vendredi 11 septembre 2026

La propriété et l'homme


On est que locataire sur terre. La propriété tendrait a laisser entendre le contraire, en quoi la propriété est un leurre. Tout ce que nous avons est tout ce qui nous fut donner: la vie, et non acquis: la propriété. La vie ne fait que passer et nous avec elle: c'est en quoi nous disons que nous ne sommes que de passage sur terre. En payant un droit de propriété nous payons le prix fort et sommes abusés puisque nous n'y sommes que locataire, c'est-à-dire que de passage, et c'est encore vouloir nous faire croire le contraire et rendre plus difficile, parce que perdant la vie nous perdons la propriété de tout, à accepter notre sort qui est le sort commun comme notre condition qui est la condition de locataire et non de propriétaire.

Mais puisque l'on ne peut aller à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être n'allons pas à l'encontre du désir de propriété qui en ce point là aussi et non seulement en celui d'avoir quelque chose à soi (quand on a rien qui ne nous appartiennent vraiment et qui ne nous sera repris) mais de perdurer par cette supposée et prétendue permanence des biens matériels ce qui nous rassure et sécurise quand aussi et par eux il s'ajoute à l'inquiétude que nous pouvons avoir sur notre vie l'inquiétude que nous pouvons avoir sur nos biens. Si cela néanmoins peut rendre notre condition plus supportable que ne croyant pas au Paradis voulons un Paradis sur terre, ici et maintenant plutôt qu'un au-delà improbable, acceptons la propriété.

La propriété en tant qu'elle rassemble une communauté d'hommes sous un même toit ou sur une même terre, alors la grandeur de la propriété serait pareille à la grandeur du travail dont parle Saint Exupéry dans Terre des hommes:" La grandeur d'un métier est peut être, avant tout d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."

Combien de propriétaires en effet entourés des hauts murs de leurs propriétés y vivent comme dans une prison dorée et la propriété qui ne serait que prétexte à unir, à rassembler (sous un même toit et sur une même terre) ne fait que séparer et isoler les membres d'une même famille qui est la famille des hommes. Cette conception archaïque de la propriété fait plus de mal que la propriété elle-même, ce ne serait donc pas tant la propriété que l'idée que l'on se fait de la propriété qui nuirait à la relation humaine quand elle pourrait y contribuer. 

J'irais ici de mon exemple personnel que je voudrais aussi instructif que possible. Ainsi je voulais m'inclure: élargissant par là le cercle des vivants, à la propriété de ma femme défunte et c'était une proposition d'ouverture comme d'un projet de vie commun que je faisais à son frère quand il fallut me rendre à l'évidence qu'il répondait à cette conception archaïque de la propriété qui ne veut que les biens, l'exclusivité des biens, les biens à l'exclusion des hommes, sans doute n'avait-il pas lu comme moi Terre des hommes de Saint Exupéry, lecture donc à laquelle je le renvoie, lecture sans laquelle on ne peut imaginer possible l'élargissement de la famille humaine et la propriété comme un prétexte à inclure plutôt qu'à exclure, à motiver plutôt qu'à réduire la participation et la relation des hommes entre eux.


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