jeudi 11 juin 2026

L' esprit de sacrifice


Je crois qu'il faut être philosophe un peu mais pas trop et que ceux qui ont été philosophe un peu mais pas trop ont été sages et que ces sages sont ceux que l'on a appelé les sages de l'Antiquité et que d'eux découle en partie ce que l'on a appelé la sagesse populaire, tandis que ceux qui ont été philosophe au point de n'être rien d'autre que philosophe se sont enfermés eux mêmes aussi que dans des systèmes et dialectiques.

Dans le mot dialectique je ne peux m'empêcher d'entendre, et bien que je sache qu'il ne s'agit pas de cela, le mot dialecte et ces philosophes de la dialectique se sont aussi enfermés dans un dialecte qu'ils sont les seuls à parler plutôt que la langue commune pour ne pas dire populaire, c'est pourtant une de ces dialectiques que j'aimerais détourner de son dialecte et m'approprier moi le commun des mortels.

La dialectique du maître et de l'esclave, Hegel je crois fut l'un des premiers a en parler en ces termes, non, pas en ces termes, ni peut-être a en parler comme je vais en parler et c'est qu'à la fin de cette dialectique on ne sait plus qui est le maître et qui est l'esclave tant la dépendance est mutuelle et va jusqu'au point de s'inverser car le maître finit par dépendre de l'esclave.

Croyait-il pouvoir ainsi exonérer le maître d'être le maître et de se comporter en tant que tel et l'esclave d'accepter ainsi sa condition d'esclave en se disant qu'il n'est pas si esclave que cela et peut-être le véritable maître, ou croyait-il que cette prise de conscience pouvait l'amener à se libérer de ses chaînes; toujours en est-il que l'un il l'appela le maître tandis que l'autre il l'appela l'esclave.

Nietzsche pas moins tendre pour l'esclave parla de la morale de l'esclave qui se retrouverait dans la foi judéo chrétienne, une religion pour les faibles. Pour Hegel aussi l'esclave était celui qui avait refusé de mourir préférant se soumettre, et il n'avait pas encore là l'excuse de la religion qui serait selon Nietzsche l'excuse des faibles prônant un au-delà où les derniers seront les premiers.

Mais messieurs les philosophes l'esprit de sacrifice ne vient pas de vous et les anciens l'avaient déjà et les hommes n'ont pas attendu ni vous les philosophes ni les anciens pour se sacrifier, ni même les dieux, ni même un dieu, le Dieu des chrétiens. Encore aujourd'hui des parents se sacrifient pour leurs enfants. Certes le sacrifice n'est plus entendu de façon étendue alors même que l'on parle d'humanité.

Je connais un père qui pour sa fille fait des sacrifices mais ne comprendrait pas que l'on se sacrifie tous pour le meilleur de nos enfants à tous parce que cet enfant ne serait pas le sien mais celui de la classe dominante ou supérieure ou des maîtres, même si nos maîtres sont les meilleurs de nos enfants et méritent les titres et les honneurs.

Il faudrait parler également alors de la faillite des élites qui n'auraient pas compris qu'elles aussi doivent courir au sacrifice (plutôt que de se plaindre car elles aussi se plaignent) et ce serait celles des fils et des filles pour leurs parents sans condition, pour leurs parents pauvres comme pour leur parents riches. Il n'y aurait qu'un enfant (l'enfant de tous) et qui devrait répondre pour tous, l'humanité retrouvée.

Et l'on pourrait alors parler de solidarité humaine et serait dépassé, parce que la dialectique ne parle t-elle pas de dépassement des contradictions ou des contraires, le règne du maître et de l'esclave. Et tandis que tout le monde courait au sacrifice paradoxalement se tairaient tous ces gémissements autant sur sa condition de maitre que sur sa condition d'esclave car tous se sacrifieraient pour tous.

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