Michel
Serres, mon adversaire a posé sur la table ton livre :
C'était mieux avant. Il a eu
juste le temps de m'en parler un peu avant de commencer la partie
d'échecs. Et je n'ai pas eu le temps de lui répondre, c'est-à-dire
de te répondre à toi Michel Serres. Il faut savoir silence garder
pendant une partie d'échecs et peut-être aussi dans la vie. Mais je
vais enfreindre cette loi. Je l'ai toujours enfreinte et pris plein
la gueule. Mais toi Michel Serres tu te permets ce coup de gueule.
C'est ce que m'a dit mon adversaire avant de jouer : que c'était
un coup de gueule contre tous ceux qui disent et pensent :
c'était mieux avant.
Michel
Serres, grand universitaire, sait que l'âge d'or est un mythe et je
m'en réjouis. Mon adversaire né en 1949 grâce à toi Michel Serres
ne tombera pas dans la nostalgie, dans le c'était mieux avant, en
tout cas plus si facilement, et je m'en réjouis. Mais, nonobstant,
comme disent les Suisses, j'aurais moi qui ne t'ai pas lu quelque
chose à te dire.
Michel
Serres, ne m'en veux pas de ne t'avoir pas lu, et dit plutôt
heureusement que je ne t'ai pas lu, sinon, comme mon adversaire, je
serais tombé dans les mailles du filet, du filet de ta pensée.
Souvent Michel Serres je suis passé entre les mailles du filet et je
m'en réjouis. A défaut de tous ceux qui ont grossi, prospéré entre les mailles du filet. A défaut de tous ceux qui ont crû et
continueront à croître entre les mailles du filet, j'ai échappé à
l'emprise de ta pensée et de celle de tous ceux qui de leurs mains
agiles ont cousu avec beaucoup d'esprit et de technique avérée, les
filets de la pensée où d'autres vivent enserrés.
Michel
Serres, nonobstant, comme disent les Suisses, à toi et les tiens je
dois la vie, sinon au lieu de parler je serais mort étouffé
(quoiqu'il m'étonnerait beaucoup que mes paroles me survivent et ne
meurent pas étouffées) mais toi et les tiens Michel Serres n'ont pas
trop serré les mailles du filet laissant ainsi échapper ceux qui
ne seront pas pris, prisonnier de la pensée d'autrui, et je m'en
réjouis. Mais nonobstant, comme disent les Suisses, j'aurais moi qui
ne t'ai pas lu (et heureusement que je ne t'ai pas lu) quelque chose
à te dire.
Michel
Serres, ce n'est pas que tu sois mon adversaire, et mon adversaire
était un brave homme, comme tu dois l'être certainement, et pour
cela même certainement il te lisait. Comprends moi, Michel Serres,
je me suis trop souvent pris dans les filets et c'est aux filets que
j'en veux. C'est que je suis un bien petit poisson mais il m'arrive
quand même et encore de me prendre dans les filets. Comprends moi,
Michel Serres, je ne veux plus me faire prendre dans les filets,
quelque soit le filet, quelque soit la main, pleine d'esprit et de
finesse et de délicatesse, qui l'a cousu, même si c'est la tienne
Michel Serres.
Michel
Serres, c'était mieux avant. C'était mieux avant quand les
ménagères n'avaient pas de machine à laver et pouvaient discuter
entre elles au lavoir et qu'on pouvait les y voir. C'était mieux
avant, quand j'allais à la piscine et que j'étais presque le seul
au milieu du bassin, comme un poisson dans l'eau, je nageais libre de
m'ébattre comme je voulais. C'était mieux avant qu'il n'y ait de
répondeur, quand on avait un interlocuteur sur qui crier notre
mécontentement, C'était mieux avant quand le médecin, quand
l'infirmière prenaient le temps d'échanger avec le malade, et l'aide
soignant de lui donner à manger. C'était mieux avant quand il y
avait plus d'oxygène partout et que l'on respirait mieux partout. Et j'en
passe. Et j'en passe. C'était mieux avant, Michel Serres.
Michel
Serres, c'était mieux avant. Et je te laisse maintenant tirer les nombreux exemples de ton vécu certainement plus vécu que le
mien. Michel Serres, c'était mieux avant. Et je te laisse maintenant
tirer les nombreux exemples qui viennent à ton esprit, un esprit plus riche et plus vaste que le mien. Mais oublies l'université, mais oublies
les mailles du filet. Michel Serres, c'était mieux avant.
Bonjour Philippe, je crois bien qu'il faudra que je prenne le temps de revenir de temps à autre, sur ces lectures qui m'ont l'air bien stimulantes pour l'esprit, mais sans attendre cette échéance aléatoire, j'aimerais vous offrir un accès gratuit à mon premier film long métrage qui, j'espère, pourra aussi, sans prétentions, attiser votre plume ou vos pensées qui semblent bien créatives!
RépondreSupprimersur la plateforme Vimeo, il suffit de cliquer sur ce lien, et vous verrez apparaître le code promo-LLJ, bonne inspiration et bonne semaine à vous!
https://vimeo.com/r/2CJM/bUlHNzFEdj
Alexandre