Ce que l'on s'est toujours efforcer de faire c'est de mettre les corps au travail et non pas les esprits au travail. D'un esprit qui travaille on dit qu'il est un esprit travaillé ce qui revient à dire un esprit dérangé. On n'en dit pas autant d'un homme dont on loue le travail, qui gagne sa vie à la sueur de son front. On louera aussi bien celui qui verse son sang. Le sang, la sueur, il s'agit bien du corps de l'homme et non pas de son esprit.
Qu'il mette son intelligence au service de la société on peut encore lui pardonner et la société mettra des institutions de chercheurs ou de créateurs en place pour qu'aucune créature ne lui échappe car si par le corps tout type d'appréhension et de répréhension est possible par l'esprit on pourrait davantage ou mieux lui échapper surtout par cette prétention de l'esprit a être libre, des "esprits libres".
Aussi il ne faut pas s'étonner que ce que l'on appelle la vie intérieure soit de plus en plus inexistante ou vide tandis que comme par un système de vases communicants la vie extérieure ou vie du corps subisse plutôt qu'elle ne profite d'un trop plein d'activités et s'épuise autant qu'elle s'hypertrophie comme un muscle trop sollicité tandis que la vie intérieure serait comme amorphe et atrophiée par le manque d'activité.
Il faut savoir que souvent un esprit dérangé l'est tout autant qu'il dérange et un esprit travaillé tout autant qu'il ne fait pas preuve de soumission mais de liberté dans son travail et c'est ce qui lui sera le plus reprochable et dommageable et cette forme libre, cette liberté de l'esprit jamais connu par le corps, ne méritera en aucun cas le nom de travail, reconnaissance due essentiellement à une certaine servilité dont il ne voudra pas faire les frais et ne pourra par conséquent pas toucher les dividendes.
Il n'empêche qu'il n'y a que par cette vie de l'esprit que l'homme peut se sentir exister en tant qu'homme et pas seulement en tant que bête de trait et qu'il ne doit pas rechigner davantage à la tache par l'esprit que par le corps, et que s'il ne lui est procuré que des taches extérieures il ne doit cesser pour autant de faire ne serait-ce que pour lui même ce travail intérieur qui est aussi conscience supérieure c'est-à-dire propre à l'homme en tant qu'il l'exerce, au cas contraire il ne peut prétendre être un homme.
Sois un homme mon fils! N'est-il pas surprenant que dans cette injonction et l'idée que l'on s'en fait il ne soit fait aucune référence ou allusion à une possible existence ou activité intérieure ou de l'esprit mais à toute existence ou activité extérieure ou du corps. Sois un homme mon fils reviendrait plutôt à dire: comporte toi comme un homme mon fils, travaille comme un homme mon fils, bats toi comme un homme mon fils. Quant à pense comme un homme mon fils qui viendrait en dernier (au cas ou l'on y pense en pensant à l'injonction) serait pense à ton travail, pense à ta famille, pense à ton pays… A aucun moment cela ne renverrait à une pensée intérieure mais toute tournée vers et sur l'extérieur.
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