dimanche 10 mai 2026

La peur de la mort


J'ai un âge avancé aussi qu'un mal persistant il ne m'en faut pas davantage pour que la peur de la mort me saisisse. Et contre ça le médecin est sans remède qui ne peut que me rassurer provisoirement avant que j'ai a entendre, parce que souvent nous avons à l'entendre de la bouche du spécialiste, le verdict final, qui viendra à n'en pas douter trop tôt. Il n'est pour cela que de penser à La Fontaine et son Pauvre bûcheron qui appelle la mort. Elle vient sans tarder et il lui dit alors que c'est pour l'aider à recharger son bois, la belle affaire.

Sans savoir donc pour autant si je l'affronterais avec courage je peux cependant dire que d'occuper mon temps et mes pensées à l'étude, disons plus simplement ou humblement à la lecture, je m'oublie comme j'oublie mon mal qui aussi malgré qu'il demeure finit par ne plus m'inquiéter comme de m'inquiéter qu'il m'emporte un jour et c'est qu'il n'emportera rien puisque je suis tout à ce à quoi je me donne, qu'il n'y a rien de moi pour moi de signifiant ou d'important en dehors.

C'est aussi ce que ressent celui qui ressent de l'amour pour une tierce personne: que son existence a cessé de compter depuis que compte pour lui cette tierce personne; sans doute lui alloue t-il aussi tout son temps et toutes ses pensées; en dehors de cela on ne peut parler à juste titre d'amour mais d'envie de baiser et ce serait tout rapporter à l'animal, à l'espèce, sa reproduction, sa survie, ramener et réduire; si l'homme est disposé aujourd'hui a être ramené à la bête, libre à lui, mais qu'il sache que la bête a peur de mourir, et que c'est la bête qui en lui a peur de mourir.

A la télévision Le Titanic pas le film mais un reportage ou enquête fort bien documentée sur les naufragés, leur nombre, leur qualité… Au moment du naufrage et alors que tout le monde s'empressait sur le pont où on allait larguer les canots de sauvetage un radio continuait a émettre et, si je ne peux dire comme si de rien n'était, c'est parce que ce qu'il émettait étaient les signaux de détresse d'un navire en perdition; mais lui était tout à son affaire qui était de sauver des vies et tandis qu'il était ainsi occupé la peur semblait n'avoir pas prise sur lui et le temps s'être figé car le sentiment de l'urgence aussi l'aurait quitté.

Or ce sentiment de l'urgence n'est-ce pas celui que nous connaissons comme si nous étions tous sur un navire en perdition et quand bien même ce serait le cas il faudrait ajouter nous trouvant tous sur ce navire en perdition fort occupés de nous mêmes mais aussi assez désœuvrés comme sur ce navire; fort occupés de nous mêmes ce qui est tout à fait naturel mais d'autant plus que nous serions aussi assez désœuvrés, c'est-à-dire non investit dans une œuvre pas forcément transcendantale mais oui qui à fortiori ne peut être nous mêmes et oui aussi par conséquent indifférente à notre sort, mais si relevant plus d'elle que de nous mêmes alors nous voilà délivrés de la peur de la mort, du moins peut-on l'espérer.

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