Vu Jaime aujourd’hui.
Avons mangé ensemble, un peu, et beaucoup parlé. Toujours cette
impression de pauvreté quand il fait tout pour élever mes propos ;
ce supplément de richesse qu’il leur apporte, il me faut le
prendre avec beaucoup d’humilité, ne pas chercher à rivaliser, à
avoir le dernier mot, écouter, écouter, écouter. Je crois l’avoir
écouté un peu plus cette fois-ci, et avoir un peu moins à me
reprocher de ne pas l’avoir fait. Cependant, je n’ai pas manqué
de lui dire qu’à la maison mon père nous parlait de Moshe Dayan,
que cela n’a peut-être rien à voir, mais qu’est venu s’ajouter
à ce héros les héros de la Résistance française, au nombre
desquels on comptait des prêtres et des communistes. Inattendu comme
rapprochement quand on sait que communisme et religion ne vont pas de
pair, et pourtant cette foi, cette engagement… Voilà à peu près
tout ce que je lui ai dit. Et ce que je ne lui ai pas dit, pour ne
pas avoir à regretter tout ce sur quoi j’aurais aimé l’entendre
parler, je peux le dire maintenant. Que cette foi, que cet
engagement, envers et contre tout, le passé, le présent, je
m’étonnais de le trouver encore si vivant en lui quand l’apathie
semble nous avoir tous gagnés, qu’on pense « aucune guerre
ne nous menace », et que nous vivons sur nos acquis comme de
riches héritiers vivent de leur rente. Et cette impression bizarre
que j’ai eue, sûrement en pensant au dernier des Mohicans, de voir
le dernier des communistes.
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