mardi 19 mai 2026

La vie, l'amour, le jeu


A tout moment je peux décider d'arrêter mon histoire amoureuse, mais n'est-il pas aussi interdit de le faire que de se donner la mort car notre vie ne nous appartiendrait pas plus que notre vie amoureuse; parce qu'en s'empêchant d'aimer c'est aussi un autre être qu'on prive d'amour comme en s'empêchant de vivre tout court notre vie cesserait non seulement de nous profiter comme de profiter à tout autre que nous-même.

Aussi après Sylvie je ne pourrais pas renoncer à l'amour comme je ne peux pas renoncer à la vie, pas plus de suicide amoureux que de suicide tout court, car comme la vie coulerait en moi l'amour coulerait en moi et pour s'écouler hors de moi; on serait traversé par la vie comme on serait traversé par l'amour, tous deux indépendants de notre volonté.

En vain l'on dirait j'ai trop souffert je ne veux plus aimer ou vouloir en rester à notre meilleure réussite amoureuse ou succès amoureux et ne pas prendre le risque d'une défaite ou échec amoureux qui viendrait en contrebalancer les effets positifs et amoindrir notre confiance en nous même; mais ce serait sans compter sur le désir non pas forcément sexuel mais de jouer.

Le joueur d'échecs qui vient de gagner une partie ou de perdre une partie en jouera d'autres pousser par le désir de jouer; ne sommes nous pas ainsi porter par le désir de vivre comme par le désir d'aimer et pas seulement d'être aimé; qu'on ne me parle pas de survie de l'espèce, d'une ruse de la nécessité; nous sommes plutôt motivé par notre rapport ou relation à l'autre et le plaisir qu'on y trouve.

On peut jouer sur internet aux échecs comme on peut se masturber en allant sur un site pornographique. Si cela s'arrêtait là, notre besoin de gagner comme notre besoin biologique étant satisfait, nous devrions l'être tout à fait. Mais l'autre nous manque et l'on voit que c'est notre relation ou rapport à l'autre qui importe plus que de se satisfaire; nous ne serions pas si égoïste que nous le croyons.

Et si le ludique l'emportait sur le sérieux que l'on prête à la vie comme le hasard sur le déterminé car l'exemple du joueur n'est pas innocent aussi que la vie comme le jeu est créativité et imprévisibilité, et à sa part de mystère comme l'amour. Je ne sais rien de ce qui me fait aimer. En sais-je davantage de ce qui me fait vivre comme de ce qui me fait jouer aux échecs, que je perde ou que je gagne.

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