mardi 14 juillet 2026

Plus d'appelés


Qui a fait l'expérience du service militaire obligatoire a fait l'expérience du pouvoir absolu qui est aussi celui que l'on peut rejeter de la manière la plus absolue. Plus de service militaire plus de pouvoir absolu. Non pas. S'il y a toujours une armée. Seulement tout le monde n'en fait plus l'expérience quand tout le monde fait encore l'expérience du pouvoir économique rendu seul coupable d'injustices et d'inégalités, mais c'est mal connaître la réalité du pouvoir et son exercice qui est d'abord et avant tout un exercice de force.

On ferait donc depuis la fin du service militaire obligatoire davantage l'expérience du pouvoir économique que du pouvoir politique qui ne résiste pourtant pas toujours à l'emploi de la force armée; et sans doute partage t-on aussi plus le pouvoir économique pour si peu qu'on le partage que le pouvoir politique en ce qu'il a de plus absolu et pour autant de moins démocratique. Et l'impression qu'on le partage par le vote et non qu'on le subit de manière aussi forte et absolu que par l'accomplissement du service militaire obligatoire.

C'est une soumission totale qui est exigée de chacun, de l'esprit de chacun -- aux ordres ou commandements qui ne souffrent aucune contestation et encore moins de refus ou d'avis contraire, c'est-à-dire d'être contrarié, il ne s'agit pas là d'un régime parlementaire et encore moins contestataire -- mais surtout du corps de chacun marchant au pas et que de contraintes allant parfois jusqu'à la contrainte par corps.

C'était un adjudant chef qui m'arracha un livre des mains que je mis par terre parce que je voulais récupérer mon livre qu'il n'avait aucun droit de me prendre ainsi de la manière forte. Mais c'était sans compter que j'étais un simple appelé quand il était un militaire de carrière et un gradé. Il n'y a pas d'égalité devant la loi. On n'était pas en guerre mais on n'était pas non plus devant un tribunal civil. Je comparus devant un officier qui me signifia ma peine d'emprisonnement. Autant dire plus simplement qu'on m'envoya au trou et que j'eus à faire du "rab".

Les mauvais traitements. Il n'y a pas de mauvais traitements si tout le monde est traité à la même enseigne. Aussi personne ne peut s'en plaindre. Il se peut cependant que la société civile se soit adoucit quand la société militaire pas plus que la société religieuse n'aurait évoluée avec leur temps (du moins pas à la même vitesse). Et que les appelés étant appelés pour la plupart à retourner à la vie civile diraient des choses qui ne pourraient plus être entendues. Aussi pour que demeure l'armée comme institution au service d'un pouvoir absolu qui avec elle ne voudrait pas mourir, plus d'appelés. (il y aurait aussi de moins en moins d'appelés devant Dieu mais c'est une autre histoire comme disait le petit lion).

NB

Voilà ce qu'il m'aurait fallu savoir et en quoi la lecture des Propos d'Alain peut être profitable: "Car sur quoi règne t-il (César)? En apparence sur ces corps qu'il tire et pousse; en réalité sur des esprits faibles, qui ne savent point obéir sans approuver."

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