mercredi 17 juillet 2019

Le dernier des communistes


Vu Jaime aujourd’hui. Avons mangé ensemble, un peu, et beaucoup parlé. Toujours cette impression de pauvreté quand il fait tout pour élever mes propos ; ce supplément de richesse qu’il leur apporte, il me faut le prendre avec beaucoup d’humilité, ne pas chercher à rivaliser, à avoir le dernier mot, écouter, écouter, écouter. Je crois l’avoir écouté un peu plus cette fois-ci, et avoir un peu moins à me reprocher de ne pas l’avoir fait. Cependant, je n’ai pas manqué de lui dire qu’à la maison mon père nous parlait de Moshe Dayan, que cela n’a peut-être rien à voir, mais qu’est venu s’ajouter à ce héros les héros de la Résistance française, au nombre desquels on comptait des prêtres et des communistes. Inattendu comme rapprochement quand on sait que communisme et religion ne vont pas de pair, et pourtant cette foi, cette engagement… Voilà à peu près tout ce que je lui ai dit. Et ce que je ne lui ai pas dit, pour ne pas avoir à regretter tout ce sur quoi j’aurais aimé l’entendre parler, je peux le dire maintenant. Que cette foi, que cet engagement, envers et contre tout, le passé, le présent, je m’étonnais de le trouver encore si vivant en lui quand l’apathie semble nous avoir tous gagnés, qu’on pense « aucune guerre ne nous menace », et que nous vivons sur nos acquis comme de riches héritiers vivent de leur rente. Et cette impression bizarre que j’ai eue, sûrement en pensant au dernier des Mohicans, de voir le dernier des communistes.


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