Le moi est haïssable, écrivait Michelet. Rien d'étonnant à cela: Michelet était historien et l'histoire de l'humanité n'est que l'histoire d'une longue détestation ou guerre contre le moi. Tout le monde s'en est pris et s'en prend encore au moi. Pourtant le moi c'est vous et moi, nous sommes le moi.
Mais nous le sommes indépendamment de tout et cela est impardonnable. Il n'y a pas de société du moi pas plus qu'il n'y a d'histoire du moi. Le moi ne connait pas plus ses parents qu'une probable naissance qui leur devrait ou qu'une mort qui viendrait. Le moi est ou n'est pas. Et il est seul. C'est l'être dans sa radicale solitude.
S'il y a bien une âme c'est le moi et quand on veut tuer le moi on veut tuer cette âme. Ce peut-être une belle âme mais elle peut aussi être noire, aussi peut-être est-ce ainsi comment Michelet l'a vu quand il écrivit le moi est haïssable. Car c'est elle qui anime la chair de ses passions, de ses désirs, de son vouloir qui est le vouloir être.
Il n'y a pas d'étude du moi. Bien que les psychologues et les sociologues aient voulu l'investir jamais ils n'ont dit que c'était moi ou que c'étaient vous le moi, absolument vous, totalement vous, qui n'êtes pas la société mais le moi dans cette radicale solitude de l'être que vous connaissez tout autant que moi. Et la négation du moi n'est rien d'autre que le rejet de cet intrus: l'être.
Sa présence dans le groupe est toujours intrusive jusqu'à ce qu'il s'adapte au groupe, soit le groupe, quand le moi par définition est l'être dans sa radicale solitude et qui par conséquence ne peut que se perdre dans le groupe d'où la détestation et la guerre de toujours contre le moi, d'où le moi est haïssable pour le groupe, et combien n'y a t-il pas de représentants du groupe comme Michelet, tous ennemis du moi.
Le moi doit abdiquer en faveur du groupe, on veut qu'il fasse corps, mais si le moi est l'âme du groupe, mais s'il ne peut y avoir d'autre âme du groupe que le moi, on devrait y réfléchir à deux fois avant de vouloir tuer le moi, car c'est alors à un groupe sans âme que l'on aura affaire, comme cela s'est vu à maintes reprises dans l'histoire de l'humanité.
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