Je n'avais pas compris les tatouages de mon frère, aussi que mon père voulu lui faire enlever. Cela s'est passé il y a plus vingt ans. Quand ce matin apparait en première page de mon ordinateur un visage tout tatoué et écrit dessous: "Ne trouve plus de travail". Mon père c'était donc la société. Mais mon frère n'était pas le rebelle qu'il était aux yeux de mon père et de la société sinon celui qui cherchait un signe d'appartenance plus fort à cette société.
Prenons que cette société soit ladite société civilisée et celle des tatouages la primitive en cela que l'on pourrait dire la plus ancienne et l'on parle aujourd'hui des peuples premiers. J'avoue regarder avec curiosité (la même que j'ai à regarder les tatouages) un temps que je n'ai pas connu où l'ouvrier portait la casquette et le bleu de travail tandis que lors de mon mariage il me fallut porter le costume en queue de pie et le haut de forme que des nostalgiques d'un temps révolu m'avaient obligé a porter.
Mais il n'y a plus une telle distinction dans l'habillement et l'on pourrait généraliser sans risque de trop se tromper en disant qu'il n'y a plus de signes d'appartenance du moins subtil (et ce sont les tatouages subtils qui me semblent distingués). On ressort aussi les drapeaux quand il n'y a plus que les drapeaux pour dire qu'on est français, quand on ne sait plus l'exprimer autrement "dans la langue de chez nous" ou "dans la langue de Molière". Aussi le nazis ont recouru à la croix gammée, un signe ostentatoire emprunté à des temps primitifs.
Il n'est pas étonnant qu'alors que tous les signes ostentatoires d'appartenance se sont plus ou moins effacés ou rendus plus subtils -- j'ai un ami pour qui le niveau de langue ne trompe jamais, et que seul peut déceler un examinateur chargé de décider de votre avenir en vous employant ou pas -- les tatouages trop abondants et trop manifestes puissent choquer et vous fermez les portes de la société. Le paradoxe et j'en reviens à mon frère et c'est que plus que moi il cherchait a appartenir à cette société comme a être reconnu par son père, ce qui sans doute revient au même, sauf qu'il n'arborait pas les bons signes de reconnaissance.
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