Celui qui
sauve la vie d'un homme doit se dire qu'il sauve la vie d'un animal
nuisible et que s'il pense faire le bien, en sauvant la vie de cet
homme il fait le bien et le mal. Qu'il y a eu plus d'un bon
Samaritain et que l'humanité n'en a pas été sauvé pour autant.
S'il est
trompé c'est qu'il s'est trompé sur l'homme. Non ! Il se peut
que l'homme qu'il sauve soit bon. On dit d'un homme qu'il est bon
quand il est bon pour sa famille, pour les siens. Et je connais
beaucoup d'hommes bons. Et l'humanité a connu beaucoup d'hommes bons
qui ont commis des atrocités.
Ce qui le
trompe encore c'est de penser : j'ai permis à cet homme de se
loger, de se nourrir, enfin de vivre ; comme si la vie d'un
homme se limitait à manger et dormir quand il lui faut encore nuire,
c'est un animal nuisible.
Il faut
encore s'entendre sur la définition d'un animal nuisible car
celle-ci est éminemment suggestive et arbitraire, sûrement autant
que celle de l'homme bon. Car celui qui sauve la vie d'un homme pense
sauver la vie d'un homme bon, pas d'un animal nuisible. Car de là où
il se place c'est comme çà qu'il lui apparaît : bon et pas
nuisible.
De là où
il se place mais pas de partout parce que l'homme n'est pas partout
le même, ou plutôt, il est partout le même, mais selon où l'on se
place on le voit de façon différente et c'est cela qui trompe notre
bon Samaritain qui pense sauver un homme bon et pas un animal
nuisible quand il sauve les deux en un ; quand il pense faire le
bien et fait le bien et le mal.
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