mercredi 15 juillet 2026

La médiocrité


Ce que me donne la richesse, et je m'estime sans doute riche pour bien peu, c'est de ne pas avoir à compter plutôt que de me mettre à compter, ce qui est capitaliser, non plus qu'à dépenser sans compter, ce qui serait très vite avoir de nouveau à compter. L'argent m'accorderait vis à vis de l'argent une dispense, la santé financière pourrait nous donner une dispense comme la santé physique nous dispenser de sport parce qu'aussi le sport est dépense physique outrancière.

Je jouis (et je dis jouir et non pas posséder) d'un capital comme je peux jouir de ma santé, de mon capital santé. Il me faut aussi chercher à ne pas lui nuire tout en me disant qu'il est comme la vie fait pour passer, c'est-à-dire non plus chercher à trop le retenir. Mais ma vie est simple et je ne veux pas aussi qu'il la complique. Vivre simplement est vivre sainement et je n'ai jamais vécu autrement. Mes livres sont fait pour être lus comme ma vie pour être vécue aussi cela me retient de posséder une riche bibliothèque qui est bien la seule chose que je pourrais vouloir acquérir, mais je n'aurais assez de toute ma vie pour la lire, alors à quoi bon.

Je pourrais bien aussi aller au théâtre lyrique, c'est comme cela que j'appelle l'opéra, mais je n'ai déjà pas goût pour le théâtre tout court; délaisser l'exercice en plein air qui est ce à quoi je m'adonne quoique de plus en plus rarement pour me mettre au golf mais ce serait encore satisfaire à des goûts ou plaisirs qui ne sont pas en moi, sans doute n'y ai-je pas été instruit ou éduqué et rien ne m'y pousse qui vienne de moi. Devrais-je alors me délaisser, ce qui est perdre cet attachement que j'ai pour moi, pour m'attacher à la société qui serait celle des riches et du golf et du théâtre lyrique parce que je n'en connais pas d'autre dont on veuille se prévaloir.

L'ataraxie. Je tiens ce mot des Grecs. Les Grecs pour qui être heureux serait ne pas souffrir. Fini les soucis d'argent quand ils ne pourraient qu'avec l'argent commencer. Si j'ai connu les soucis et la crainte de celui qui vient à manquer je ne voudrais pas connaître maintenant les soucis de qui a à se préoccuper pour son argent. Les banquiers m'emmerdent aussi que les assureurs. Ma vie n'est pas assurée et ne le sera jamais parce que je suis mortel, condition contre laquelle ils ne peuvent rien, pas plus que n'y peut tout l'argent du monde. D'avoir de l'argent peut seulement me rendre plus dure l'idée de mourir si je considère que la vie sourit davantage à qui à de l'argent qu'à qui n'en a pas.

Mais c'est une mauvaise habitude que d'apprendre à vivre richement, habitude que je n'aurais peut-être pas le temps de contracter, pour cela qu'elle nous prépare moins à mourir alors que j'y étais en ce qui me concerne fin prêt; rien à perdre comme on dit quand on a que la vie à perdre, et je crois pouvoir encore ajouter parce que les êtres qui m'étaient chers je les avais déjà perdus et comme on le sait l'argent ne peut pas tout acheter pour ne pas dire rien acheter quand tout ce qui compte vraiment ce n'est pas l'argent mais l'amour et la vie.

Ou en viendrais-je à penser l'inverse: que tout ce qui compte vraiment c'est l'argent comme cette réplique dans un film: "vous ne saurez jamais ce que l'argent vous apporte" Finirais-je donc par le savoir? Je ne suis pas sûr de le vouloir comme je ne suis pas sûr d'avoir jamais voulu l'argent mais une chose est sûr c'est que l'on est vite accroc, que l'on ne peut plus s'en passer quand on y goûte trop, mais en ce qui me concerne je n'y ai goûté que trop peu et entend garder avec lui mes distances ne changeant pas un iota a ma vie d'avant qui n'était pas riche mais qui n'était pas pauvre non plus, et je crois qu'Horace avant moi avait loué la médiocrité.

NB

Aurea mediocritas: expression latine qui désigne l'idéal d'une vie équilibrée, située entre les excès et les privations. Employée par le poète romain Horace au premier siècle avant J. Christ, elle est généralement traduite par juste milieu ou médiocrité dorée.

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