dimanche 12 juillet 2026

Nos idoles


Si nous nous regardions de bien au-dessus de nous combien misérables pourrions nous apparaitre à nos propres yeux de sorte que le suicide resterait la solution la plus enviable pour mettre fin à ce triste sort aussi qu'à cet enfermement en ce soi-même dont nous ne pouvons sortir autrement qu'en nous prenant de haut ce que nous n'acceptons de personne d'autre.

Aussi les plus lucides d'entre nous seraient les plus malheureux d'entre nous et si je considère la famille des humains et ses piètres manigances je me sens envahi par une immense tristesse car je sais plus intelligent que moi mais pas meilleur que moi et que cette intelligence même n'est que petitesses et bassesses dans son exercice parce que jamais je ne lui ai vu et connu de louables desseins.

Pourtant mon parti pris reste celui de l'homme parce que la société qui a voulu l'élever au-dessus de sa condition n'a fait que l'abaisser au-dessous de sa condition, que l'avilir, que l'aliéner, que de faire de la famille un panier de crabes que l'on compare trop à la nation si ce n'est que la nation et ses représentants le sont d'abord d'une famille plus étroite dont ils auraient gardés l'étroitesse d'esprit au lieu de s'ouvrir au monde.

Et ce regard de bien au-dessus d'eux ne peut être que celui d'un dieu et c'est en cela qu'il manquera toujours un dieu aux hommes pour que leur grandeur qui n'est que petitesse ne les perdent pas, qui est qu'ils ne se perdent pas eux-mêmes en se voyant plus grands qu'ils ne sont et c'est en le plaçant bien au-dessus d'eux ce dieu qui n'a pas d'autre existence sinon de leur en communiquer une plus louable que la leur.

On pourrait voir là plus que la crédulité la sagesse des Anciens d'avoir placé des dieux bien au-dessus d'eux plutôt que de prendre leur place qui est de faire des idoles car c'est l'idolâtrie que les religions ont combattu. Il y aurait alors un recul dans cette avancée de la civilisation qui ne place plus de dieux bien au-dessus d'elle mais aussi plus l'homme au centre du monde.

Mais alors il ne s'agit plus du monde des hommes s'ils n'y sont rien et ne peuvent rien en attendre n'y être motivés a être plus grands par ce qu'ils devinent de plus grand qu'eux et a être plus humbles aussi par ce qu'ils devinent de plus grand qu'eux. C'est encore un sentiment que nous donneraient les montagnes et l'immensité du ciel si nous ne regardions plutôt et fixement nos petits écrans d'où surgissent comme d'ultimes reliques d'un temps que nous ne comprenons plus (parce qu'il ne nous comprend plus) nos idoles.

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