Je ne peux m'empêcher de voir dans le fait divers mon individu et dans la politique du fait divers la politique de la société contre mon individu. Le matraquage du fait divers c'est le matraquage de mon individu par la société qui me dit: voilà ton individu et tout ce qu'il fait de bon et tout ce qu'il mérite et je vois mon individu entre les mains de la justice comme une fin heureuse saluée par tous.
La société a enfin mis la main sur mon individu. Et c'est par la politique du fait divers qui est le matraquage du fait divers que tout individu subit, car celui là même qui semble confortablement assis sur son canapé à regarder les actualités, il y a droit lui aussi. Qu'il se tienne à carreau. Qu'il se le tienne pour dit. Mais enfin, que dis-tu, ce n'est pas lui, lui il réclame plus de justice, à la société plus d'autorité.
Non, je répète que le matraquage du fait divers a eu raison de mon individu qui s'est rendu à la société: il n'est plus mon individu, je ne le reconnais plus, il est devenu la société qui demande plus de répression, moins de laxisme, envers l'individu malfaisant. C'est que le bon Jean Jacques a dû finir par tomber dans le ruisseau qu'il n'est plus là pour leur dire que l'homme est bon et que c'est la société qui le déprave.
Mais seulement le fait divers pour leur montrer tout le contraire, l'homme mauvais, l'individu malfaisant. C'est que les échantillons que l'on prélève dans la société pour les montrer à la télé aux actualités c'est pas dans un souci de parité qu'on le fait: pour un bon un mauvais et vis versa, sinon comment en appellerait on a plus de sécurité; c'est que la société qui en a après mon individu c'est la société sécuritaire.
Et mon individu confortablement assis sur son canapé à regarder le 20 heures ne voudrait pas être dérangé par un voleur, un violeur, un tueur, et j'en passe qui passent à la télé sans discontinuer, c'est que la politique du fait divers est redoutable d'efficacité: il faut les enfermer.
C'est mon individu confortablement assis sur son canapé qui le dit maintenant: il faut les enfermer et qu'ils ne ressortent plus. On va mettre des caméras dans ma résidence, ça va être une résidence surveillée: il faut mettre des caméras partout, il faut un monde sous surveillance dit maintenant mon individu confortablement assis sur son canapé que je ne reconnais plus car il est devenu la société et pas n'importe laquelle.
Celle qui fait du fait divers son meilleur porte parole mais sans parole parce qu'on est entré dans l'ère de l'image et qu'il vaut mieux ne pas parler, juste montrer des images qui marquent les esprits qui n'ont plus rien à dire, rien qu'à regarder "la réalité" en face et s'en faire une idée, leur idée bien sûr, on voudrait pas les contrarier, mais c'est la nature de mon individu, il est mauvais, que voulez-vous qu'on y fasse.
Et mon individu de se récrier, et il est méconnaissable quand il se récrie de la sorte, quand il se récrie de la sorte on dirait la société, la répressive, la sécuritaire, qu'il faut qu'on l'enferme une bonne fois pour toute plutôt que de le laisser sortir même en liberté surveillée. C'est qu'il n'a pas tort mon individu, c'est que la liberté surveillé c'est déjà la nôtre de liberté, l'autre on veut pas le voir sinon en prison.
Sans compter que mon individu quand il n'est pas un malfaisant est un malotru, que quand il n'est plus voleur, violeur, tueur, il est encore harceleur, non je ne le reconnais plus, aussi que je ne me reconnais plus en lui; ce n'est plus mon semblable, ce n'est plus un exemple pour moi, il fut un temps où l'on nous montrait des exemples à suivre, serait-ce notre temps le temps de la picaresque que l'on ne montre plus que des exemples à ne pas suivre.
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