C'est nouveau que je regarde les couleurs de la vie qui sont les couleurs de la vie finissante et c'est la couleur du feuillage des arbres en automne que je trouve jaunissante et attendrissante et je trouve aussi que je pleure plus facilement qu'avant en voyant un film émouvant; en disant tout cela je ne fais que dresser mon portrait au moral qui donne un peu mon âge.
Parce qu'à me voir on dit que je ne fais pas mon âge et c'est mon portrait physique qui serait encore avantageux si j'avais à le dresser, mais je me connais et j'ai mes fatigues et j'ai mes petites douleurs qui viendraient aussi un peu le contrarier en me contrariant de plus en plus souvent, maintenant ça ne se voit pas mais je gage que cela se verra de plus en plus avec le temps qui passe également pour moi.
Et c'est le temps qui passe et moi qui passe avec le temps comme emporté par le courant de la vie qui se fait de plus en plus rapide et de plus en plus insistant tandis que je le vois de plus en plus lent et c'est que j'y suis depuis longtemps dedans tout emporté n'en sentant même plus la durée, comme on peut être habitué à ses petites douleurs d'homme vieillissant on peut s'habituer au temps à la longue jusqu'à ne plus le sentir passer.
Quand je pense aux fruits de l'automne je me retourne et ce retour lui-même m'est suspect vers mon enfance normande et je retrouve la châtaigne, la noix fraîche et la noisette que j'ai cependant du mal à concevoir comme des fruits sinon des fruits secs et je ne peux alors m'empêcher aussi de penser aux fruits de l'esprit plus qu'à ceux du corps ou qui ne seraient engendrés que par l'esprit et ne seraient plus si charnels.
Et c'est avant les rigueurs de l'âge tout pareil aux rigueurs de l'hivers un peu de douceur, de bienveillance et de clémence du temps, et si fini la frivolité vive la bénignité, et avant qu'aussi la table soit desservie apprécier la belle nape blanche immaculée qui efface le paysage comme aussi la grisaille et donne une belle lumière blanche presque irréelle, car c'est plus loin que l'enfance, qui sait, qu'on voyage avec elle.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire