vendredi 30 octobre 2026

Le courant de la vie


Certes, on est entrainé par le courant de la vie mais on ne peut pour autant se laisser aller comme un objet, un corps à la dérive; il ne peut y avoir d'être sans volonté d'être; et c'est pourquoi l'on parle de l'être parce que l'être veut être, veut être et non avoir, c'est ce qui le trompe, c'est la société qui veut avoir, la société qui l'estime à son avoir, quand l'être ne devrait pouvoir s'estimer qu'à son être.

Aussi le courant de la vie n'est pas plus pernicieux que le courant de la société qui fait dériver l'être vers l'avoir, lui fait perdre son être dans l'avoir, le perd à lui-même, aussi est celui qui court après l'avoir, aussi il faut travailler à l'être et non pas à l'avoir, et quand la société privilégie le travail de l'avoir sur le travail de l'être, l'être doit privilégier le travail de l'être sur le travail de l'avoir.

Certes, le courant de la vie entraine l'être et tout son avoir mais par un travail de rétention, de contention, il peut non pas retenir et contenir la vie mais retenir et contenir son être. Le travail de l'être est en cela et pour cela un travail de réflexion, de réflexion sur lui même l'être et non pas sur la vie, et encore moins sur l'avoir; tous les deux ne font que le faire dériver, dévier de l'être.

Cette dérive de l'être qu'on peut dire aussi déviance de l'être fait qu'il ne s'y retrouve plus, qu'il est et se sent un être perdu, et il l'est en effet dans le flot de la vie comme dans le cours de la société; l'être qui ne peut saisir ni l'eau dans son cours ni la société dans son progrès peut cependant se saisir lui même, ce qui est se ressaisir, mais ceci ne peut se faire que par un travail de réflexion.

Ne voudrait pas lui en laisser le temps le courant de plus en plus rapide qui l'entraine, de plus en plus rapide et de plus en plus artificiel, car de moins en moins celui de la vie pour être celui de la société. Il ne faudrait pas non plus voir là une volonté de quelques êtres sur d'autres êtres car la volonté de l'être est d'être, c'est à quoi il est appelé.

Mais dans le vacarme assourdissant que fait le flot impétueux et ininterrompu de la société il, lui l'être, n'entendrait plus cet appel de l'être, que celui de l'avoir qui est celui de la société; et dans sa confusion et perdition ne ferait plus la différence entre les deux qui l'entrainent également et irréversiblement à la mort, quand tandis que l'un ferait de lui un mort vivant, il rejetterait l'autre la vie et sa mort naturelle.  

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