mardi 12 août 2025

Des nouvelles d'ici bas


Il faut que je te donne des nouvelles d'ici bas. Il faut que je te dise qui pensent encore à toi. Y a moi, c'est pas poli je sais de se mettre en premier mais il y a moi et les autres; les autres c'est Tayeb l'infirmier et Feriel l'auxiliaire de vie, Jean ton frère et Geneviève sa femme, Julie ta nièce et Marc ton neveu, Dominique ton amie et Solange ton amie et Boya ton amie et… y en a peut-être d'autres encore que je connais ou ne connais pas mais n'exclus pas. Mais moi je me demande s'il le fallait bien pour ça, pour eux, car pour moi c'était pas la peine que tu meures.

Du moins si pour certains d'entre eux il n'aurait pas été mieux de penser à toi de ton vivant, de mieux penser à toi de ton vivant, on pense toujours du bien des morts; il en va autrement des vivants. Moi, c'est pas poli de dire moi, je sais, mais moi je ne t'aime pas davantage pour autant. Pour moi la seule nouvelle de toi que j'ai eue et qui a été mauvaise c'est quand je t'ai vue dans ton lit où tu t'étais endormie à jamais et sans crier gare.

C'est bizarre quand même l'envie qu'il m'a pris alors de te secouer rudement pour te réveiller. Tu avais jamais le sommeil mauvais. En fait rien n'était mauvais en toi. On peut pas en dire autant de moi et des autres, c'est pas poli je sais de se mettre en avant mais il y a moi et les autres. Je t'ai aimée pourtant comme les autres t'ont aimée. On ne pouvait pas ne pas t'aimer. Seulement il y avait ceux qui t'ont bien aimée et ceux qui t'ont mal aimée. Ce que je voulais seulement te dire c'est que maintenant tout le monde t'aime comme il faut, mais pas comme moi je t'aime.

Ah, j'oubliais de te dire que la voisine qui en avait après ta véranda qu'on aurait dit qu'elle t'en voulait à mort, qui voulait qu'on la détruise ta véranda parce que c'était pas légal comment et quand tu l'as construite qu'elle disait la voisine; eh bien la voisine tu vas être surprise a envoyé des fleurs, et je l'ai vue et tu aurais dû la voir, la voisine a du cœur, qui m'a avoué qu'elle pouvait être méchante parfois et sans préciser quoi que ce soit a pleuré ou presque, c'est qu'elle voulait pas le montrer. Moi non plus j'ai pas pleuré ou presque.

J'aime pas cette idée qu'il faut pleurer ses morts. J'aime pas cette idée au point que j'arrive pas à m'y faire à l'idée que tu sois morte. Surtout ta présence exaspérante parce qu'elle ne me quitte pas, exaspérante parce qu'en fait tu n'es pas là. Y en a qui en ont après les vivants quand moi j'en ai après les morts. J'en ai après ta présence parce que ce n'est pas ta présence vivante qui est comme moi je t'ai voulue et te voudrais encore à toi qui n'est plus là avec moi. C'est pas un reproche ou peut-être le seul reproche que je peux te faire quand plus personne ne t'en fait et c'est d'être morte. Parce que maintenant il y a moi et les autres et puis plus rien d'autre. 

CITATION

De Miguel Hernandez Elegia a Ramon Sijé: " No perdono a la muerte enamorada,/ no perdono a la vida desatenta,/ no perdono a la tierra ni a la nada."

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