mercredi 13 août 2025

Non je n'étais pas un


Non je n'étais pas un. Je vivais de mes deux cœurs, de mes deux sexes, de mes deux têtes, de mes deux paires de jambes, de mes deux paires de mains. Tu m'entrainais avec toi où tu voulais. Je t'entrainais avec moi où je voulais. Nous étions inséparables et séparés, joints et disjoints. Aussi nos mains, nos jambes, notre tête, notre corps, que nous prenions et abandonnions, livrés à mon désir comme au tien, ainsi soit-il amen.

Car voilà il fallut que la mort y mette un terme et je suis plus qu'un manchot à deux bras, qu'un unijambiste à deux jambes; il me manque un cœur et j'en ai un, une tête et ce n'est pas la mienne et à mon désir manque ton désir et à ma pensée orpheline ta pensée voisine. Il me manque cette voix, il me manque ce regard. Je crois qu'il voyait pour moi. Je crois qu'il parlait pour moi.

Cet être qui me manque me dit bien que je n'étais pas un. Privé d'un cœur, privé d'un sexe, privé d'une tête, d'une paire de jambes et d'une paire de mains, c'est que je ne suis plus rien, c'est que je ne sens plus rien, c'est que je ne pense plus rien. Le néant c'est moi sans toi, c'est aussi simple que ça, que moi qui ne suis rien sans toi, qui n'ai jamais été un sans toi.

L'être et le néant c'est l'être sans toi. L'être pour la mort c'est l'être sans ta vie. C'est qu'ils n'ont rien compris à l'unité fondamentale de l'être qui trouve ses fondements en toi femme, et en la défunte trouve sa défunction. Tu ne manquerais pas comme ça à mon moi s'il pouvait se passer de toi comme il se passe de tout ce qui n'est pas toi, car ce qui n'est pas toi n'est pas lui.

Ah! nos deux sexes et nos deux têtes et nos deux bras et nos deux jambes et nos deux mains comme on les regrette bien avec le cœur, avec nos deux cœurs qui battaient avant que le tien ne s'arrête; et comme on y pensait avant que tu ne penses plus, et ce serait mentir, et ce serait trahir, de dire que quand tu étais là j'étais un. Non je n'étais pas un, j'étais toi aussi, et tu étais moi aussi.

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