Celui qui a conversé avec beaucoup d’autres qui
eux-mêmes ont conversé avec beaucoup d’autres, croyez-vous que quand il
converse avec vous il cesse subitement de converser avec les autres. Non !
Mais c’est à vous seul qu’il parle et pour ce faire il ne rapporte pas toutes
les conversations qu’il a eut avant la vôtre, et se contente de vous parlez
comme s’il était seul à vous parlez, de là résulte la difficulté que vous avez
à le comprendre. Il ne suffit pas pour cela de suivre le fil de la
conversation, car ce n’est pas un fil mais un tissu de fils qui se croisent et
entrecroisent en différents points qu’il vous faudrait suivre. C’est pourquoi
souvent ce qui passe pour de l’intelligence est de l’érudition, mais ne peut-on
pas dire aussi de celui qui a élevé sa conversation, ou a su l’enrichir de
toutes les autres conversations qu’il a pu avoir avec d’autres que vous, à un
niveau de complexité et de subtilité tel que vous n’arrivez pas à le suivre,
que celui-là est intelligent ? Tête bien pleine serait aussi tête bien
faite ? Par contre, ce qu’il ne doit pas c’est vous découragez en vous
subjuguant par une conversation que vous n’êtes pas en mesure de suivre et
c’est ce qu’il vous arrive quand vous lisez sans comprendre ce que vous lisez,
que cela ne vous décourage pas de lire et vous renvoie par exemple à ne faire
que regarder des films à la télé, en vous disant que cela n’est pas pour vous,
ne sera jamais pour vous. En effet cela n’est pas pour vous mais peut le
devenir plus vite que vous ne le pensez. Ce ne sont pas les auteurs
difficiles qui vous font perdre votre temps mais les auteurs faciles. Tandis
que ces derniers n’ont rien à vous apprendre, des premiers vous apprendrez
beaucoup. Et dites-vous bien que de reprocher à un auteur d’être
« compliqué » c’est comme de reprocher à quelqu’un d’avoir eu de
nombreuses conversations avant de parlez avec vous. La langue a ses limites qui
empêchent de parler à tout le monde en même temps, et c’est souvent ce qu’ils
font en vous parlant. Sans compter que l’on ne fait jamais que de se parler à
soi-même, mais un soi-même qui n’est plus tout à fait seul tellement il s’est
enrichi de la voix des autres qu’il a fait sienne, comme des idées des autres
qu’il a fait siennes. N’entendez jamais un seul être qui vous parle. Mettez
vous à entendre des voix comme la petite Jeanne de France. Et quand je dis la
petite Jeanne de France entendez-vous à la fois Jeanne d’arc qui entendait des
voix et la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France du poète
Suisse Blaise Cendrars. Alors, vous commencez à comprendre pourquoi entendre
veut dire aussi comprendre en français.
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