboucané et que personne ne voudrait plus d'elle après que sous son manou déchiré tout l'internat l'eut désirée.
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