dimanche 14 juin 2026

Le moi en perdition


Il y a perdition et déperdition du moi. Contrairement à ce que l'on pense de la montée de l'individualisme forcené à moins qu'il ne s'agisse d'un individu sans âme, c'est-à-dire sans moi, un individu dépersonnalisé, parce que ce ne serait plus lui qui penserait mais la société à travers lui.

Qui peut encore prétendre penser par lui-même et ne pas répéter ce que l'on dit, par exemple aux actualités, ni n'avoir les opinions de tout le monde qui sont les opinions de personne en particulier. Si tout ce que l'on fait c'est ce que les gens font. Si tout ce que l'on dit c'est ce que les gens disent. Comment peut-on encore parler d'individualisme? De quel individu parle t-on? D'un individu sans moi, d'un individu sans âme.

Et c'est une aberration que de croire à une âme collective ou nationale puisqu'il n'y a pas d'autre âme que le moi, âme humaine par excellence, en dehors de laquelle par conséquent il n'y a pas d'humanité sinon une humanité sans âme. Aussi on pourrait se féliciter qu'il n'y ait plus de censure dans notre société si l'on ne se posait encore la question de savoir à qui s'adressait la censure sinon à celui qui ne pensait pas ou ne priait pas comme tout le monde: l'hérétique; et l'hérétique dans notre société n'est-il pas le moi? Et le moi ne l'a t-on pas éradiqué?

Sinon franchement émoussé ce qui pouvait y avoir en lui de piquant ou de saillant, tout trait distinctif du moi devant s'effacer au nom de la société avec ou sans dieu mais toujours sans âme puisque se voyant privée du moi elle se voit privée d'âme, pour ne pas dire d'humanité, car comment pourrait-on imaginer une humanité sans moi, le moi que je suis comme le moi que vous êtes comme le moi que nous sommes indispensable à toute humanité où nous serions, où le moi serait.

Aussi ce n'est pas le chemin que l'on prend à toujours faire dans le social, à vouloir toujours plus de social, qui rendra la société plus humaine sinon plus société et dépendance du moi (non indépendance du moi seul condition d'existence du moi), mais en injectant ou en réinjectant le moi ou du moi, pensant par lui-même, agissant par lui-même, en commençant par dire ce qu'il pense et non ce que les gens pensent, ce que la société pense, qui est ce qu'il est amené à penser et dispense pour autant toute censure car ne se démarquant pas d'elle, la société, d'eux les gens, quand son retour, celui de la censure, signalerait le retour du moi, toujours hérétique parce qu'humain, parce qu'ayant une âme, c'est-à-dire un moi, le moi, en contre de qui va toujours la société.

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