Il ne suffirait pas d'être présent au monde mais encore faudrait-il acter de cette présence au monde. Cela pouvait paraitre évident aux autres mais ce ne l'était pas pour moi, que notre seule présence ne suffirait pas à marquer notre présence, qu'elle ne serait que présence à soi mais pas encore présence au monde.
Pourtant il y a bien longtemps et il ne m'en souvient que maintenant que celle qui allait devenir pour un temps ma belle mère et c'était dans la lointaine Espagne et nous n'étions que fiancés, sa fille et moi, fiancés non encore officiellement, que nous ne devrions pas nous cacher mais nous montrer aux gens de sorte que notre amour ne soit pas un amour honteux, c'est-à-dire laisse penser que nous ferions quelque chose de mal.
Bien plus récemment, après le Covid et son confinement, j'eus le sentiment de cette présence au monde qu'il fallait acter et c'était alors que je me trouvais sur le pont de Joinville et que j'y voyais d'autres gens comme que j'étais vu d'autres gens, me rendant compte de leur existence autant que je rendais ainsi compte de mon existence par le simple fait de ma présence sur ce pont.
Et c'était un sentiment heureux comme de renouer avec l'existence, mais avec quelle existence? Et c'était avec celle qui me fait sortir de chez moi: mon existence au monde, tandis que chez moi je n'existe que pour moi et ma présence n'est que présence à soi, qui est une présence qui est aussi une absence au monde, et qui peut nous faire défaut, voire que l'on peut ressentir cruellement.
Si ma présence me suffit, et ce n'est pas vrai qu'elle me suffit, en aucun cas elle ne suffit pour être présence au monde, il faudrait encore que je fasse présence au monde ce qui est acter de ma présence. Et l'on pourrait m'en vouloir comme de m'avoir cru important quand je ne saisissais pas la nuance ni ne sentais la nécessité où tout homme se trouve d'avoir à faire acte de présence.
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