Comme les œuvres de l'art se combinent à l'œuvre de l'amour c'est ce qu'il faudrait démêler en regard de cette visite au château de Chantilly où munis de nos deux billets nous fîmes irruption comme l'amour faisait en nous irruption tant on aurait dit que les deux œuvraient ou concourraient en même temps et c'était sans doute à l'élévation de notre âme.
Car déjà nous ne nous appartenions plus tandis que nous nous ouvrions l'un à l'autre et l'un et l'autre à plus grand que nous que l'on pourrait appeler l'art ou l'amour, car aux deux nous aurions été appelé d'une même voix souple et douce qu'on aurait dit un souffle et le plus souple et doux des souffles et seul à nous tirer vers le haut qu'on appelle inspiration.
Et je crois en effet qu'on avait été bien inspirés de se trouver en ces lieux où nos âmes, où notre cœur, semblaient également motivés à recevoir toute cette beauté qui était à la fois en nous et hors de nous. Nous aurions pu faire parti du cadre, de tous les cadres que nous voyions comme de celui où nous étions qui parlait d'une autre époque à la nôtre.
Car nous étions plus que jamais capables d'y voir ce qu'il y avait d'éternel ou d'immortel, et c'était l'art et c'était l'amour, l'amour qui ne pouvait que concourir à tout art, et l'art qui ne pouvait que servir tout amour; aussi nous passions des œuvres d'art à nous qui nous aimions et de nous qui nous aimions aux œuvres d'art.
Nous nous y confondions et nous y étions confondus. A part nous il y avait bien du monde mais plus dans la confrontation. La couleur de notre amour ou la couleur des œuvres d'art avait changé à nos yeux la couleur du monde et notre relation sa relation. Partout en nous et autour de nous la beauté rayonnait et partout la tristesse s'était effacée comme par enchantement.
Et c'était du sol au plafond que tout était beau, quant aux murs ils étaient aussi tapissés de beautés auxquelles, chose rare, sans y être initiés nous avions accès, à croire que l'amour nous avait ouvert les portes de l'art et nous aurions voulus nous asseoir sans y être invités, mais ne nous y sentions nous pas invités, à cette longue table où assiettes et couverts d'une autre époque étaient aussi posées pour la nôtre.
Et nous nous buvions à longs traits comme nous aurions bus à la table des rois car nos sentiments étaient nobles et nos corps avaient faim de mets délicieux, exquis, comme il ne peut en être servis qu'à la table des rois. Que nous soyons de la plèbe importait peu. Certes, il avait fallu payer à l'entrée mais le prix était modeste en considération du milieu noble où nous avions accès qui n'était autre que celui de l'amour et de l'art.
Sans doute les avions nous confondus où en eux nous étions nous confondus et passions sans trop les voir comme l'on ne voit pas trop ce qui se passe en nous mais s'en émerveille et cet émerveillement est bien celui de l'amour aussi que de l'art, aucun que l'on puisse jamais prétendre posséder mais bien par eux être traversés pour ne pas dire transpercés comme par la pointe de ces épées au tournant d'une galerie.
Nous pouvions être saisi par la beauté d'un tableau, touchée par elle, comme nous pouvions être saisi et touché par nous mêmes, ce que nous faisions et ne nous paru pas en ces lieux sacrilège tant ils semblaient appelés à l'amour comme à l'art; et les faux derrières et le frou-frou des longues robes des courtisanes bruissaient à nos oreilles tandis que l'on voyait et peint et sculpter les contes et les princes.
Nous nous rendions maitres des lieux en l'absence des maitres des lieux, et à nos ravissements comme ils avaient été à leurs ravissements, et ils y concouraient autant qu'ils pouvaient y concourir, et c'était à travers l'art comme à travers l'amour que nous nous portions comme de l'amour qu'ils s'étaient portés et dont tout l'air que nous respirions, que nous étions peut-être seuls à respirer, s'était empli et aspirions.
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