samedi 7 mars 2026

La société des amis


Comment décrire le malaise de la société sans s'éloigner de ce que l'on connait le mieux, quoiqu'encore et sûrement imparfaitement, c'est-à-dire de soi-même. A ce soi-même si les voisins lui font la gueule et qu'avec sa famille il est plus ou moins brouillé, et ne sommes nous pas à une époque ou tout un chacun a des voisins qui lui font la gueule et une famille avec laquelle il est plus ou moins brouillé; et que de son pays il n'a pas connu le meilleur, et comment en aurait-il connu le meilleur si son pays traversait des temps difficiles auxquels il ne semblait pas lui-même être bien préparé ni bien adapté, et que ce pays lui demande maintenant d'être européen, maintenant qu'il a du mal à se sentir même appartenant à un pays, même appartenant à une famille.

Quand il faudrait repartir depuis le début et le début ce serait la société des amis; quand non plus il ne pourrait se réclamer de beaucoup d'amis, ni beaucoup d'amis se réclamer de lui en ces temps où une amnésie générale semble condamner l'espèce humaine à ne considérer plus personne d'autre que soi-même et la devise: "aide-toi, le ciel t'aidera". Quand ce soi-même rendu si vulnérable par son isolement ne peux que considérer l'Etat comme une abstraction sans figure humaine et l'Europe comme une lointaine figuration d'un supra Etat, toujours une abstraction plus grande, plus abstraction et plus sans figure humaine. Il aurait suffit pourtant à ce soi-même de compter parmi les siens des gens de tous pays, alors il se serait même ouvert à l'Afrique où à l'Asie, fût-il dans sa chair blessé parce que c'est dans sa chair qu'il s'ouvre comme qu'il se referme, comme le fait une blessure.

Et je disais que de son pays il n'a pas connu le meilleur, mais il n'en a pas non plus connu le pire, donc pas de blessure, pas de souffrance dans sa chair, qui humanise, et il ne faut pas se tromper sur le sens d'humaniser, il y a qui s'humanise dans le bien comme qui s'humanise dans le mal, solidaire pour faire l'un comme pour faire l'autre, quand l'abstraction éloigne aussi que l'indifférence, ce n'est pas qu'il faille prendre parti mais que le parti est pris qui est toujours celui des blessures aussi que des amis, et c'est ici que l'on en arrive à considérer la société des amis, aussi pour le pire et le meilleur, mais c'est ainsi que les hommes vivent et meurent. Et ce reportage pour l'illustrer où l'on voit et entend un ancien combattant dire que s'y on y allait c'était pour les copains, parce que les copains y étaient allés". Ainsi soit-il.

Désolé messieurs les politiques si vos grands discours n'y sont pour rien et n'y changeront rien: vous ne ferez pas d'une abstraction une réalité ou quelque chose qui est figure humaine ou de l'humain s'approche quelque peu mais plutôt s'éloigne. Il faut reprendre depuis le commencement, il faut injecter de l'humain, c'est-à-dire de la vie; et personne ne commande à la vie sinon aux existences; aussi que de mornes existences sans vie n'avez-vous pas faites, créer de toute pièce, pas de quoi en être fier; quand il aurait mieux valu laisser à ces existences le temps de reprendre goût à la vie après la saignée exercée sur elles, après les avoir laissées ces existences comme exsangues, alors qu'elles ne demandaient qu'à vivre. Tuer des vies en temps de paix c'est ne pas laisser des existences vivre, on dit encore s'épanouir, et la condition préalable et indispensable à cet épanouissement c'est la société des amis avant la société des nations unies, il n'est que de voir ce que ça donne votre Europe et vos Nations Unies. Au bas mot, le copinage en haut lieu ne suffit pas. Pensez à la société des amis.

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