A son lecteur récalcitrant et pour plus d'honnêteté intellectuelle il jugeait utile de donner une suite: c'est qu'il n'avait pas évoqué toutes les raisons qui faisaient que son entrée dans las Tres lindas cubanas lui résultait difficile et c'était qu'en même temps qu'il lisait il n'était pas sans se remémorer des souvenirs de cette île qui n'étaient pas les siens mais pas non plus ceux de Gonzalo Celorio l'auteur des Tres lindas Cubanas.
Dans les services de sécurité de la RATP localisés à Gare de Lyon et en sous sol il y avait une grande salle où étaient impartis des cours de gym à l'ensemble du personnel des bureaux du siège social de l'entreprise. Les services de sécurité connus alors sous le nom du GIPR comptaient parmi eux des sportifs de haut niveau dont il faisait parti.
C'était le plus "alegre" d'entre eux ou festif, festif et vif; un petit bonhomme pas bien grand et pas bien lourd mais qui devait valoir son pesant d'or car fort apprécié de tous et surtout de toutes celles qui venaient à son cours. Il avait introduit le Step à la maison de la RATP, ce qui lui donnait un peu de hauteur, cette hauteur dont il manquait cruellement, car c'était comme un podium qu'on lui voyait durant le cours alternativement et que partiellement, une jambe après l'autre, occuper.
Tandis qu'il se désarticulait ainsi et dans le rythme, qui sait si procédant des caraïbes, on entendait sa voix fluette mais impérieuse, qui sait si celle du Che ou de Fidel, compter et passer les consignes en même temps que lui dans les rangs, s'absentant pour cela et que provisoirement de la place dominante qu'il occupait et retrouvait pour mener comme qui dirait la danse.
Quand il n'était pas à son cours il aimait le retrouver au bureau d'accueil où souvent il lui avait amené ses photos de Cuba où les trois jolies cubaines (Tres lindas cubanas) figuraient déjà et se devait être même avant la publication du livre de Gonzalo Celorio. Philippe, qu'il lui disait, il faut que tu y ailles, c'est le Paradis sur terre.
C'est qu'il n'en avait pas qu'une de cubaines mais trois au moins et qu'elles faisaient toutes des études de médecine, comme elles faisaient toutes l'amour, et que c'était tout aussi gratuit; mais que comme il avait voulu acheter une maison il avait dû la mettre à leurs noms parce que lui il n'était pas cubain. Les Tres lindas cubanas de Gonzalo Celorio elles avaient toutes contractées de bonnes et riches alliances et c'était pas avec des européens ni avec des américains, révolution oblige.
Mais lui il se sentait pas obligé du tout et juste un peu amoureux, amoureux de l'amour et de ce qui était pour lui le pays de l'amour, et c'est ce qu'il lui racontait et que bientôt il irait vivre là-bas, à Cuba. Il s'agitait beaucoup quand il lui disait tout cela comme s'il était encore à s'agiter sur son podium, à faire du Step et dans un rythme afro-cubain qui ne le lâchait plus, toute sa petite personne en était épris. Comme il pouvait être vivant, comme Cuba pouvait être vivant.
Il avançait difficilement dans sa lecture des Tres lindas cubanas parce que ce qu'il en savait semblait lui disputer ce qu'il en lisait et que l'image du prof de Step des services de sécurité de la RATP lui revenait sans arrêt ainsi que celui des plus que Tres Cubanas qu'il lui avait montré, sans compter ce qu'il lui en avait dit et avec quel enthousiasme il lui en avait parlé si bien qu'il aurait cru qu'il y était encore, qu'il n'en partirait jamais plus, que c'était juste physiquement qu'il était là avec lui et les autres bêtasses des bureaux de la RATP.
Mais que son cœur était à Cuba, à Cuba au Paradis, parce que de Paradis il n'y en avait qu'un, et qu'ici c'était l'enfer, qu'il fallait pas s'y tromper, et que lui il ne s'y trompait pas, qu'il était peut-être le seul à ne pas s'y tromper et que comme il l'aimait bien il voulait bien lui ouvrir les yeux sur ce qu'il n'avait encore jamais vu ni même osé imaginer comme possible et réalisable. Elles étaient belles, elles étaient aimantes, elles étaient pas bêtes non plus puisqu'elles faisaient des études de médecine et il les aiderait à les terminer comme elles l'aideraient pour sa maison à Cuba.
Depuis c'est sûr il doit y être car il y avait beaucoup d'années depuis que lui il avait quitté les services de sécurité de la RATP et avant que le club de lecture de l'Institut Cervantes propose la lecture de Tres lindas cubanas qu'il arrivait pas à lire car c'était mieux encore ce qu'il lui en avait dit que ce qu'il lisait où l'on parlait d'avant et d'après la révolution et qu'on comparait et que c'était toujours déplaisant de comparer comme de prendre de la distance, que c'était mieux de toucher la réalité, d'être proche à la toucher, à l'aimer, surtout quand il s'agit de lindas cubanas parce qu'il s'arrêtait pas à trois et qu'il s'agissait pas de se marier que tout était libre et gratuit, ou presque, et dans ce presque il savait que l'auteur Gonzalo Celorio y faisait entrer beaucoup de réflexions mais aussi que la réflexion ça tuait tout, et que le petit prof du service de sécurité de la RATP c'est vivre qu'il voulait.
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