Mon père eut le choix entre Cayenne et la Nouvelle Calédonie. C'est le même choix je crois qu'on eut les bagnards autrefois. Mais mon père était fou de joie. Et sûrement qu'il regretta la Nouvelle Calédonie comme il avait regretté l'Algérie. En réalité les exilés n'ont pas d'autre choix que l'exil. Mais cela mon père ne le savait pas. Il ne tenait seulement pas en place. Il y avait toujours une place qui lui en rappelait une autre et toutes la première qu'il ne savait sans doute plus être laquelle. Un bateau qui a largué les amarres combien a t-il de ports d'attache? La mer. Il aimait la mer. La mer est la terre des exilés. La mer est la terre de ceux qui n'ont plus de terre. La mer était la terre de mon père et du père de mon père. La mer est la terre de mes pères. Et mes pères ont tous péri en mer avec une terre en vue qu'ils croyaient être la leur.
- Là où tu es, père, dis-moi, as-tu enfin perdu la terre de vue?
Père, le ciel est une mer sans terre, sans rivage, sans mirage, d'où je crois t'entendre me dire:
- Ton rapport à la terre fils, oublie.
- Ton rapport à la mer fils, pense s'y.
- Oui, père
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