samedi 9 mai 2026

Le temps de l'audiovisuel


Il est une forme d'existence que nous apprenons quand nous apprenons à lire et à écrire. Il se peut qu'elle vienne à nous quitter quand il ne nous est plus fait obligation de lire et d'écrire et si elle ne s'est pas inscrite assez fortement en nous pendant ces années d'apprentissages au point d'être lié à nous par le plaisir, car il n'y a que le plaisir qui nous tient.

Nous ne serions pas attachés autrement à notre langue qu'à notre corps, que parce qu'ils ont été pour nous sources de plaisirs. C'est pourquoi il se peut aussi que nous nous en détournions pour n'y trouver que contraintes et déplaisirs. C'est que le temps de l'apprentissage n'est pas tant celui du dur labeur mais de la découverte auquel doit succéder: celui de l'être.

Comme il y a celui de l'être dans son corps il y aurait celui de l'être dans la langue. C'est que l'être ne veut rien d'autre qu'être et si l'être est être de plaisir il ne veut pas non plus que le plaisir soit étranger à son existence. Le voilà donc notre être dans la langue et jouissant d'elle par les deux bouts on dirait s'il ne fait pas que lire mais qu'il écrit et qu'il ne fait pas qu'écrire mais qu'il lit.

Ce n'est pas faux qu'il soit dans un autre monde mais je dirais existence. Que sans avoir quitté ce monde ni avoir à le quitter il a appris à exister dans la langue et que ce seraient donc comme deux existences qui se le disputent; et je ne parle pas d'un être chimérique mais d'un être humain vivant au temps de l'écriture; mais je le dis peut-être parce que nous passons à un autre temps qui serait celui de l'audiovisuel. 

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