samedi 11 juillet 2026

Le parti pris des vieux


Parce que la société a pris le parti des jeunes en lequel elle veut voir son propre avenir, ce qui est ne pas mourir, et parce que c'est le plus facile et qu'y ajouter n'y ajouterait rien je vais prendre le parti des vieux et dire que chez les vieux on doit déjà vénérer qu'ils soient vieux et c'est en quoi l'on parle d'un âge vénérable qui en aucun cas puisse être celui de ceux qui viennent de naître.

Mes amis Kanak de Nouvelle Calédonie vénéraient les Anciens et je crois me souvenir qu'ils me parlaient avec des trémolos dans la voix des vieux de la tribu qui souvent ne devaient cette vénération qu'à leur âge avancé. Si l'on voit comparativement ce qu'il en est de nos vieux abandonnés à eux mêmes ou dans des maisons de retraite on comprend combien l'avancée de notre civilisation ne semble pas être celle de l'homme.

Les vieux cons chantait Brassens et il semble qu'ils ne soient pas considérés autrement et leur dite expérience ne serait que la somme des erreurs qu'ils auraient commissent et ne profiterait à personne. Un de mes amis plus très jeune me disait cependant que la connaissance de l'Histoire avec un grand H servirait à minima à ce qu'on ne la répète pas, aussi pourrait-on en dire de l'histoire avec un petit h, celle de chacun de nos vieux.

Qui est allé au collège (et qui n'est pas allé au collège?) sait que s'il a aimé tel enseignant il a aimé aussi la matière que tel enseignant enseignait et vis versa. Les Anciens parlaient de passeurs, et si tout le monde n'a pas les mêmes passeurs je ne pourrais jamais dire que mon ordinateur ou l'intelligence artificielle ait été pour moi un passeur. On oublierait cependant que le savoir humain passe par l'humain.

L'homme a besoin de l'homme et la société qui n'en a pas besoin ou le prétend se déshumanise. Ainsi en est-il de la société qui pense pouvoir se passer de ses vieux. S'il y avait une jeunesse qui se sentait inutile il y aurait aujourd'hui une vieillesse qui se sentirait de plus en plus inutile ou, ce qui revient au même, de moins en moins écouté, et c'est un fait de société, et c'est la société qui écoute de moins en moins l'homme.

CITATION

Je lis dans Meditaciones del Quijote d'Ortega y Gasset: "el progreso intelectual de nuestro espiritu marcha a brincos y no en linea continua y que sus crecimientos momentaneos se originan en empujones emocionales" En deux mots pour apprendre il faut passer par l'émotion et l'admiration, sentiments que seul l'humain peut procurer à un autre humain.

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