Quand je vais être cet homme que je voyais en bas de la fenêtre où je me trouvais à le regarder, toujours je me suis dit que c'était moi cet homme, et je me le dis encore des années après où tant de choses se sont passées, mais lui on dirait qu'il est toujours là à attendre que je sois lui, qu'il n'a pas bougé tandis que je le revois par la pensée, seul et plus très jeune, et je crois que je commence seulement à lui ressembler.
Mais il y avait déjà quelque chose en lui qui me ressemblait mais comme ces choses qui ont besoin encore d'une mise au point et je devais en lui la trouver réalisée et c'est cela qui devait et doit m'attirer à lui comme aimanté par lui, sans doute est-ce cela la destinée, ma destinée c'est d'être lui et c'est cette appréhension de sa destinée qui m'avait saisie alors.
Je ne m'en suis pas remis depuis parce que j'avais affaire à un parfait inconnu mais voilà que je le connais de plus en plus, que toutes ces années écoulées je me suis familiarisé avec lui et que bientôt je ne ferais plus de différence entre lui et moi parce qu'il sera moi et que je serais lui comme disait Montaigne en parlant de son ami.
C'est bien cela: toutes ces années pour renouer avec lui, c'est-à-dire avec moi, tant de temps pour pouvoir enfin s'aimer, se trouver être en conformité avec l'être que chacun voit de sa fenêtre comme me disait Oscar le boxeur noir: ça c'est vu de ta fenêtre. Oui, Oscar ça c'est moi vu de ma fenêtre et je le voyais en bas et qu'il me fallait descendre de mes hauteurs pour être enfin à hauteur d'homme.
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