Mon ami a été reconnu et ce n'est pas la première fois. Avec lui la course à la reconnaissance m'apparait plus clairement. C'est qu'il faut deux éléments. On dirait plus simplement un point de départ et un point d'arrivée pour saisir cette course dans son entier.
Or très souvent mon ami se trouve être le point qui me manquait pour la bien comprendre et c'est le point d'arrivée: celui que l'on va reconnaitre. C'était bien toi à Jussieu à la fac de math où y a t-il un autre Roland Serac? C'était bien moi. On est pendant une marche pour seniors organisée par des seniors. Et la rencontre a lieu. Tu ne savais pas que j'étais amoureuse de toi car c'est bien toi, n'est-ce pas? Oui, c'est bien moi répond t-il penaud et qui sait si peu fier qu'on se souvienne de lui en ces termes aussi qu'embarrassé car s'il est l'élément reconnu, le point d'arrivée de toute reconnaissance il ne peut être à la fois le point de départ de cette reconnaissance qui serait alors réciproque.
La reconnaissance mutuelle n'aura pas lieu. Cela signifie non pas qu'elle n'est pas eu effectivement lieu mais que chacun se trouvant être à un point différent, soit le point de départ, soit le point d'arrivée, de cette reconnaissance, on ne peut pas vraiment parler de rencontre dans la reconnaissance mais bien de course où celui qui l'a emporté sur l'autre a emporté cette reconnaissance et qu'il sera bien le seul a en être gratifié de cette reconnaissance. Mon ami fort flatté aussi qu'embarrassé de se retrouver dans cette situation ou position ne manqua pas de reconnaitre à sa façon son interlocutrice, l'élément qui reconnait et qui n'ait jamais l'élément que l'on veut reconnaître puisqu'il se trouve au point de départ et non pas au point d'arrivée de toute reconnaissance.
L'on comprend aussi que l'un ne peut pas aller sans l'autre et cette intelligence de la relation que l'on ne voudrait pour rien au monde changer fait que le point d'arrivée ne puisse se désentendre complètement du point de départ sans risque de se commettre lui-même comme point d'arrivée; aussi mon ami eut pour lui, le point de départ, les égards et les attentions que l'on peut avoir pour un point de départ, à ne pas confondre bien entendu avec ceux qui lui étaient dû comme ils sont dû à tous points d'arrivée.
Faudrait-il mesurer notre réussite aux nombres de fois ou l'on a été ce point d'arrivée ou reconnu comme tel? Si cela est le cas mon ami aurait plutôt bien réussi sa vie. Je ne pourrais en dire autant et me vient à l'esprit le nombre de fois où j'ai pu reconnaitre quelqu'un qui n'a eu en retour pour moi qu'une satisfaction qu'il me faut bien dire dû essentiellement à la reconnaissance que j'avais de lui plus qu'à la reconnaissance qu'il avait de moi; et l'on voit bien alors qu'il ne s'agit pas de la même reconnaissance; que la reconnaissance du point de départ de la course à la reconnaissance ne rencontre pas dans le point d'arrivée de cette même course les mêmes signes de reconnaissance.
Ce qui a pour effet intéressant, à bien y réfléchir, de savoir à quel point de la course à la reconnaissance on se situe, de notre position qui serait par conséquent notre position dans la vie, notre position relative considérant que dans la vie il y a une course à la reconnaissance et que dans cette course comme dans toute course il y a un point de départ et un point d'arrivée, fait donc d'éléments ou de points de reconnaissance qui ne sont pas indifférents à l'endroit où ils se situent en cela qu'ils ont les sentiments et les pensées correspondantes que seul, à l'instar de mon ami, l'intelligence de la relation, que l'on peut appeler autrement le savoir vivre, permettent de tempérer et en tempérant d'assurer la continuité: que personne n'arrête pour autant de courir.
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