jeudi 16 août 2018

Des mots comme tromper qui nous trompent


De tous ceux qui pensent la langue : les linguistes et catéchistes en tout genre, pieux ou laïques, je me targue d'être le premier à vous en parler comme je vais vous en parler, c'est-à-dire pas en bien, car ils ne sont que louanges. Ils lui rendent leur tribut, moi je ne lui doit rien: ni émoluments, ni titres ronflants.

Cette langue vieillotte qui n'est bonne qu'à véhiculer des valeurs vieillottes c'est par elle qu'on pense. Il n'y aura d'homme nouveau et de pensée nouvelle que si l'on repense la langue. Pour qu'à son tour elle nous amène à penser différemment. Car elle n'est pas neutre. Car elle n'est pas indifférente à notre manière de penser. Mais peut-être notre manière de pensée a évoluée mais pas notre langue. Alors ça coince. Excusez ce ton peu professoral, je ne suis le professeur de personne, et je vais même parler de choses triviales, voire vulgaires, mais qui font la vie de l'homme ordinaire.

« Elle m'a trompé » dit l'homme que la femme a quitté pour un autre. Or on n'entend par tromper faire croire à quelqu'un quelque chose qui n'est pas vrai. Certes, elle a couché avec lui mais il n'était pas entendu qu'elle ne couche pas avec un autre que lui. Cette femme ne lui a rien laissé entendre ni croire (je parle de ce cas précis) elle a seulement couché avec lui, et voilà que, par ce qu'il apprend qu'elle a couché avec un autre, il dit : « Elle m'a trompé ». Excusez moi du peu, mais s'il avait couché avec une pute il ne dirait pas : elle m'a trompé parce que cette pute est allé couché avec un autre. Le paradoxe, le comble de la chose, c'est qu'il ira même jusqu'à dire de cette femme que c'est une pute, alors qu'à la pute il ne lui aurait rien dit et que c'est bien cela qui la distingue de la pute : à la pute il ne lui aurait pas dit : tu m'as trompé.

Il se croit avoir des droits sur cette femme qui n'est pas une pute, qu'il n'a même pas payé pour coucher, c'est à cela que je veux en venir, c'est à cette valeur sous entendue que véhicule la langue et c'est le mot tromper qui le trompe pas la femme ; le mot tromper qui lui fait croire qu'il a des droits sur cette femme, cette femme je le répète qui ne lui a cependant rien laissé entendre ni croire. C'est cette langue qui le trompe avec le mot tromper. Et ce n'est pas qu'il soit employer à tort, ce n'est pas que ce soit une incorrection que de l'employer ici. C'est qu'il n'est pas neutre. C'est qu'il n'est pas objectif. C'est qu'il véhicule des valeurs qui sont obsolètes, des droits que l'homme croit encore avoir sur la femme et qui ne doivent leur pérennité qu'à l'usage de mots comme celui de tromper, mais qui sont démentis par les relations actuelles qu'entretiennent les hommes et les femmes qui n'éprouvent comme ultime barrière que celle d'une langue vieillotte, propre à véhiculer des valeurs vieillottes.

Et je me targue de vous parlez comme jamais on ne vous a parlé au nom d'aucun catéchiste, je ne suis pas non plus féministe, seulement en butte avec une langue qui voudrait m'amener à penser comme il ne nous est plus donner de penser à nous les hommes ordinaires qui voulons avoir des relations ordinaires avec des femmes ordinaires. Bon, parlons maintenant du mot ordinaire et de ce qu'il véhicule. Ah, voilà que je prends un ton docte. Non, basta, c'est toute la langue qu'il faudrait passer au peigne fin, cette langue vieillotte qui véhicule des valeurs vieillottes. Aux spécialistes de le faire, aux istes en tout genre, aux laudateurs en tout genre. Non, n'attendez pas cela d'eux, ils ne diront jamais rien de mal : la langue est leur gagne-pain. C'est à l'homme ordinaire qui déjà par ces actes la bafoue, la transgresse, de trouver les mots correspondant à son mode de penser actuel et de ne pas rester prisonnier de mots véhiculant des valeurs vieillottes, l'enfermant dans une pensée vieillotte, des mots comme tromper qui nous trompent.



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