Ce que le progrès et la civilisation avaient apporter à notre existence n'était pas sans nous avoir éloigné de la vie, d'où l'on pouvait à juste titre craindre pour elle, c'est-à-dire en fait pour nous, quand paradoxalement c'est pour nous, pour notre existence, que nous avions tout fait jusque là et continuons à œuvrer. D'où en premier lieu cette prise de conscience nécessaire que vie et existence ne vont pas de paire, qu'il faut faire la distinction entre eux. L'existence ne serait que la vie ramener à nous mêmes, pour ne pas dire à un nombre limité de nous mêmes si l'on considère les guerres par exemple comme un geste de préservation de notre territoire ou de la bonne existence qu'on y mène on ne peut pas dire par contre que les guerres aillent dans le sens de la vie; on ne peut pas le dire davantage de l'exploitation des hommes que de l'exploitation de la planète, sinon que nos yeux sont trop rivés sur notre petite existence personnelle qui c'est elle trop éloignée de la vie.
Il y a cette phrase qui est dans tous les esprits de se reconnecter avec la nature, mais c'est en tant que la nature c'est la vie, ce n'est pas de faire une petite ballade supplémentaire dans la nature, histoire de se changer les idées et de pouvoir reprendre les affaires qui nous occupent avec plus d'énergie puisée une fois de plus à cette même nature. Ce serait plutôt de considérer que si l'on appartenait ou réappartenait un peu plus à la nature qu'à la société on abonderait un peu moins pour cette dernière, du moins prendrait une certaine distance avec elle, tomberait moins dans ces excès du progrès et de la civilisation, freinerait nos ambitions qui sont celles de cette dernière, serions moins enclins à nous battre pour notre place en elle parce que nous ne voudrions pas délaisser pour elle notre place dans la nature ou perdre de notre propre nature d'homme, la vendre au diable ce qui est souvent au progrès et à la civilisation qui a bon dos car c'est notre lucre qui passe avant: eh bien, il nous faudrait plus qu'une petite ballade dans la nature pour perdre toutes nos habitudes qui se sont inscrites en nous comme une seconde nature: celle de l'homme civilisé dit encore l'être social.
L'être social qui a participé a bien des massacres au nom de cette nouvelle religion le progrès et la civilisation quand il suffirait à l'homme d'écouter non pas cette société qui l'étouffe, qui étouffe tout ce qu'il y a de vivant en lui et qui est ce qu'il devrait écouter. Ce qu'il y a de vivant en lui ne peut pas ne pas voir ni entendre le vivant, quand l'être social qui n'est pas l'être vivant a montré lui qu'il le pouvait malgré toutes ces lois et toute sa morale, a tel point qu'il a pu faire perdre foi non pas en Dieu mais pire qu'en Dieu en l'être humain, ce qui n'a fait que davantage nous conforter dans l'idée de se protéger, de se préserver de toutes forces vivantes, quand ce ne sont que les forces de la société comme de la civilisation et du progrès qui peuvent constituer une réelle menace pour le vivant si ce n'est pas pour lui et en conformité avec lui, c'est à dire la vie, c'est-à-dire encore lui, qu'elles œuvrent.
Que mon cœur s'aigrit, que mon esprit s'agite, devient fébrile, quand il n'y a que ma place dans l'existence et la part d'existence que l'on me fait qui m'occupe; mais me voilà plonger dans la nature qui est aussi ma propre nature et à son écoute: elle fait alors fi de l'existence à laquelle chacun est livré sans merci par cette grâce retrouvée qui n'est qu'en nous, en notre nature que la nature rappelle ou à laquelle elle nous renvoie, et c'est en cela qu'elle nous fait du bien ou est à même de nous en faire: en ramenant l'être humain au premier plan, son cœur, son esprit, se défiant de l'être social, prenant ses distances vis à vis de lui; ne se laissant pas emporter avec lui dans cette course effrénée à ce que l'on appelle gagner sa vie quand il ne s'agit en réalité que de gagner sa place dans la société qui s'est tant éloignée de la vie et de l'homme, c'est-à-dire du vivant et quand la gagnant nous nous perdons.
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