lundi 6 avril 2026

L'éternel retour

 

Qui s'étonne de se réveiller, de cet éternel retour à la vie, pourquoi ce matin alors, comme d'avoir considéré le nombre de fois incalculable ou ce corps a bu, mangé, marché, s'est exercé sans faillir à vivre, de façon si simple et si naturelle et si attendue alors qu'on attend rien d'autre de lui comme mourir.

C'est pourtant une interrogation sur la mort comme événement exceptionnel qui le frappe puisque non répété et qui nous prend au dépourvu si habitués à vivre que nous le sommes, à nous voir vivre, que c'est la règle générale dont la mort serait l'exception, et encore, pas notre mort mais celle des autres.

Etrange retournement de situation que de se voir vivant et de s'en étonner après tant d'années, après que cela soit devenu notre ordinaire, que de se dire que c'est cela qui est extraordinaire: vivre, que le soleil brille encore pour nous, qu'il se soit lui aussi couché tant de fois pour renaitre qu'il ne puisse non plus nous paraitre comme possible qu'il se couche définitivement.

Sylvie ne s'est plus réveillée. Elle était là couchée pour l'éternité. Ce n'est pas à cet éternité là qu'on est préparé mais à celui de l'éternel retour à la vie: qu'elle se réveille comme elle s'était réveillée tant de fois par le passé, mais non l'obstinée voudrait enfreindre la règle: l'obstinée, la contre nature, la délinquante, la mort.

A moins qu'elle nous ait pris en faute, c'est-à-dire en vie, le comble serait de se sentir en faute d'être en vie et cela dès son réveil jusqu'à son couché. En faute d'être encore en vie quand on se réveille encore et que Sylvie ne se réveille plus. Au pire par rapport à elle, Sylvie, mais pas par rapport à la mort.

On va y passer, on va y passer tous autant qu'on est. Quel vent de panique si cela n'était pas contrebalancé par cette folle habitude de vivre que rien ne semble pouvoir contrarier. C'était pas pareil sur le Titanic. Sur le Titanic panique à bord. Mais à bord de la vie on est tranquille. On a beau se dire qu'on va y passer on voit, au pire, que les autres mourir.

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